Pas une semaine ne passe sans l’annonce d’un lancement imminent de nouveau modèle hybride ou de commandes sur les véhicules électriques à venir. Pour les fabricants de batteries, c’est une aubaine. Saft estime le marché mondial dédié à l’équipement des hybrides entre 10 et 15 milliards de dollars (8,3 à 12,5 milliards d’euros) en 2015. Quant à la Deutsche Bank, elle table sur une estimation de 30 ou 40 milliards de dollars en 2020 (25 à 33 milliards d’euros) pour l’ensemble des véhicules, le 100 % électrique inclus.
Les spécialistes fourbissent donc leurs armes. Saft, d’origine française, un temps dans le giron d’Alcatel, est associé depuis 2006 à l’américain Johnson Controls. Ensemble, ils ont ouvert deux ans plus tard une usine de batteries lithium-ion près d’Angoulême (Charente), à Nersac, d’une capacité de 20 000 unités par an. Elle approvisionne les Mercedes S Class 400 et les BMW hybrides.
Produire à proximité du client
« Si vous voulez être un acteur mondial dans la fabrication de batteries pour l’industrie automobile, il faut pouvoir produire mondialement, aux États-Unis comme en Europe », insiste John Searle, le président du directoire. La taille des batteries, et leur poids, imposent aussi une production au plus près du site du client constructeur. Saft avait participé à la première expérience de voiture électrique en France, dans les années 1990. En juin 2009, il a rejoint le consortium pour la filière française des véhicules électriques auquel participent Michelin ou Valeo. Nul doute que de nouveaux investissements devraient enrichir celui apporté initialement au site charentais et qui s’élevait à 15 millions d’euros.
Car la concurrence s’aiguise. Depuis 1992, Bolloré a déjà injecté près de 100 millions d’euros dans la mise au point d’une batterie lithium-métal-polymère. L’usine, inaugurée fin septembre à Ergué- Gabéric (Finistère), devrait livrer 5 000 batteries en 2010, et pourrait passer à une capacité de production de 25 000 ou 30 000 unités en 2012.
Les fabricants jouent les alliances
Son éternel challenger, Dassault, vient d’annoncer un investissement de 5 millions d’euros dans une usine de batteries lithiumion, construite à Vert-le-Petit, en Essonne. Le maître d’oeuvre sera l’américain Dow Kokam auquel il a cédé sa société de véhicules électriques SVE après avoir échoué à convaincre les constructeurs français de s’associer avec lui. Son bref rapprochement avec Heuliez a vécu, suite aux difficultés financières du carrossier.
Dow Kokam France prévoit d’embaucher une trentaine de personnes pour démarrer la production en fin d’année et espère atteindre un rythme de croisière de 15 000 packs-batteries par an, soit de quoi fournir 5 000 véhicules. La cible ? Quelques-uns des 100 000 véhicules électriques annoncés par le gouvernement français, des flottes comme celles de La Poste, ou des petits utilitaires « type Renault Kangoo, Citroën Berlingo, Peugeot Partner », selon les dirigeants (lire également en pages Actualités).
Renault fabrique, PSA s’associe
Les constructeurs ont eux aussi clairement défini leurs projets. Renault a annoncé en novembre dernier qu’il assurera lui-même la fabrication de ses batteries dans l’usine de Flins (Yvelines). Le démarrage est prévu pour 2012. Le constructeur a signé un protocole d’accord avec le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et le Fonds stratégique d’investissement (FSI) pour la création d’une joint-venture dans la recherche, l’industrialisation et le recyclage des batteries. La production initiale est estimée à 100 000 unités par an, et pourrait croître si d’autres constructeurs décidaient de se fournir auprès de Flins.
Son concurrent PSA Peugeot Citroën s’est rapproché de Sanyo (groupe Panasonic) pour la fourniture en batteries, dès 2011, des Peugeot 3008 et Citroën DS5 en version hybride. PSA devrait devenir le cinquième client du numéro un mondial des batteries rechargeables, qui approvisionne déjà Honda et Ford en batteries nickel-métal, et doit livrer des batteries lithium-ion au groupe Volkswagen et à Toyota. Début juin, Sanyo a indiqué qu’il allait investir 120 milliards de yens (près de 1 milliard d’euros) en trois ans. Ses ambitions ? Une part de marché mondiale de 40 % en 2020 sur les batteries rechargeables pour les véhicules hybrides, grâce notamment à une augmentation significative de ses moyens de production.









