La filière automobile signe un avenant à son contrat stratégique

L’État et les acteurs de la filière automobile ont signé le 26 avril 2021 un avenant au contrat stratégique de la filière automobile. Celui-ci renforce plusieurs mesures, au regard des effets de la crise sanitaire et en vue d’accélérer la transition écologique du secteur.
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Ventes sociétés 2021
© Mikbiz

Pour rappel, le contrat stratégique de la filière automobile, signé le 22 mai 2018, a fixé une feuille de route sur cinq ans. Celle-ci prévoit notamment de multiplier par cinq les ventes de véhicules électriques entre 2018 et 2022. Un point d’étape avait ensuite été effectué en juillet 2019. Face aux conséquences de la crise sanitaire sur le secteur, mais aussi pour anticiper un durcissement des réglementations, l’État et les acteurs de la filière viennent de signer un avenant à ce contrat le 26 avril 2021.

Accélérer la transition énergétique et écologique

Celui-ci doit tout d’abord accélérer la transition énergétique et écologique de la filière en vue d’atteindre la neutralité carbone en 2050. L’enjeu : « anticiper les objectifs de baisse des émissions de CO2 prévus par la réglementation européenne et l’entrée en vigueur des zones à faibles émissions (ZFE) qui concerneront prochainement toutes les agglomérations de plus de 150 000 habitants. »

« La prochaine norme Euro 7 ne doit pas conduire à une transformation non maîtrisée des règles qui s‘imposent aux véhicules en France, a toutefois argué Bruno Lemaire, ministre de l’économie. Nous estimons que les propositions à ce stade sont excessives et méritent d’être révisées. » L’avenant mentionne ainsi le respect du principe de neutralité technologique et prévoit de compléter d’ici fin 2022 les travaux déjà engagés sur les analyses de cycle de vie des véhicules.

« Alors que nous avions prévu de mettre à disposition des clients une diversité de moteurs dans les prochaines années – thermique, hybride, électrique –, les nouvelles normes en discussion aujourd’hui auront pour conséquence la quasi-disparition des moteurs thermiques en Europe, a rappelé Luc Chatel, président de la Plateforme automobile et mobilités (PFA). Cela veut dire que nous nous dirigeons vers une solution unique qui n’est pas celle que nous avons choisie, qui est celle qui s’impose à nous car c’est la seule disponible technologiquement à un prix à peu près accessible. Tout cela a des conséquences et nous avons signé cet avenant pour en tenir compte. »

Des aides pour les VU électriques et plus de bornes de recharge

L’avenant prévoit ainsi un accompagnement accru de la transition vers les véhicules électriques. « Nous allons renforcer le soutien financier aux véhicules les plus lourds qui jusqu’à présent ne bénéficient pas des aides à cause des effets de seuil, a annoncé Bruno Lemaire. Le plafond à 60 000 euros sera supprimé pour le soutien aux VU électriques, ce qui permettra notamment d’inclure des véhicules comme le Master de Renault. » L’avenant veut aussi encourager le développement de véhicules industriels zéro émission.

De plus, « nous allons poursuivre et accélérer le déploiement des bornes de recharge, a complété le ministre. Nous aurons cet été 156 aires de services sur les 368 du réseau autoroutier, qui seront équipées en bornes de recharge rapide, et 192 fin 2021. Cela veut dire que plus de la moitié du réseau autoroutier français sera équipé en bornes de recharge électrique rapide. »

De leur côté, les acteurs de la filière devront « contribuer activement à l’élaboration de la feuille de route technologique » pour l’hydrogène, alors que le gouvernement a dévoilé fin 2020 sa stratégie nationale sur le sujet. Ils devront également réduire leurs émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre.

Un soutien renforcé à l’innovation

En parallèle, l’avenant mise sur l’innovation. « Nous avons déjà apporté un soutien massif à hauteur de 700 millions d’euros pour développer une filière de batteries électriques européennes, a rappelé Bruno Lemaire. La première usine ouvrira à Douvrin dans le Nord avec près de 2 000 emplois créés à terme sur ce site. Le Comité d’orientation pour la recherche automobile et les mobilités (Coram) a également permis de soutenir la filière à hauteur de 150 millions d’euros en juillet 2020. Ce dispositif sera pérennisé de fin 2021 au moins jusqu’à fin 2022. » Le ministre s’est également déclaré favorable à un deuxième projet d’intérêt collectif européen sur les semi-conducteurs, la crise ayant révélé la dépendance européenne dans ce domaine.

« Dans les dix prochaines années, il y aura en Europe plusieurs centaines de milliards d’euros d’investissement dans l’automobile, a indiqué Luc Chatel. Comment la France est-elle capable de capter sa part sur ce nouveau marché de l’automobile ? C’est tout l’enjeu des investissements massifs dans la batterie, l’électromobilité et l’hydrogène. » Par ailleurs, la filière s’engage dans l’avenant à tester les cas d’usage de la connectivité, notamment 5G, et à préparer des opérations pilotes de service de mobilité autonome à plus grande échelle.

Relocaliser et accompagner les sous-traitants et les salariés

Enfin, l’avenant doit contribuer à relocaliser les activités automobiles à forte valeur ajoutée sur le territoire français, ainsi qu’à améliorer l’accompagnement de la sous-traitance et des salariés dans la mutation du secteur. Un plan d’action est notamment prévu pour les 355 fonderies françaises qui représentent 30 000 emplois directs dont 15 000 liés à l’automobile. 

Notre outil de production est trop petit, trop dispersé à travers le territoire et le positionnement sur le marché n’est pas celui qui est le plus porteur pour les années à venir, a constaté Bruno Lemaire. Nous sommes trop concentrés sur les métaux ferreux alors même qu’ils seront moins utilisés dans les voitures. On utilise 120 kg de métaux ferreux pour un véhicule diesel, il en faut quatre fois moins, 35 kg, pour un véhicule électrique. »