La chasse au CO2 est ouverte

La chasse au CO2 est ouverte

Eco-conduite, auto-partage, co-voiturage, les solutions visant à limiter les consommations de carburant et à préserver l’environnement se multiplient. Plus qu’un simple effet de mode, ces nouvelles pratiques annoncent une véritable révolution qui va bouleverser le rapport du grand public et des flottes à l’automobile.

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Pour certains loueurs, l’éco-conduite est l’investissement de l’année. Parée de toutes les vertus, la conduite économique permettrait de diminuer drastiquement les consommations de carburant, l’un des tout premiers postes de dépense de la flotte, sinon le premier. Et chacun des acteurs y va de son offre. Ainsi, au cours des deux derniers mois, ALD Automotive et LeasePlan ont chacun lancé de nouvelles formations sur ce thème. Selon la filiale de la Société Générale, le carburant représenterait 19 % du TCO. Adopter une conduite économique et apaisée permettrait d’économiser jusqu’à 20 % de sa consommation de carburant. L’argument économique se double d’un avantage écologique puisque la baisse de la consommation de carburant entraîne une diminution des émissions polluantes dont le CO2 figure au premier plan. Et les principes de la conduite écologique et économique permettent également de réduire la sinistralité de la flotte.

 Dispensées en partenariat avec Beltoise Evolution, les formations à l’éco-conduite d’ALD Automotive se déroulent sur le site de l’entreprise grâce à un simulateur de conduite, sur le circuit de Beltoise Evolution à Trappes (78) ou en région si l’entreprise le souhaite. Les stages ALD ecodrive sur simulateur ont lieu sur une journée et alternent exercices pratiques et apports théoriques. Chaque formateur prend en charge 12 stagiaires. Quant aux stages ALD ecodrive sur circuit, ils durent aussi une journée, chaque formateur encadrant alors 3 personnes. Ces formations accueillent jusqu’à 24 personnes.

 L’éco-conduite en direct

 Souriez, vous êtes filmés. Cela pourrait être le sous-titre de l’une des formations à l’écoconduite proposées également par LeasePlan à ses clients, en partenariat avec Automobile Club Prévention. L’une des voitures utilisées pour ce stage est en effet équipée d’une caméra qui filme le moindre de vos gestes pendant qu’une deuxième est braquée sur la route. Parallèlement, votre vitesse, vos accélérations, vos passages de vitesse, le régime du moteur et l’ensemble des données de votre conduite sont enregistrés par le dispositif piloté par le formateur assis à vos côtés. Cette formation d’une journée complète est facturée 175 euros HT par personne pour un groupe de 12 stagiaires au lieu du tarif catalogue d’Automobile Club Prévention qui s’élève en moyenne à 250 €. La première phase de la formation consiste à enregistrer les données de votre conduite habituelle avant un débriefing et une partie théorique où de nombreux conseils sont prodigués : anticipation, passage des vitesses au régime moteur approprié, accélération modérée, coupure du contact pour un arrêt prolongé…

 Dernière phase, vous reprenez le volant en appliquant les recettes de l’éco-conduite et en respectant les conseils du formateur assis à vos côtés. Le dispositif technique embarqué enregistre les nouvelles données et révèle les progrès du conducteur à l’aide d’histogrammes et de camemberts. Entre les deux passages, la baisse de consommation peut atteindre jusqu’à 25 %. Mais avec le temps, les mauvaises habitudes reprennent le dessus et, au bout de six mois, l’économie n’atteint plus que 5 à 15 %. Pour pérenniser les bonnes pratiques, LeasePlan et Automobile Club Prévention disposent d’une palette complète d’outils : formations sur piste, e-learning, simulateur de conduite, kits de communication… Autre avantage de l’éco-conduite : ses préceptes rejoignent ceux de la conduite sûre. L’entreprise peut espérer diviser par deux le nombre d’accidents de sa flotte en trois ans. L’éco-conduite respecte l’environnement, tout comme l’intégrité des collaborateurs de l’entreprise. Un double bénéfice…

 La Poste en pointe

 En 2007, La Poste a été l’une des premières grandes entreprises à s’intéresser à l’écoconduite. A la fin de l’année, le spécialiste du courrier aura formé 60 000 personnes. Gains espérés : une économie annuelle de 10 millions d’euros sur la facture de carburant pour ses 40 000 véhicules, soit 20 % de carburant et de CO2 en moins. Chaque année, l’entreprise publique devrait émettre 10 000 tonnes de CO2 en moins. Après avoir embauché des formateurs en Suisse, La Poste a acquis un véritable savoir-faire qu’elle met aujourd’hui au service des entreprises au travers de sa filiale Mobigreen créée début 2009. « Nous nous sommes appuyés sur l’expérience de La Poste qui est la seule entreprise à avoir formé autant de personnes », affirme Pascale Cozon, présidente de Mobigreen. Et de poursuivre : « L’éco-conduite a un triple aspect : elle permet de réaliser des économies, de mener des actions en faveur de l’environnement et joue un rôle social en permettant une conduite moins agressive. De plus, ce mode de conduite est transférable dans la vie privée du collaborateur de l’entreprise. »

