«Dans 875 jours,10 heures,17 minutes… Nous serons les premiers à vous permettre de rouler avec un véhicule électrique… » Si l’on en croit ce compte à rebours à l’affiche depuis novembre dans l’Atelier Renault sur les Champs Elysées, c’est le 29 mars 2012 que seront commercialisés les voitures électriques Renault aux particuliers.
Un an auparavant pourtant, les premiers modèles électriques de la marque auront déjà rejoint les parcs d’entreprises. Comme l'explique Carlos Ghosn, le patron de Renault : « dès le premier semestre 2011, la berline Renault Fluence ZE et l’utilitaire Kangoo ZE seront commercialisés à des prix comparables à leur équivalent thermique. » Carlos Ghosn est même explicite : « Avec notre gamme de modèles électriques, nous proposons une solution de rupture. Pas question pour nous d’aller vers une réduction de seulement 20 % du CO2 comme le permettent les véhicules hybrides. Du puits à la roue, nos véhicules ZE (Zero Emission) émettent moins de 12 g/km de CO2 contre 105 g/km en moyenne pour les hybrides, 130 g/km pour les diesel et 160 g/km pour les véhicules essence. »
Prêts pour les appels d’offres !
Il va de soi que ces deux modèles prioritaires dans la gamme Renault devraient concourir à l’appel d’offres que vont lancer en commun dans les prochains jours, les grandes entreprises ainsi que les représentants des collectivités et de l’Etat réunis au sein d’un groupe de travail qu’anime depuis février dernier le Président de La Poste, Jean-Paul Bailly. But de ce « Club des grandes flottes » ouvert aussi bien au privé qu’au public : élaborer en commun un cahier des charges du véhicule électrique et identifier un volume d’achat potentiel. D’ores et déjà, les vœux de ce groupe de travail vont vers un véhicule utilitaire léger à usage d’exploitation ou commercial (d’une capacité de 3 m3 en version utilitaire, 2 places compact ou 4-5 places en version voiture particulière). Il devra offrir une autonomie minimum de 150 km et rouler à une vitesse d’au moins 90 km/h.
Comme l’indique au sein du groupe La Poste, Muriel Barnéoud, Directeur général adjoint du Courrier, « à la suite du Grenelle de l’Environnement, le rapport demandé par les Pouvoirs publics à notre Président Jean-Paul Bailly mettait en lumière la nécessité de dégripper le système et de mettre en phase la demande de clients pour des véhicules électriques à un prix suffisamment économique, avec une offre industrielle reposant sur des volumes de production suffisamment importants pour pouvoir être lancés. »
A la suite des Etats Généraux de l’Automobile de janvier dernier, l’idée s’est ancrée et c’est naturellement que Jean- Paul Bailly a été missionné pour organiser et fédérer les commandes des entreprises afin d’arriver à une masse critique évaluée à 100 000 véhicules électriques sur 5 ans.
50 000 véhicules utilitaires électriques courant 2011
Aujourd’hui, ce club d’acheteurs représentant les grandes flottes table sur un potentiel de 50 000 véhicules électriques pour une période de cinq ans avec un début de mise en service espéré courant 2011, précise Muriel Barnéoud. Ainsi, La Poste pourrait s'engager sur l'acquisition de 10 000 véhicules ; idem pour les collectivités au travers de l’Ugap (Union des groupements d’achats publics). Les commandes d’EDF, de Veolia et de l’Etat devraient chacune s’élever à 5 000 véhicules et celles de GDF Suez, porter sur 3 000 unités. Bouygues, Vinci et France Telecom se sont engagés également pour l’acquisition de 1 000 véhicules chacun. Au total, avec les engagements de SPIE, Eiffage, Air France, Aéroport de Paris, de Darty, la SNCF et la RATP ainsi que d’Areva, c'est bien un marché de 50 000 véhicules électriques sur lesquels les constructeurs peuvent tabler pour l’an prochain.
« L’appel d’offres sera lancé d’ici fin 2009 sur la base d’une commande de 50 000 véhicules mais nous pensons bien faire rentrer aussi de nouveaux acteurs telles que des communautés urbaines ou des agglomérations intéressées afin d’aller vers un potentiel de 100 000 véhicules électriques », poursuit Muriel Barnéoud. De même, les PME de la distribution, du BTP ou du transport de personnes, les professions libérales, les artisans- commerçants, les sociétés de taxis et les loueurs longue durée sont également sollicités pour rejoindre ce « groupement d’achat » de véhicules électriques.
