Bonus-malus : bilan de la réforme

Finalement, le bonus-malus n’a fait qu’amplifier un mouvement déjà bien enclenché vers les moteurs propres et une gestion des parcs automobiles faisant désormais la part belle au TCO et plus simplement axée autour d’un prix catalogue des modèles. Le bilan d’un an d’application de la réforme en 5 questions.

- Magazine N°146
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parc automobiles

Comment les flottes d’entreprises se sont-elles approprié la nouvelle législation sur le bonus-malus ? Quels changements cette fiscalité écologique a-t-elle entraînés sur la composition des parcs, quelles marques a-t- elle avantagées et au contraire, quelles marques ont souffert du nouveau dispositif ? Les loueurs que Flottes Automobiles a interrogés sur le sujet sont assez unanimes sur un point : le bonus-malus n’a pas bouleversé la donne, car une autre législation, celle sur la TVS, un an auparavant, avait déjà bien rebattu les cartes.

1. Les flottes ont-elles anticipé la nouvelle législation ou ont-elles agi au coup par coup ?

OUI.

2 ou 8 %
de TCO, voire même… un mois de loyer gratuit par véhicule. C’est l’estimation des économies générées par le bonus-malus dans les flottes selon certains acteurs du marché.

A écouter les loueurs longue durée, les gestionnaires de parcs automobiles sont un peu comme Monsieur Jourdain dans le Bourgeois gentilhomme de Molière : ils ont appliqué depuis plusieurs années la législation sur le bonus-malus sans le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. « Les flottes ont anticipé cette nouvelle réglementation sans le savoir », explique François Piot, directeur général France d’Arval. « Suite à la première loi de finances concernant la TVS, cela a déjà incité les entreprises à prendre des véhicules qui feraient l’objet d’un bonus ou qui seraient neutres. La nouvelle réglementation du bonus- malus n’est donc que le prolongement de ce qui a déjà été entrepris chez Arval. »

Un jugement repris chez LeasePlan par Steven Blanchard, chef de marché. « C’est en 2006 avec la loi sur la TVS que les entreprises ont pris conscience du coût des émissions de CO2. Le bonus-malus a en quelque sorte complété une taxation existante, en ajoutant une strate supplémentaire, mais n’a pas modifié de fond en comble les habitudes ». « L’impact du bonus-malus n’est finalement pas aussi marqué que ce que l’on pensait », renchérit Thomas Zink, directeur marketing chez GE Capital Solutions. La démarche d’optimisation du parc autour du CO2 avait démarré dès 2006. Le bonus-malus s’est inscrit finalement dans cette continuité. »

Quelles économies permettent de générer le bonus-malus dans une flotte ? Difficile de donner une règle générale : certains loueurs estiment que le bonus permet d’économiser 2 % de TCO en direct, d’autres annoncent le chiffre de 8 %. Pour d’autres enfin, le bonus correspond presque à un mois de loyer gratuit par véhicule, sans compter les économies générées par la modification de la conduite, qui suit cette prise de conscience.

2. Les grands comptes et les TPE ont-ils avancé au même rythme en intégrant désormais le TCO comme règle de gestion du parc ?

NON.

Cette réponse n’est pas vraiment surprenante et c’est en réalité le contraire qui eût étonné. Plus la taille des entreprises est importante et le nombre de voitures en parc élevé, plus le TCO est pris en compte. C’est en quelque sorte dans l’ADN des grandes sociétés de développer une approche TCO systématique dans leurs appels d’offres. « Elles ont une plus grande volonté de repositionner leur politique environnementale en faisant passer un message fort qui va conforter leur image », souligne Laurent Hermesse, directeur d’Alphabet France. « Dans les petites structures, c’est plus difficile et plus lent. Celles-ci restent plus sensibles au prix catalogue qu’au TCO », souligne François Piot.

39 mois et 100 000 km
Voilà la durée et le kilométrage moyen des contrats de LLD aujourd’hui. Des contrats dont la durée s’allonge à raison d’un mois tous les ans !

Chez ALD Automotive, Eric Trelet, directeur commercial pour la France, remarque que « de plus en plus de monde parle TCO. Les constructeurs via leurs labels écologiques, les loueurs avec un système informatique adéquat, les grands comptes qui ont démarré plus tôt, mais aussi de plus en plus de PME ».

