Deux témoignages ont servi de base aux débats. Jean-Pierre Sivignon, chef de la mission interministérielle du parc automobile de l’État, a ainsi mis en avant son bilan et ses objectifs pour 2012. Baudouin de Mégille, directeur de Veolia Environnement Gestion Automobile, a détaillé des évolutions de la gestion du parc au sein d’une multinationale.
L’État vise une réduction drastique de son parc
Jean-Pierre Sivignon a dévoilé un premier bilan des mesures engagées en 2010 et dont l’achèvement est programmé en 2013. L’État s’est fixé l’objectif de réduire son parc d’environ 15 %, soit 10 000 véhicules sur un total de 70 000, dans les ministères, les administrations centrales ou régionales, mais aussi les établissements publics comme les universités. Une initiative qui entre dans le cadre de la RGPP (révision générale des politiques publiques), complétée par une circulaire du premier ministre en juillet 2010, qui fixait notamment des objectifs en termes d’écologie.
Un recensement initial a dénombré 20 000 véhicules âgés de sept à neuf ans et entraîné une première vague d’élimination de 6 500 modèles. Et Jean-Pierre
Sivignon anticipe un dépassement de l’objectif des 10 000 véhicules à 12 500 en 2013. Toutefois, a noté le responsable, la facilité de ces premières suppressions est également imputable aux effets plus globaux de la RGPP. Cette politique a en effet entraîné un regroupement des services administratifs sur tout le territoire et débouché sur une mutualisation des parcs. Autre soutien essentiel : « Le dossier est suivi de près par le gouvernement, avec un point tous les trois mois à l’Élysée », a conclu Jean-Pierre Sivignon.
Un appui hiérarchique solide que Baudouin de Mégille sait aussi apprécier à sa juste valeur. Chez Veolia Environnement, c’est Antoine Frérot, le directeur général, qui a signé la car policy remaniée et donc appuyé le travail réalisé. Veolia Environnement rassemble 30 000 véhicules dont 7 000 de fonction. Et la révision de la car policy est allée de pair avec le lancement d’un nouvel outil de gestion du parc qui se veut le résultat d’une réflexion entamée en 2009. « Maintenant, nous recourons tous au même outil et de la même façon, selon les mêmes procédures », a complété Baudouin de Mégille.
Veolia travaille ses coûts de gestion
L’outil a aussi amené à limiter la circulation des formulaires papier et les erreurs inhérentes et doit déboucher sur une diminution du nombre des intervenants directs dans la gestion de la flotte : de 60 à 70 personnes à seulement 30 à 40. La commande est aussi simplifiée : les collaborateurs choisissent directement leur véhicule dans un catalogue électronique prédéfini, et le gestionnaire valide la demande qu’il envoie au loueur.
Un autre objectif évoqué par Jean-Pierre Sivignon et Baudouin de Mégille semblait beaucoup plus lointain pour nombre de participants à cette matinée : celui de l’intégration des véhicules électriques (VE) dans les flottes. L’annonce du résultat de l’appel d’offres de l’Ugap sur les VE fin octobre a de fait marqué le coup d’envoi d’une diffusion de l’électrique à l’échelle nationale. Chez Veolia, qui a participé à cette démarche, 1 100 VE vont rejoindre la flotte sur quatre ans. Il s’agit d’utilitaires, des Kangoo Z.E., que le groupe compte principalement employer en zone urbaine, en raison de leur autonomie mais aussi de la demande des villes avec lesquelles l’entreprise travaille. Et ce souhait pourrait bientôt devenir un impératif avec l’établissement de zones d’action prioritaires pour l’air (ZAPA) qui vont restreindre l’accès des centres-villes aux véhicules les moins polluants.
Le véhicule électrique, une question toujours centrale
Mais des questions demeurent en suspens autour du VE, que les participants à la table ronde comme le public n’ont pas manqué de soulever. C’est Laurence Damazie-Edmond, responsable communication et partenariats chez EDF, qui y a répondu, sur la base des expériences menées en région parisienne avec Renault et le projet Save, ou à Strasbourg avec Toyota.
La responsable a tout d’abord tenu à souligner que le VE n’est pas simplement le résultat d’un environnement légal ou économique contraignant. « La voiture électrique reste un plaisir à conduire et un moyen d’améliorer les conditions de travail », a-t-elle souligné, s’appuyant sur les premiers résultats des tests grandeur nature. Quant à la question du prix comme un frein à leur acquisition par des flottes de taille plus modeste, Laurence Damazie-Edmond a rappelé qu’avec l’appel d’offres de l’Ugap, le TCO de l’électrique équivalait à celui du thermique.
