Retour à l'accueil du dossier: Enquête exclusive flottes vertes
Flottes automobiles Les parcs se mettent au vert
C'est le constat central de notre étude : le message a bien été entendu et entreprises comme collectivités réfléchissent à faire passer leurs flottes au « vert ». Une démarche par définition complexe et qui suppose d'actionner des leviers multiples, mais sans nécessairement peser sur les coûts. Avec encore quelques interrogations autour du véhicule électrique.
A 54,03 %, la première vertu du développement durable reste, pour nos 248 répondants, de permettre à l'entreprise ou à la collectivité de communiquer positivement, tout en engageant sa responsabilité sociale (41,94 %) et en investissant sur l'avenir (32,66 %). Néanmoins, audelà de ces aspects plus directement liés à la communication, ces exigences « vertes » sont aussi vues comme une source d'optimisation des coûts, pour 26,61 % des sondés, et de la fiscalité (13,71 %). Seuls 12,10 % de notre panel considèrent que le développement durable génère des coûts supplémentaires.
Un point met tout le monde d'accord : le développement durable a, pour près de 95 % des répondants, un impact sur la politique flottes, qu'il soit systématique (58,47 %) ou partiel (36,29 %) ; et cette problématique nouvelle est prise en compte par près de 87 % du panel. De même, et c'est plutôt rassurant, nos répondants sont impliqués, à 82,66 %, dans la définition des « flottes vertes » existantes ou à venir, tout comme ils le sont, à 85,48 %, dans la mise en oeuvre de nouvelles règles et procédures sur le sujet.
Redéfinir la politique flottes
Concrètement, ces préoccupations environnementales se traduisent par le lancement d'actions destinées à limiter l'empreinte écologique du parc dans près de 90 % des entreprises ou collectivités interrogées. Parmi les actions qui rencontrent le plus grand succès, le réaménagement de la politique flotte, déjà en place chez 48,17 % de nos répondants ou en cours de mise en oeuvre pour 19,72 %. Un travail d'organisation qui n'est pas nécessairement lié au développement durable et qui offre également l'avantage d'avoir un impact direct sur les coûts – ce qui est loin d'être négligeable en période de crise.
Autre levier déjà actionné par 44,72 % des sondés, le remplacement des modèles actuels par des véhicules propres, assurément sous le double effet de la TVS et du bonus/malus. Cette mesure est en cours de mise en oeuvre pour 31,30 % de notre panel. L'établissement et/ou l'optimisation d'un pool de véhicules se positionnent au troisième rang, à 31,56 % déjà réalisés et à 22,67 % en cours de mise en oeuvre, devant la promotion de l'utilisation des transports en commun ou alternatifs (31,13 % en place ; 15,57 % en cours).
Au-delà de la communication, le développement durable se veut aussi un engagement sur l'avenir.

Equiper les flottes pour les optimiser
D'autres leviers restent encore à actionner. Certains d'entre eux sont efficaces mais structurels, parce qu'ils impliquent l'ensemble de l'entreprise dans la démarche. C'est vrai de la réduction des fréquences de déplacement (20,18 % en place ; 27,52 % en cours), ou bien de la réduction du nombre de véhicules professionnels (17,19 % en place ; 19,91 % en cours), pas toujours simples à faire passer en interne… mais pourtant efficaces pour réduire aussi bien les coûts que les émissions de CO2. D'autres leviers appartiennent directement aux gestionnaires de parcs, à l'image de l'équipement des véhicules en outils de navigation (26,09 % en place ; 17,83 % en cours), ou en outils et solutions pour optimiser les trajets (16,13 % en place ; 20,28 % en cours). Autres pistes à explorer pour les gestionnaires de flottes : le lancement d'un programme d'éco-conduite (17,78 % en place ; 24,89 % en cours) ou encore de co-voiturage (25,96 % en place ; 19,23 % en cours). Conséquence directe de ces changements, pour 70,16 % de nos sondés, le « passage au vert » aura nécessairement un impact sur la relation avec les fournisseurs. Le premier d'entre eux, pour 54,44 % des répondants, reste, logiquement, la relance des appels d'offres, mais aussi le référencement de fournisseurs supplémentaires (30,65 %). Pour 19,76 % des sondés, il s'agira aussi de renégocier les contrats. Une chose est sûre : les fournisseurs sont prévenus…
Au sein des flottes automobiles, le développement durable est bel et bien entré dans les moeurs.