Pour LeasePlan, il est essentiel, quelle que soit la taille du parc, « de s’intéresser au coût d’un véhicule sur l’ensemble du cycle du contrat. Un véhicule moins cher à l’achat est-il vraiment plus rentable sur la durée, qu’un modèle plus cher à l’achat mais qui se révélera ensuite moins gourmand en TCO », rappelle Steven Blanchard, chef de marché. Selon ce loueur, la démarche TCO inscrit véritablement l’automobile comme un outil au service de l’entreprise, dont il faut optimiser l’usage.

Laurent Hermesse met toutefois en garde contre un excès de précipitation dans les évolutions de parcs. « Tous les clients ne peuvent pas changer leur car policy en même temps. Quelqu’un qui aura besoin d’un monospace, n’en trouvera pas avec un bonus. Il faut tenir compte des besoins des clients et garder à l’esprit que l’automobile reste un élément de politique salariale et de fidélisation, même dans le contexte actuel. »

3. Tous les niveaux de fonction ont-ils été touchés par l’arrivée du bonus-malus ? Même les comités de direction ?

OUI… mais.

Comme le souligne Thomas Zink chez GE Capital Solutions, « lorsqu’elle a lieu, la réflexion porte sur toutes les catégories de véhicules et donc sur toutes les fonctions. Pour autant, ce n’est pas parce que le bonus-malus entre dans la discussion au sein d’une entreprise, que tous les membres du comité exécutif repartent à bord d’une Smart ! ».

En règle générale, pour ces profils de dirigeants, l’idée est de revenir vers des modèles en-dessous de la barre des 200g, mais avec davantage de finitions et d’options. Les nouvelles offres des constructeurs permettent d’ailleurs aux gestionnaires de faire leur choix dans une plus large gamme de modèles. « Il y a aujourd’hui de nouveaux véhicules dont les émissions sont plus faibles, ce qui fait baisser leur malus et qui gardent une image de comité de direction », insiste Stan Deveaux, directeur des ventes grands comptes. Citons à titre d’exemple le Qashqai de Nissan ou le nouvel hybride de Lexus.

Pour François Piot, chez Arval, dès que le PDG d’une société se penche sur cette question, « tous les employés sont mis à contribution ». Et de citer le cas de Cortal Consors qui a intégralement revu sa flotte en attribuant des Toyota Prius à son comité de direction et des Polo Blue Motion à ses commerciaux. Il faut donc que la direction s’implique : « c’est clairement le comité de direction qui donne le La. C’est la valeur par l’exemple, et chez ALD, les dirigeants roulent à bord de véhicules à 160 g de CO2/km », indique Eric Trelet. En revanche, dans les PME, les situations sont moins claires et l’exemple tarde bien souvent à venir. « Les émissions de CO2 n’y ont pas beaucoup bougé et nous sommes parfois surpris des modèles que nous voyons : il y a toujours pas mal de 4×4 », remarque un loueur.

4. La moyenne des émissions de CO2 a-t-elle beaucoup diminué ?

OUI.

138 g
C’est le taux moyen des émissions de CO2 au km du parc des clients de LeasePlan. Il est de 141 g chez GE Capital Solutions, 142 g chez Alphabet, et de 114,09 g chez Arval. des chiffres qui sont tous à la baisse.

Quel bilan les loueurs tirent-ils d’un an de bonus-malus et quelle photographie de leur parc donnaient-ils au 31 décembre ? Chez GE Capital Solutions, une étude approfondie a été menée sur l’impact du bonus-malus auprès de ses clients. Thomas Zink explique qu’en 2006, « nous avions 18 % de commandes sur des modèles soumis à un malus. Cette proportion a été ramenée à 14 % en 2007 et 13 % en 2008. Il s’agissait essentiellement de modèles compris entre 165 et 200 g/km. Les véhicules à plus de 200 ou 250 g/km avaient déjà beaucoup baissé dès 2006 et 2007 ». Quant au bilan sur la partie bonus, il fait surtout ressortir un saut entre 2006 et 2007, plutôt qu’en 2008.

Chez GE Capital Solutions, les commandes de véhicules à bonus représentaient en 2006,23 % de l’ensemble, mais 30 % en 2007 et 35 % en 2008. « Même si la progression est significative, nous nous attentions à une évolution plus forte du bonus, compte tenu de ce qui avait été observé dans le grand public », analyse Thomas Zink.

Le loueur s’est attaché à étudier la répartition des commandes par seuils d’émissions de CO2 : il ressort que 20 % d’entre elles concernent des modèles compris entre 100 et 120 g/km, 15 % portent sur des motorisations émettant de 120 à 130 g/km. En-dessous de 100 g d’émissions, les commandes sont minimes puisqu’elles représentent 1 % des achats. Au total, la photographie du parc des clients de GE Capital Solutions donne une moyenne d’émissions de CO2 de 141 g/km, sachant que ce chiffre inclut les utilitaires. « Il y a deux ans, nous étions à 145 g/km en moyenne d’émissions de CO2 », précise Thomas Zink. « Cette tendance à la baisse va s’amplifier au fur et à mesure que les constructeurs vont sortir de nouveaux modèles ».

Chez Arval, on annonce des émissions moyennes par km de 144,09 g, alors que la proportion restant en malus atteignait 10 %. « A noter également que 66 % de nos véhicules en 2008 étaient à moins de 140 g d’émissions de CO2/km, alors que cette part s’élevait à 54 % en 2007 », remarque François Piot.

Pour LeasePlan, le taux moyen est passé de 143 g à 138 g/km. Globalement les commandes sur 2008 ont porté pour un tiers sur des véhicules bonussés et pour 11 % sur des véhicules malussés. Quant aux grands comptes, ils ont commandé à 37 % des modèles bénéficiant d’un bonus. L’objectif de LeasePlan est d’accompagner ses clients à réduire cette année les livraisons de véhicules en zone neutre et si possible la part des malus chez les grands comptes (8 % actuellement)

« Nous avons livré sur l’ensemble de l’exercice 2008, quelque 51 % de véhicules bonussés, surtout des modèles inférieurs à 130 g donnant droit à un bonus de 700 euros », indique Laurent Hermesse, chez Alphabet France. « La part des véhicules neutres a représenté 30 % des mises à la route tandis que les modèles malussés s’inscrivaient à 11 % ». En un an, la flotte d’Alphabet a réduit de 5 gr ses émissions moyennes de C02 pour atteindre 142 g/km.

5. Observez-vous la disparition de certains modèles ou de certaines marques des parcs ?

JOKER !

Les loueurs ne veulent pas se fâcher avec les constructeurs et on les comprend. Ils sont en pleine renégociation des conditions tarifaires pour l’année en cours…Les marques françaises restent très présentes dans les parcs, observent-ils. Selon certaines statistiques, elles représenteraient 75 % des flottes d’entreprises. Il reste que sous couvert d’anonymat, les langues se délient un peu plus. « Il y a clairement une raréfaction de certains modèles devenus trop vieux et dont les valeurs résiduelles affichées sont beaucoup trop hautes par rapport à la réalité du marché du VO. C’est le cas du Scénic ou de la 407. A l’inverse, Citroën et son C4 Picasso a plutôt bien résisté », explique un opérateur significatif du marché.

« Il y a eu un effet BMW sur nos clients core business et sur les grands comptes », reconnaît Stan Deveaux pour LeasePlan. Le modèle 118 notamment connaît une progression. D’ailleurs la moitié des commerciaux grands comptes LeasePlan a roulé en 2008 en BMW118 ». « Désormais pour les grands comptes, la règle est en général d’avoir 2 ou 3 constructeurs hors comité exécutif, avec pour chaque niveau de responsabilité 4 ou 5 modèles, dont une berline, un monospace, une voiture urbaine », souligne Thomas Zink chez GE.

Chez Alphabet, Laurent Hermesse précise que les commandes de BMW ont progressé de 45 % sur le segment des TPE et de 70 % sur celui des moyens et grands comptes. « Au total, nous avons mis à la route 55 % de BMW et 45 % de multimarques, contre 50 % l’année précédente », précise- t-il.

Il reste que, sur le terrain, les constructeurs présentent des bilans commerciaux pour 2008 qui portent bel et bien la marque du bonus-malus. BMW affiche une montée forte (+ 40 %) sur le marché des entreprises (dont 80 % auprès des seuls loueurs longue durée). A l’inverse, les responsables d’Opel mettent l’accent sur la perte de compétitivité en matière de CO2 de la gamme Zafira et donc une chute des commandes. Quant à Fiat, il relève la forte croissance (+ 68 %) des immatriculations de modèles bonussés à 700 euros, alors que dans le même temps, les ventes de voitures en zone neutre et même celles avec un bonus de 200 euros étaient en repli de plus de 20 %.

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