Gestionnaires de parc automobile : qui êtes-vous ?

Dossier "Les collectivités à l’heure des choix de gestion de parc"

Gestionnaires de parc automobile : qui êtes-vous ?

Le plus souvent ingénieurs, peu d’entre eux se destinaient à prendre la responsabilité de la flotte automobile dans la «territoriale», mais les opportunités les ont finalement conduit vers ce poste névralgique au sein des mairies.

A trente ans, chef du service automobile de la ville de Bordeaux, Pierre-Thomas Blaise, l’annonce sans détour : « je ne me prédestinais pas aux services automobiles. » Comment devient-on responsable de la flotte automobile d’une mairie ? Par hasard, répondent la plupart d’entre eux : la position n’est pas l’aboutissement logique d’un C. V. Difficile d’ailleurs de se destiner à une responsabilité qui, au sein des mairies le plus souvent, est liée à plusieurs autres, dont la logistique. « La logistique municipale, c’est organiser les repas de la cuisine centrale et de la cantine scolaire, des manifestations publiques, les bureaux de vote, les déménagements interne, les pools presse » détaille Patrick Toullec Merten, Directeur du parc automobile et logistique de Besançon. « Nous sommes le bras armé de la gestion des crises et des situations d’urgence », explique pour sa part Didier Dely, Responsable des Tam, les Transports automobiles municipaux de la ville de Paris, dépendant de la Daliat, la Direction des Achats, de la logistique, des implantations administratives et des Transports dont il est lui-même le directeur adjoint. Dans l’éventualité d’incendies, de catastrophes naturelles, le service doit répondre présent pour fournir les véhicules nécessaires à la gestion de la crise : « du PC mobile multimédia à la Kangoo qui permet de servir des boissons chaudes en passant par le camion d’hébergement capable de mettre en œuvre des hébergements d’urgence jusqu’à une capacité de 2 000 lits. »

Des responsabilités étendues

Compte tenu de la diversité des tâches, ce sont bien souvent des ingénieurs qui se retrouvent à ce poste à responsabilités. Certains d’entre eux ont choisi dès leur diplôme de se spécialiser dans les collectivités territoriales, diplôme qui les a conduit ensuite à occuper plusieurs postes au sein des mairies. Patrick Toullec Merter,58 ans, plus de 30 à la mairie de Besançon, y exerçant d’abord dans sa spécialité, l’assainissement, avant de se consacrer à la gestion des travaux de la ville puis à la propreté. « Dans l’assainissement, c’est plutôt technique et scientifique, détaille-t-il. Dans la voirie, nous avons beaucoup de relations avec les usagers, chacun a un avis sur la voirie. Dans l’automobile, il y a une dimension technologique concernant l’évolution du matériel. Au niveau de la gestion du personnel, c’est particulier avec les ateliers d’entretien. C’est comme dans l’industriel, mais avec un climat de travail en vase clos. »

Pour les responsables de flotte automobile, le passage par plusieurs postes à responsabilités au sein des mairies est une expérience bénéfique : « cela permet une meilleure connaissance des besoins [des différents services], et de savoir quels sont les véhicules les mieux adaptés », assure le responsable de la flotte automobile lyonnaise, Christian Gardin, à la mairie de la ville depuis 25 ans.

Avoir fréquenté plusieurs services au sein des mairies permet non seulement de mieux connaître leurs besoins mais aussi de mieux appréhender les fonctionnements internes. « Même si il y a des relations avec les fournisseurs, nos principaux interlocuteurs sont les autres services de la collectivité », recadre le responsable de la flotte de Besançon.

Perte de salaire

Interlocuteur incontournable : la direction de la mairie qui oriente le travail du service de la flotte automobile. « Nous sommes au service de la municipalité, insiste Didier Dely à Paris. Il nous faut traduire dans les faits ses orientations qui se résument à quelques mots forts : transparence, rigueur, économie et développement durable. ». A l’écoute des orientations de la mairie, les responsables de flotte automobiles sont guidés dans leur travail par les circulaires et réunions avec les autres services, notamment ceux du « développement durable », devenus incontournables. « Le maire s’intéresse aux nouvelles énergies, il est pro-électrique, décrit William Verlaguet, Responsable du parc automobile de la mairie de Clermont- Ferrand. Il nous fait passer de la documentation en marquant : se renseigner. »