Autre interrogation : celle du prix de revente. À cette question, Laurence Damazie-Edmond a répondu qu’il existait désormais un marché des VE de seconde main, les nouvelles générations de batterie conservant une bonne part de leur capacité, même après plusieurs années d’utilisation.
Quel marché du véhicule d’occasion en 2012 ?

Mais le débat ne s’est pas limité au thème de l’électrique, avec une question partagée par toutes les personnes présentes : quel sort l’année 2012 va-t-elle réserver à la gestion des véhicules… thermiques ? Comme avec l’électrique, les prix de revente demeurent aussi une interrogation, puisqu’ils conditionnent le montant des loyers. Début décembre, alors que se déroulait cette table ronde, Pascal Vanbeversluys, de GE Capital Fleet Services, envisageait un marché de l’occasion soutenu et une stabilité des loyers. « Mais c’est un marché qui bouge très vite », a concédé le directeur du marché fleet du loueur longue durée.
Cette instabilité n’empêchera pas Hyundai de renforcer son implantation auprès des entreprises, avec les modèles phares que sont les i40 et i30. Et pour ce marché des flottes, Hyundai entend aussi proposer des « services maîtrisés », à travers les quinze à vingt « centres entreprises mis en place pour les professionnels », a rapporté Patrick Gourvennec, directeur général du constructeur en France. À destination de la clientèle des flottes, le constructeur coréen commercialise aussi des offres de LLD en marque blanche, avec ALD Automotive en Europe et Arval en France.
Plus que jamais, les entreprises demeurent aussi la cible de Total, avec les cartes carburant comme piste à explorer pour réduire les coûts. En effet, dans les flottes, deux conducteurs sur trois, même en intégrant les transporteurs routiers, ne sont pas porteurs de ces cartes, a noté Daniel Massot, directeur des cartes carburant du pétrolier.
Une diffusion encore faible alors que, « selon l’Ademe, la carte peut contribuer à diminuer de 3 % la consommation de carburant », a indiqué le représentant de Total. Pour améliorer la diffusion de son produit, Total a renouvelé cette année sa carte avec des services innovants. Par exemple, les outils télématiques permettront un meilleur suivi du comportement des conducteurs. Un service testé auprès d’une grande entreprise et qui a fait reculer la consommation de 5 à 10 %, a assuré Daniel Massot.
Des équipements pour rationaliser les dépenses
Cet accompagnement renforcé de la clientèle des flottes, c’est aussi le parti pris par Michelin. « Les gestionnaires n’attendent plus seulement une vente sèche », a pointé Olivier Dupont, responsable des flottes France pour la ligne produit tourisme et camionnette. Michelin peut donc réaliser un diagnostic complet des flottes de ses clients afin d’affiner le calcul du TCO des véhicules, avec des idées d’économies à la clé. Ainsi, l’emploi des pneus de la marque épargne 0,16 l/100 km de carburant, soit 192 l sur 120 000 km.
Voiture électrique, nouvelles offres des constructeurs, carte carburant ou pneumatiques… En 2012, le rôle du gestionnaire de flotte sera plus que jamais stratégique pour contribuer à la maîtrise des coûts de l’entreprise ou de la collectivité. Une exigence qui débouchera logiquement sur plus de professionnalisme. Une évolution qui n’a pas échappé aux services du gouvernement : cette année, une soixantaine de gestionnaires de parc devraient être recrutés dans l’administration, à des postes de cadres A. Un signe de l’importance accordée à la fonction dans une conjoncture difficile… et qui ne devrait pas se limiter au seul secteur public.
Notre table ronde a rassemblé, dans l’ordre alphabétique :

• Laurence Damazie-Edmond, responsable communication et partenariats, EDF
• Olivier Dupont, responsable des flottes France, ligne produit tourisme et camionnette, Michelin
• Patrick Gourvennec, directeur général, Hyundai France
• Daniel Massot, directeur des cartes carburant, Total France
• Baudouin de Mégille, directeur de Veolia Environnement Gestion Automobile
• Jean-Pierre Sivignon, chef de la mission interministérielle du parc automobile de l’État
• Pascal Vanbeversluys, directeur du marché fleet, GE Capital Fleet Services