Quelle formule d’achat ?
« Nous devons aussi nous organiser sur la façon dont on va acheter ces véhicules. Compte tenu de son expertise et de son volume potentiel de commandes, La Poste continue à avoir le «lead» au sein de ce groupe de travail. La mise en œuvre opérationnelle des achats sera assurée par les services achats des différentes entreprises mais, pour l’Etat et les collectivités, l’Ugap jouera ce rôle », explique Muriel Barnéoud, qui a suivi l’ensemble des réunions de ce groupe de travail.
Et à l’Ugap, on travaille de pied ferme sur cet appel d’offres. « Pour parvenir au lancement de la production de véhicules utilitaires électriques, il n’y avait que deux choix : soit chaque entreprise lançait son propre appel d'offres mais cela ne permet pas de massifier le résultat ; soit on faisait appel à l'Ugap, ce qui permet de massifier les achats tout en respectant le code des marchés publics », explique Jean-Marc Borne, responsable du Département Automobiles à la direction des Achats de l'Ugap.
C’est donc, au nom de l’Etat et des collectivités, que l’Ugap devrait se porter acquéreur de 10 000 véhicules utilitaires électriques. Un volume important si l’on sait qu’en 2009, la centrale d’achat public va réaliser la vente globale de quelque 20 000 véhicules (VP, VU et PL).
Pourtant, comme le souligne Jean-Marc Borne, « aujourd'hui, dans le cadre de cet appel d’offres, se constitue un groupement de commandes agrégeant des acteurs privés et publics avec des méthodes d'achats et des règles juridiques différentes. L'Ugap pourrait être le coordinateur de ce groupement et contribuer à poser la première pierre pour mettre sur pied cet appel d’offres. »
Aucun droit à la panne sèche
Pour l’heure, l’Ugap a mis en avant une particularité de la demande des collectivités, laquelle porte à la fois sur des véhicules utilitaires, mais également sur des véhicules pour le transport de 4 personnes. « Globalement, indique Jean- Marc Borne, cette demande de véhicules de transport de personnes représente à l’heure actuelle la moitié de nos ventes. » Au-delà, explique-t-il, « nos critères de choix et les conditions de sélection des véhicules se sont aussi portés sur la performance technique du modèle : sa vitesse maximale et son autonomie, ainsi que sur son prix et le service après-vente proposé. »
Comme le souligne à son tour Muriel Barnéoud, « si ces modèles électriques doivent pouvoir s’insérer dans tous les types de circulation et sur tous les types de routes, nous avons une exigence particulière pour ces véhicules électriques : celle que nos conducteurs soient assurés de pouvoir disposer d’une assistance, quelle qu’en soit la forme, partout en un quart d’heure. »
Ne pas alourdir les coûts
Pas étonnant donc que chez Renault, l’on commence à communiquer sur un nouveau service qui sera spécifiquement destiné aux professionnels, lequel sera lancé dans 18 mois sous le label « Pro Plus ». Enfin, explique aussi Muriel Barnéoud, « une exigence partagée par l’ensemble des entreprises associées dans notre groupe de travail résidait naturellement dans la nécessité que le TCO du véhicule électrique choisi ne soit pas plus élevé que celui d’un véhicule thermique. »
C’est même là que se situe la principale demande des entreprises qui ont participé à ce groupe de travail. Ainsi, explique Baudouin de Mégille à la direction des Achats de Veolia, « nous avons à l’heure actuelle 23 000 véhicules utilitaires et nous comptons introduire, dès 2011, de 3 000 à 5 000 véhicules utilitaires électriques sur la base d’un cahier des charge précis et dont le bilan économique ne doit pas être supérieur à celui d’un modèle thermique identique. »
Naturellement, ce choix de véhicules électriques est un choix d’entreprise opéré au plus haut niveau et qui s’inscrit dans un mouvement de réduction des émissions de CO2 déjà engagé chez Veolia, indique Baudouin de Mégille. Ainsi, fin 2009 s’est achevé avec succès un plan de réduction des émissions de CO2 du parc de 5 % l’an. Avec l’arrivée de véhicules électriques, ces objectifs seront encore plus ambitieux.