Mais si le mode de fonctionnement se rapproche du privé, il n’y coïncide pas tout à fait. Différence de taille pour les responsables des flottes automobiles du public : le salaire. Pour des ingénieurs embauchés dans le «territorial », la perte de salaire est conséquente, « du double au simple ! » indique l’un d’entre eux. « Quand je suis sorti de l’école, j’ai travaillé pour Vinci construction, des entreprises de BTP comme GTM terrassement. J’ai occupé des fonctions à la direction des services matériels, été ingénieur travaux… », retrace Pierre- Thomas Blaise, responsable de la flotte automobile bordelaise. Des premiers pas dans la fonction d’ingénieur qui ne donnent toutefois pas entière satisfaction. « Aujourd’hui, pour un ingénieur en France, il y a le BTP, la gestion publique et un peu l’industrie », résume-t-il. Des secteurs qui n’offrent pas une « marge de manœuvre comparable [à la territoriale où] on accède plus facilement à des postes à responsabilités ». Et de conclure « la rémunération est moins intéressante, j’ai troqué le salaire contre des opportunités professionnelles. »

L’arbitrage privé-public

Mais pour les responsables de flottes auto, ce moindre salaire n’est pas uniquement compensé par des perspectives de carrière. Pour eux, l’attrait du poste en mairie est aussi celui de la sécurité de l’emploi. Un ancien salarié chez un équipementier local où il était responsable de la maintenance et de la qualité, désormais responsable de flotte automobile dans une mairie de l’Est de la France reconnaît : « j’ai perdu en salaire, mais j’ai gagné en qualité de vie. Je ne fais plus dix heures par jour et je peux apprécier mes week-ends. Et quand je quitte mon travail, je peux profiter de ma vie de famille. »

A l’opposé du privé, le secteur public permet aussi de s’assurer de son ancrage dans la région. Issu de la mécanique générale, le responsable de la flotte automobile lyonnaise retrace : « j’ai fait l’arbitrage du privé et du public en 1984. A ce moment, le groupe Valeo [où il travaillait] regroupait ses différentes activités et plutôt que de quitter la région, pour une mutation du côté de Dunkerque, je me suis tourné vers le secteur public qui recherchait des techniciens à la mairie. J’ai passé le concours d’entrée et complété ma formation. »

Mais face à des parcours qui justifieraient le choix de la territoriale « par défaut », d’autres affichent un attachement fort au service public. « Dès Mat sup et Mat spé [le concours des écoles d’ingénieurs], j’ai choisi d’intégrer le public, explique le responsable de la flotte automobile parisienne. D’abord vécu comme un choix raisonné, c’était les années 70, en plein choc pétrolier, j’ai été reçu à plusieurs concours de la fonction publique et j’ai rapidement développé le goût du service public et la gestion urbaine. »

Changement de mairie

A sa manière, le responsable de la flotte automobile de Lille, Sébastien Lautrie, est également issu du service public. Ancien militaire, il est passé à la territoriale après 22 années de service dans l’armée de terre. Entré à l’âge de 16 ans à l’école technique de l’armée d’Issoire, Sébastien Lautrie grimpe les échelons jusqu’au grade d’adjudant chef, technicien supérieur, qu’il occupe dans les garages dédiés aux véhicules militaires. Avec ses nouvelles fonctions dans la territoriale, il n’a pas renié ses acquis : « en temps que militaire, on doit savoir s’adapter à toutes circonstances : pour monter des camps provisoires, imaginer des solutions nouvelles. . . Dans l’administration, j’en apprends également tous les jours, il y a beaucoup à faire », conclut-il avec un sens de l’ellipse tout à fait militaire.

Au-delà, les acquis des anciennes attributions permettent également d’apprécier la différence de perception vis-à-vis des prestataires extérieurs, notamment par les fournisseurs. « La différence fondamentale dans le public, c’est la lourdeur des procédures d’appels d’offres, constate Laurent Einrick à Dijon. Dans le privé, on décide plus vite mais c’est plus difficile de rester transparent. Dans le public, si les fournisseurs veulent le marché, à eux de coller au cahier des charges. Dans le privé, on est au contact des fournisseurs, on arrive à donner des indications à l’un plutôt qu’à l’autre, même sans le vouloir. Mais en contrepartie dans le privé, il y a un aspect plus immédiat : validation des décisions et commandes. C’est plus long dans le public. »

Mais si la perception par les partenaires extérieurs peut être différente, les qualités qui distinguent les bons responsables de flottes automobiles sont les mêmes dans le privé que dans le public. C’est ce que peuvent constater ces employés municipaux lors des renouvellements de mairie, une échéance qui remet régulièrement leur position à la merci d’un changement de l’équipe de la mairie. « On n’a pas de poste garanti et assuré [au sein de la mairie], admet Christian Gardin. Mais si l’on est rigoureux sur les chiffres et efficient dans le choix des véhicules par rapport aux déplacements, la transition se fait facilement… Il n’y a pas cinquante manières d’assumer notre mission : il faut avoir la meilleure flotte au moindre coût. Le changement de mairie s’opère alors sans soucis. »

 

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