Des objectifs encore à mesurer
Un chiffre à souligner cependant : 50,81 % des répondants n'ont pas fixé d'objectifs quantifiables par rapport aux actions qu'ils ont lancées. Une situation qui peut notamment s'expliquer par la relative nouveauté de la problématique environnementale. Pareillement, la mesure des résultats déjà obtenus reste encore à pérenniser, voire même à définir. Pour exemple, seuls 54,84 % des répondants rassembler les différents critères de mesure, critères qui ne dépendent pas que des gestionnaires de flottes. Sur ces paramètres, un peu moins de la moitié des sondés apportent une réponse en mettant en avant les émissions de CO2 (88,52 % des citations), devant la consommation de carburant (72,95 %). Enfin, la formation des conducteurs est citée par 43,44 % du panel, juste devant la composition du parc (41,80 %).
Etonnamment, un nombre limité de répondants mesurent l'impact de leurs actions sur la fiscalité, entre autres par le biais de la TVS. Ce qui nous amène à un autre donnée fournie par notre étude : généralement, nos sondés ne s'attendent pas, dans leur grande majorité, à une augmentation des coûts de détention de leurs véhicules dans les douze ont réalisé une évaluation des résultats de leurs actions sous l'angle environnemental, en se basant sur les émissions de CO2. Parallèlement, 56,05 % ont procédé à une mesure budgétaire de leurs résultats en termes de diminution des coûts de fonctionnement du parc. Dans les deux cas, la difficulté rencontrée est bel et bien de définir et de prochains mois. Ainsi, 25,81 % anticipent une parfaire stabilité, et 36,29 % envisagent un recul compris entre 1 et 5 %. Avec cette conclusion : le développement durable ne devrait pas entraîner de hausse des coûts, peut-être pourraitil même contribuer à les tirer vers le bas.
Les coûts des flottes sont stabilisés
Un point que confirme Olivier Laguitton, créateur-gérant de R-CO2, spécialiste des bilans carbone et du conseil en réduction des émissions de CO2 et des coûts du carburant : « Pour les gestionnaires de parcs automobiles, une démarche de développement durable implique à la fois une dimension économique et écologique. Ainsi, diminuer les émissions de CO2 des véhicules est synonyme de baisse de la consommation de carburant, avec des gains économiques à la clé. De même, une flotte de véhicules avec de faibles émissions de CO2 engendre une réduction de la TVS, avec éventuellement un bonus lors de l'immatriculation. » Venons-en aux véhicules. Lorsque l'on pose la question des trois principaux critères de choix des véhicules en vue de réduire les rejets de CO2, le premier mis en avant est le taux de CO2 (86,69 % des citations), devant la motorisation (53,63 %), la consommation annoncée par les constructeurs (37,90 %) et le type de carburant (32,26 %). A noter que le segment des véhicules retient 29,84 % des suffrages, loin devant la marque, avec un petit 8,06 %, ou encore les labels écologiques (9,68 %). En tenant compte de ces éléments, les technologies susceptibles d'aboutir à une offre concrète dans les 18 mois sont l'hybride, avec 72,18 % des réponses, suivi de l'électrique (55,65 %), très loin devant les moteurs diesels (26,61 %). Les moteurs thermiques rassemblent 14,11 % des réponses, précédant les moteurs à biocarburants (12,90 %) ou les motorisations GPL (10,89 %).
Vers le parc automobile idéal
En revanche, pour 72,58 % des sondés, le parc idéal se veut mixte, réunissant de l'hybride, du diesel et de l'électrique. Un parc qui ne serait composé que de véhicules électriques (VP, VU, deux-roues) ne correspondrait aux attentes que de 11,69 % des sondés, tout comme un parc essentiellement composé d'hybrides (7,66 %). Pour réduire l'empreinte écologique du parc sur le segment des VUL, les mesures les plus efficaces seraient une offre plus large en motorisations moins polluantes (73,39 % des réponses), devant l'introduction de véhicules utilitaires électriques (52,42 %) et une offre de formation adaptée des conducteurs en matière d'éco-conduite (42,34 %).
Le véhicule électrique en questions
Un constat intéressant sur les modèles électriques. A la question « Avez-vous l'intention, dans les deux ans, d'introduire des véhicules électriques dans votre parc ? », nos sondés répondent « oui, certainement », pour 33,87 % d'entre eux, « oui, probablement » pour 26,21 %. Mais autour du véhicule électrique, les interrogations sont nombreuses : autonomie (82,66 % des citations), coût d'achat (66,13 %), coût et durée de vie des batteries (65,32 %), densité des réseaux de points de recharge (49,19 %). Sur ce sujet, les questions sont ouvertes et attendent des réponses.
Alors, véhicules hybrides, électriques, parcs mixtes ? Alain Giaccone, co-fondateur de Planète Verte, société de conseil spécialisée dans les véhicules électriques et hybrides, apporte un début de réponse : « Les hybrides sont apparus il y a un peu plus de dix ans et l'accélération sur ce marché a eu lieu il y a un peu plus d'un an, avec la multiplication des annonces du côté des constructeurs. Cependant, cette offre demeure relativement marginale, un constat qui reste encore plus vrai avec les véhicules électriques, expliquet- il. De leur côté, les gestionnaires de parc s'engagent sur plusieurs années : ils ont donc besoin d'un TCO qui corresponde à leurs attentes et d'une valeur résiduelle cohérente, ce qui est de plus en plus le cas. Et les hybrides ont aussi apporté à leurs utilisateurs une compétitivité accrue en termes d'image. »
Rares sont les entreprises où une réflexion n'est pas entamée autour de la thématique du développement durable.

La demande attend le marché
Du côté des véhicules électriques, Alain Giaccone note une médiatisation très forte, « même si le nombre de modèles disponibles reste réduit, avec souvent des prix élevés pour les VP. Arrivent également sur le marché de petits véhicules urbains, de petits utilitaires, souvent produits par des PME ou de petits constructeurs. Les gestionnaires de parcs jouent donc la prudence », complète-t-il. Quelques chiffres pour conclure : seuls 4,84 % de nos sondés déclarent gérer un parc qui bénéficie, pour plus de 75 %, du bonus écologique. En moyenne, 46,37 % des parcs se situent sous la barre des 25 % et 7,26 % ne bénéficient d'aucun bonus. Sur ce thème des flottes vertes, les marges de progression existent bel et bien.
En lien avec cet article: