80 km/h : quel bilan deux ans après ?

Deux ans après son entrée en vigueur, le Cerema a publié un rapport d’évaluation de l’abaissement de la vitesse maximale autorisée à 80 km/h sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central.

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Cerema rapport 80 km/h

À la demande du Comité interministériel de la sécurité routière, le centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) a évalué les effets de l’abaissement de la vitesse maximale autorisée à 80 km/h sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central. En pratique, le centre s’est penché sur quatre thématiques : les vitesses pratiquées, l’accidentalité, l’acceptabilité et les effets sociétaux.

La pandémie de covid-19 ayant complètement bouleversé les mobilités au premier semestre 2020, l’évaluation ne porte que sur les 18 mois ayant suivi l’entrée en vigueur de la mesure, soit entre le 1er juillet 2018 et le 31 décembre 2019. Reste que la période d’évaluation a aussi été marquée par « différents phénomènes », tels que le mouvement social des « gilets jaunes ». « Comme pour toute évaluation, il n’est pas possible de faire la part de ce qui est dû spécifiquement à l’abaissement de la vitesse autorisée, reconnaît le Cerema. Cependant, la comparaison avec un groupe témoin, ou la référence à des données connexes a pu permettre de voir l’évolution liée à la mesure. »

Une baisse de 3,3 km/h des vitesses moyennes pratiquées

Concernant la vitesse, faute de données historiques satisfaisantes, le Cerema a dû mettre en place un observatoire des vitesses sur une quarantaine de sites de mesures répartis en France métropolitaine et « neutres » en termes d’infrastructures, c’est-à-dire où les usagers peuvent circuler à la vitesse qu’ils souhaitent. De ce fait, les vitesses pratiquées après la mise en place de la mesure, de juillet 2018 à décembre 2019, n’ont pu être comparée qu’avec celles pratiquées en juin 2018. Au total, 143 millions de passages ont été mesurés.

Bilan : « Le 1er juillet 2018 marque une réelle rupture dans l’évolution des vitesses pratiquées sur les routes concernées par la mesure », observe le Cerema. La moyenne des vitesses pratiquées en juillet 2018 était en effet inférieure de 4,3 km/h par rapport à celle de juin 2018. Par la suite, cette moyenne est légèrement remontée jusqu’en juin 2019 avant de se stabiliser.

Au final, la vitesse moyenne pratiquée est passée de 86,4 km/h sur la période « avant » (juin 2018) à 83,4 km/h sur la période « après » (de juillet 2018 à décembre 2019), soit une baisse de 3,3 km/h. Celle-ci « concerne l’ensemble des vitesses, y compris les plus élevées, précise le Cerema. L’écart entre les vitesses les plus lentes et les vitesses les plus élevées reste stable. »

Cette évolution semble avoir eu peu d’impact sur l’écoulement du trafic : « Il n’y a pas eu de création supplémentaire de pelotons de véhicules, ni de réduction du temps entre les véhicules qui se suivent », affirme le Cerema. La mesure a toutefois entraîné un allongement des temps de trajet d’une seconde par kilomètre en moyenne, alors que les usagers estimeraient généralement la perte de temps à deux minutes par kilomètre.

Plus de conducteurs en infraction pour les VL mais moins pour les PL

Si l’on s’intéresse uniquement aux véhicules légers, la vitesse moyenne pratiquée a diminué de 3,5 km/h. Une tendance confirmée par les données de l’Onisr qui, selon le Cerema, a mesuré une baisse de la vitesse moyenne en journée de 4,4 km/h entre 2017 et 2019 sur les routes à deux ou trois voies hors agglomération.

À noter toutefois pour les VL que 58 % des conducteurs ne respectaient pas la vitesse maximale autorisée de 80 km/h en décembre 2019, alors qu’ils n’étaient que 35 % en juin 2018 lorsque la était fixée à 90 km/h. « Le changement insuffisant de comportement d’une partie des conducteurs ne permet pas à la mesure d’atteindre le maximum de son potentiel, signale le Cerema. Si tous les véhicules circulaient à une vitesse inférieure ou égale à 80 km/h, la baisse de la vitesse moyenne serait trois fois plus importante en décembre 2019, soit 9,7 km/h au lieu de 3,5 km/h. »

Inversement, alors que leur est restée inchangée, la vitesse moyenne pratiquée par les poids lourds a diminué de 1,8 km/h après la mise en œuvre de la mesure. Ainsi, le taux de PL dépassant la vitesse limite est passé de 49 % à 38 %.

Une baisse de 8 à 10 % du nombre de tués

Concernant l’accidentalité routière, le Cerema a été limité par les données de la BAAC, qui manquent de précision concernant la localisation des accidents. En effet, le registre se limite à référencer les accidents survenus « hors agglomération » et « hors autoroute », sans distinguer les routes bidirectionnelles sans séparateur central des secteurs à 2×2 voies non autoroutières, ni celles où sont implantées des limites de vitesse particulières (virages dangereux, approche d’agglomération ou de sens giratoire, etc.). Les données ont été comparées à une période de référence couvrant les années 2013 à 2017, considérée comme « stable et sans rupture en ce qui concerne le nombre de tués sur le réseau considéré. »

Le Cerema a ainsi estimé à 10 % la baisse du nombre de tués sur le réseau considéré au second semestre 2018 (- 125), à 8 % au premier semestre 2019 (- 76) et à 10 % au second semestre 2019 (- 130) par rapport à la moyenne 2017-2019, soit au total 331 tués de moins sur 18 mois. « En tenant compte des mois de janvier et février 2020, où les données sont estimées, la baisse du nombre de tués s’élève à 349 sur 20 mois », ajoute le Cerema.

« À l’inverse, sur le reste du réseau, aucun gain n’est constaté aux seconds semestres et le premier semestre 2019 présente même une hausse sensible et très significative du nombre de tués », note le centre. Ainsi, sur 18 mois et après correction des variations saisonnières, une baisse de la mortalité routière de l’ordre de 12 % (+/- 3,6 %) a été observée sur le réseau considérée par rapport au reste du réseau routier métropolitain.

En parallèle, si le nombre d’accidents corporels est resté stable sur le réseau étudié après l’entrée en vigueur des 80 km/h, le taux de tués pour 100 accidents en 2019 (13,7) est inférieur de 10 % au taux moyen sur la période 2017-2019 (15,2) ; tandis qu’il a affiché une hausse de 1 % sur le reste du réseau routier.

Un gain socio-économique estimé à 700 millions d’euros

Ces gains d’accidentalité ont été estimés à 1,2 milliard d’euros auxquels s’ajoutent une réduction de la consommation et des émissions de CO2, contrebalancée par le coût lié aux pertes de temps de parcours (entre 720 et 920 millions d’euros). Au total, le Cerema a ainsi évalué à 700 millions d’euros sur un an le gain socio-économique de la mesure, en comparant 2017 et 2019.

Enfin, une enquête a été réalisée en quatre vagues, du 24 avril au 2 mai 2018 auprès de 5 310 répondants, puis du 7 au 14 mars 2019 auprès de 3 797 répondants, du 10 au 17 octobre 2019 auprès de 3 884 répondants et enfin du 12 au 17 juin 2020. Résultat : la part des répondants favorables à la mesure est passée de 30 % en avril 2018 à 40 % en mars 2019, 42 % en octobre 2019 puis 48 % en juin 2020. À noter que les répondants n’étaient pas les mêmes d’une vague à l’autre.

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