 Mobigreen propose des formations d’une demi-journée ou d’une journée qui se déroule au volant d’un véhicule équipé de dispositifs d’analyse de la conduite et de la consommation. La demi-journée est facturée 200 €. « Nos plans de formation se déroulent en trois temps, précise Pascale Cozon. Après la formation initiale, nous assurons un suivi des consommations et, si besoin, au bout de six à neuf mois, nous effectuons des piqûres de rappel. »

 De multiples bénéfices

 Le succès des formations à l’éco-conduite repose sur des principes intangibles. « Pour l’entreprise, l’éco-conduite ne doit pas se résumer au dernier gadget mis en place, explique Pascale Cozon. Les actions doivent être globales avec une communication adaptée et la direction générale comme les différentes directions doivent être impliquées dans cette démarche. Les collaborateurs de l’entreprise doivent sentir qu’il ne s’agit pas d’une simple action de « green washing », mais que l’entreprise a une réelle volonté d’agir. » Parallèlement, un collaborateur de l’entreprise doit être formé pour devenir le référent en la matière et porter le projet. Et Mobigreen annonce des résultats significatifs : 20 % de consommation de carburant et de rejets de CO2 en moins, un nombre d’accident en baisse de 10 à 15 % et des coûts d’entretien minorés de 6 à 10 % grâce, notamment, à un usage plus souple des freins et de l’embrayage. Le retour sur investissement est assuré en 8 mois à un an.

 Pour suivre les évolutions de la consommation dans le temps, Mobigreen va proposer dans un avenir proche à ses clients d’équiper leurs véhicules d’un dispositif embarqué qui transmettra les données via GPRS sur un serveur auquel les gestionnaires de flottes pourront se connecter via Internet. Aujourd’hui, Mobigreen travaille avec une cinquantaine d’entreprises et a formé 1 200 personnes depuis 6 mois.

 Un partage équitable

 Dernière initiative en date sur le front de l’éco-conduite, Bernard Darniche, l’ancien pilote, a créé un programme d’e-learning à partir des conseils qu’il prodigue depuis des années dans les médias et auprès des entreprises et des collectivités. Destiné aux entreprises, il s’articule autour de modules pédagogiques entièrement réalisés en multimédia. La consultation de ces programmes se fait via Internet à partir du site www.darniche-interactive.com.

 Mais si l’éco-conduite est sur toutes les lèvres, d’autres solutions commencent à émerger pour aider les entreprises à optimiser leurs déplacements. Ainsi, l’autopartage connaît un timide frémissement dans les entreprises. Conçues au départ pour le grand public, les solutions mises en place par Okigo (association d’Avis et de Vinci Park) et Mobizen s’adressent aujourd’hui à la clientèle des entreprises à travers des abonnements spécifiques. D’autres acteurs s’intéressent uniquement à la clientèle des entreprises et des collectivités territoriales. Créée en 2007 par Benoît Chatelier et Alexandre Crosby, la société Carbox propose différentes solutions de voitures en libre-service. Plusieurs grands comptes, parmi lesquels figurent Sodexo, Icade et L’Oréal, ont déjà été séduits par les offres de voiture de fonction en libre-service mises en place par ce spécialiste. Baptisée Twin, la première permet de réaliser des économies substantielles sur les dépenses liées aux déplacements des collaborateurs de l’entreprise. De plus, Twin offre un service innovant aux collaborateurs de l’entreprise qui, parallèlement, s’engage concrètement dans la réduction de son empreinte environnementale. Carbox propose également une offre baptisée Ecofleet dont Airbus a été la première entreprise à profiter. Sur le principe de Vélib', les véhicules sont disponibles en libre-service 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. La flotte est louée auprès de Carbox qui en assure la gestion (assurance, maintenance, pneumatiques, nettoyage, entretien, gestion des sinistres) et se charge des contacts avec les collaborateurs. Ecofleet permettrait d’économiser 25 à 30 % sur les coûts de fonctionnement.

 Des technologies de pointe

 Autre acteur, Mobility Tech Green propose tous les outils technologiques qui permettent de mettre en place une solution d’auto-partage au sein d’une entreprise. Créée par un ingénieur, la solution proposée par Mobility Tech Green utilise les technologies Wi-Fi, RFID, GPS et GPRS. Le collaborateur de l’entreprise dispose d’une carte RFID (technologie du pass Navigo de la RATP) qui lui permet de prendre possession du véhicule qu’il a réservé sur Internet à partir de son ordinateur ou de son smartphone. Les plannings de réservation sont conservés en mémoire et la facturation centralisée permet d’optimiser les procédures. Equipé d’un boîtier communiquant GPSGPRS, le véhicule transmet à la base les kilométrages, les trajets parcourus, le niveau du carburant et son état de fonctionnement.

