Aon Auto livre ses projections

« Le secteur automobile a été l’un des premiers à avoir été frappé par la crise et l’ampleur de cette dernière a fragilisé l’ensemble des activités qui y sont associées, notamment les activités bancaires. » 

- Magazine N°152
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Marc Azouz

Marc Azouz, directeur associé d’Aon Global Risk Consulting plante ainsi le décor. Selon Aon, les loueurs sont particulièrement exposés aux risques de marché. La marge financière n’est qu’une faible partie de leur marge globale. L’essentiel de leur rentabilité est gagné sur les services proposés, mais surtout sur leur capacité à revendre les véhicules d’occasion dans des conditions satisfaisantes. Les loueurs sont donc particulièrement sensibles aux fluctuations du marché du véhicule d’occasion. Autre difficulté, les normes comptables IFRS obligent les loueurs à inscrire dans leurs comptes les véhicules loués à des valeurs résiduelles qui approchent les valeurs réelles du marché. Or, avec la baisse du marché de l’occasion, ces valeurs résiduelles plongent et les loueurs sont obligés de réviser leurs actifs à la baisse ; une situation qui engendre des pertes lourdes sur l’exercice incriminé. « L’un des défis qui se posent aux loueurs longue durée consiste à être moins sensibles à la volatilité des valeurs résiduelles qui pèsent sur leurs résultats, insiste Marc Azouz. Quand tout va bien, la rentabilité des loueurs est indécente. Mais quand la situation est critique, les résultats sont très volatils. »

« Les difficultés actuelles ont des répercussions directes sur le marché du véhicule d’entreprise », explique Xavier Benard, responsable d’Aon Auto. Autre conséquence de la crise, le marché du VO s’effondre. Dans le même temps, les acteurs du financement (banques, organismes de crédit…) sont directement handicapés par l’assèchement des liquidités. « Bref, résume Xavier Benard, tous les leviers des loueurs sont attaqués en même temps. » Face à cette nouvelle donne, à l’exception de Parcours, tous les acteurs du marché de la LLD prolongent massivement la durée de leurs contrats. « Les commerciaux sont crédités de bonus quand ils obtiennent de leurs clients qu’ils revoient la durée de leur contrat à la hausse », précise Xavier Benard. Le but poursuivi : préserver les valeurs résiduelles et éviter ainsi que les marges ne se dégradent davantage. En prolongeant la durée des contrats, les loueurs espèrent assécher le marché du véhicule d’occasion et ainsi faire remonter les prix. « Mais, s’interroge Xavier Benard, la prolongation des contrats ne risque-t-elle pas de décaler les problèmes dans le temps. Quelle sera la situation dans 18 mois ? Le marché du VO sera-t-il plus favorable ? » Xavier Benard rappelle également que plus de 80 % des grands comptes ont opté pour la LLD : « Si le marché des grands comptes se retourne, des centaines de véhicules reviendront chez les loueurs.» Face à ces difficultés, les loueurs réservent les nouvelles opportunités de financement à leurs clients les plus rentables ou à ceux dont le risque en matière de crédit est faible. Autre effet de la crise : avec l’allongement de la durée des contrats, le modèle de la LLD pourrait être battu en brèche par l’achat, le crédit ou encore la location avec option d’achat. « Sur les longues durées, ces solutions de financement sont plus performantes que la location longue durée, explique Xavier Benard. Bien sûr, sur 60 mois, le loyer mensuel est moins élevé, mais nous avons réalisé des études avec un organisme spécialisé et le crédit s’avère plus avantageux sur cette durée. A 60 mois, le risque sur les valeurs résiduelles est très faible et la LLD perd sa pertinence. Sur 36 mois, la LLD est légèrement plus chère que l’achat, mais l’entreprise n’a pas à se préoccuper de ses véhicules et ces derniers n’alourdissent pas le bilan. Au-delà de 48 mois, l’équation économique n’est plus la même.» Dans les 12 mois, Aon prévoie une rupture du modèle : le crédit sera à nouveau accessible dans des conditions intéressantes alors que la LLD ne sera pas encore sortie de la crise du VO. Autre phénomène apparu avec la crise, les grands comptes privilégient la gestion à l’euro et choisissent de plus en plus le fleet management. « Dans ces conditions, reprend Xavier Benard, les constructeurs sont favorisés et vont reprendre le marché des entreprises. »

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