Chez Darty, on évoque également ce même préalable. Comme l’explique Richard Deleplanque, directeur général des opérations de cette entreprise, « nous avons un engagement non contractuel et non contraignant pour nous équiper de véhicules électriques. Notre principal souhait réside dans le fait qu’ils ne coûtent pas plus chers à l’usage que les modèles thermiques et qu’ils ne constituent pas un frein dans le processus de constitution de nos tournées. »
Où recharger les véhicules ?
« La principale caractéristique de notre flotte qui compte 1 800 véhicules, c’est qu’elle est de taille lilliputienne par rapport à celle de grands groupes publics tels qu’EDF ou France Telecom. En revanche, il s’agit d’une flotte très visible », ajoute Richard Deleplanque. Pas question donc pour les véhicules Darty de rester en panne sur le bord de la route ou chez un client.
« Notre problème, c’est la charge », explique en effet le directeur général des opérations de l’enseigne. « Nous avons des tournées urbaines constituées d’un parcours moyen de 100 km, des tournées suburbaines qui nécessitent une autonomie de 140 km et des interventions en campagne sur des distances moyennes de 200 km qui nécessitent, elles, qu’une recharge des batteries soit effectuée dans la journée. Et à l’inverse de beaucoup d’entreprises, poursuit Richard Deleplanque, nos techniciens ne rentrent pas à leur base en fin de journée. C’est donc à leur domicile qu’ils doivent recharger leur véhicule. Et pour ceux intervenant en province, la nécessité d’une recharge des batteries doit même être envisagée durant la journée ». Ainsi, en matière de VE, Darty ne devrait s’engager que sur un tiers de son parc automobile actuel, soit la part de la flotte qui intervient sur le périmètre urbain de ses interventions.
Ce souci concernant la recharge des véhicules électriques en parc, on le partage aussi chez Veolia. Aucun des véhicules ne rentrant chaque soir à sa base, le rechargement devra aussi se faire à l’extérieur ou au domicile des collaborateurs. « Une part de notre parc circule en zone urbaine et nous avons beaucoup de contrats municipaux. Nos mandataires sont donc sensibles à la mise en place de véhicules propres dans notre flotte », explique Baudouin de Mégille.
« Comme ces véhicules roulent peu, c’est sur ces parcours à faible kilométrage que nous allons les substituer par les futurs modèles électriques. C’est d’ailleurs en centre-ville que les infrastructures de recharge des véhicules seront mises en place le plus sûrement. C'est là où il y a le plus de pollution et c’est là aussi que le plus grand nombre de prises de recharge des batteries seront disponibles. »
Quid des postes de recharge ?
Si aujourd’hui, la plupart des entreprises sont assurées de l’engagement des constructeurs dans le domaine des véhicules électriques, elles sont dans le doute face aux développements des infrastructures de recharge des véhicules.
Chez Darty, Richard Deleplanque s’étonne d’ailleurs que les pétroliers et les distributeurs de carburant ne soient pas associés à ce problème de développement d’un réseau de point de recharge et à la définition d’une carte de paiement. Un vœu qui semble être actuellement entendu. Mais pour l’heure, précise Muriel Barnéoud, « le plan gouvernemental prévoit sept actions dans le domaine des infrastructures de recharge : favoriser le recours à des prises standard, normaliser les prises au plan européen, favoriser la création d’un droit à la prise dans les copropriétés, rendre obligatoire dès 2012 les prises de recharge dans la construction d’immeubles (bureaux et habitation) avec parking, rendre obligatoires les prises dans les parkings des immeubles de bureaux dès 2015, soutenir les communes pour leurs infrastructures de recharge publique et organiser le déploiement opérationnel d’un réseau. »
Au total, 4,4 millions de prises de charge seront mises en place en France à l’horizon 2020 moyennant un coût de quatre milliards d’euros. 4 millions de prises seront installées dans les bureaux et dans les parkings d’immeubles, sur le domaine public ; 340 000 seront des prises de recharge nécessitant 6 à 7 heures et 60 000 autres offriront une recharge rapide en 1/4 d’heure. Soit deux prises par véhicule si l’on tient compte de la prévision qui considère qu’en France, d’ici 2020,2 millions de véhicules électriques (dont les deux tiers d’hybrides rechargeables) circuleront sur nos routes et devront se réalimenter en énergie. Seule condition, qu’ils ne procèdent pas tous à cette recharge en même temps sauf à provoquer, non pas des pics de pollution, mais des pics de recharge…