 La solution complète est facturée aux alentours de 90 euros par mois et par véhicule. Mais l’entreprise peut décider d’acheter le matériel informatique (2 000 euros environ) et il lui suffit alors de souscrire un abonnement pour accéder au site Internet mis en place par Mobility Tech Green. L’entreprise rennaise propose cette solution à des opérateurs de l’auto-partage comme City Roul’ à qui une trentaine d’entreprises ont déjà fait confiance.

 Parallèlement, Mobility Tech Green a déjà équipé une dizaine d’entreprises en direct. Didier Houal, directeur général, cite l’exemple de l’une de ces entreprises qui a divisé par deux le prix de revient kilométrique de ses déplacements par rapport à sa flotte classique dont les véhicules étaient attribués à chacun des collaborateurs.

 A 3,4 ou 5 dans la voiture

 Selon le cabinet-conseil Olivier Wyman, le marché français de l’auto-partage s’élevait à 5 millions d’euros en 2008, mais serait très prometteur avec une progression annuelle estimée à au moins 15 % dans les années à venir. Selon les analystes du cabinet, un véhicule en auto-partage permet de remplacer 15 voitures. Le cabinet Olivier Wyman chiffre le marché européen de l’auto-partage à 145 millions d’euros en 2008 avec une croissance à deux chiffres tirés par la Grande- Bretagne et les Pays-Bas. L’Amérique du Nord représente à elle seule un marché de plus de 130 millions d’euros en 2008 et affiche une croissance de plus de 50 % ces dernières années. Avec moins de 5 millions d’euros, le marché français accuse un sérieux retard et ne représente qu’une fraction du marché européen. Qu’il s’agisse du marché grand public ou BtoB, le potentiel français est estimé à 20 000 véhicules représentant plus de 700 000 utilisateurs, soit un peu plus de 1 % de la population française.

 Aussi prometteur, le co-voiturage s’affirme également comme une solution d’avenir. Spécialiste de l’informatique et doté d’une sensibilité écologique, Arnaud Sarfati a compris dès 1999 tout le potentiel que représentait le co-voiturage. En 2003, il a créé la société Green Cove Ingénierie qui, outre son site grand public 123envoiture.com, propose aujourd’hui aux entreprises des solutions clefs en main de co-voiturage.

 « Nous avons créé ce marché, explique Arnaud Sarfati. Outre un site Internet aux couleurs de l’entreprise ou de la collectivité pour organiser les trajets en co-voiturage, nous proposons toute une palette d’outils pour les accompagner dans ce projet. » Supports de communication, campagne de promotion du co-voiturage à l’intérieur de l’entreprise, les prestations de Green Cove Ingénierie englobent l’ensemble des démarches nécessaires à la réussite du projet et ce, de l’étude préalable au suivi des progrès enregistrés pour que l’entreprise intègre le co-voiturage à sa stratégie. « Le site Internet est nécessaire, mais pas suffisant », insiste Arnaud Sarfati. Pour obtenir un site Internet à ses couleurs, l’entreprise doit débourser entre 5 000 et 10 000 euros. Les campagnes de communication sont facturées entre 20 000 et 30 000 € par Green Cove Ingénierie. Et les économies avancées sont alléchantes. Ainsi, un collaborateur qui effectue 25 kilomètres aller-retour chaque jour pour venir au bureau peut économiser 1 500 € par an si l’on considère que sa consommation s’élève à 7,5 litres aux 100 kilomètres.

 A l’aube d’une révolution ?

 De plus, limiter le nombre de kilomètres parcourus préserve le véhicule, limite les frais d’entretien, d’assurance et réduit le risque d’accident. Pour l’entreprise, le covoiturage améliore l’accessibilité de son site, élargit son bassin d’emploi et réduit son empreinte carbone. Une soixantaine d’entreprises et de collectivités ont fait appel aux services de Green Cove Ingénierie. « Depuis 2006, le covoiturage connaît un développement assez rapide, assure Arnaud Sarfati. Si quelques entreprises le voit comme un simple outil de communication, d’autres ont de véritables stratégies en matière de responsabilité environnementale. » Aujourd’hui, qu’il s’agisse de particuliers ou de collaborateurs d’entreprises, Green Cove Ingénierie revendique 350 000 utilisateurs et vise un million d’ici trois à cinq ans.

 Pour financer son développement, cette société a procédé à une augmentation de capital. La SNCF (au travers de son fonds Eco-mobilité partenaires) et Norauto ont investi un million d’euros et détiennent désormais 40 % de Green Cove Ingénierie. Alors que certains pays ont pris des mesures visant à encourager le co-voiturage (voies réservées, parkings dédiés, dispense de péage…), la France accuse un sérieux retard en la matière. En revanche, la technologie est mûre et le co-voiturage devrait rentrer dans les mœurs.

 Eco-conduite, auto-partage, co-voiturage, face à la pression environnementale, les solutions se multiplient. La pratique automobile change à grande vitesse et les particuliers comme les entreprises n’en sont qu’au début d’une révolution dont les effets vont se faire sentir sur le long terme.

 

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