Bretagne : la mobilité sur tous les fronts

Pour verdir sa flotte de 266 véhicules, la Bretagne mise un peu sur le véhicule électrique, mais surtout sur la réduction de la taille des modèles. En parallèle, la région multiplie les initiatives auprès de ses agents, qu’il s’agisse de proposer du covoiturage, des vélos à assistance électrique ou encore de l’éco-conduite. Avec des résultats à la clé.

- Magazine N°215
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Bretagne : la mobilité sur tous les fronts

Et si l’électrique n’était pas la solution à tous les maux du secteur des transports en France ? Alors que les collectivités devront acquérir, lors du renouvellement de leurs flottes, la proportion minimale de 50 % de véhicules à faibles émissions – 20 % pour les collectivités territoriales et leurs groupements – dans certaines régions, le déploiement de véhicules « verts », notamment électriques, pose question.

C’est le vrai de la Bretagne. Si la région a adopté, dès 2012, 7 Peugeot iOn destinées aux déplacements professionnels urbains des agents de l’antenne portuaire de Saint-Malo et des sites rennais, reste cependant une question et de taille, celle de l’autonomie. « Le problème avec l’électrification, c’est l’offre du marché. Si les constructeurs nous apportent des solutions, il n’y a aucun blocage », avance Stéphane Chabrol, chef du service de la maintenance et de la logistique en charge du parc automobile. 

Le choix d’une rationalisation de la flotte a donc été fait en attendant, pour l’électrique, « des autonomies autour de 300 à 400 km, ainsi qu’un réseau de charge rapide apte à permettre les déplacements des agents dans de bonnes conditions, du fait de la spécificité de la région, très étendue », complète le responsable.

Moins de CO2, même sans l’électrique !
Si l’électrique n’a pas pu encore se faire une place au sein de la flotte de la région Bretagne, les nombreuses initiatives menées depuis 2012 n’en ont pas moins eu un impact non négligeable sur les rejets de CO2 des véhicules du parc. Alors que la flotte rejetait 143 g/km de CO2 en moyenne en 2012, ce chiffre est descendu en 2015 à 113 g. « Pour 2016, l’objectif, certes un peu ancien que nous nous étions fixé, à savoir 110 g pour la flotte, devrait être atteint grâce au renouvellement de 30 à 40 véhicules par des 3-cylindres essence », annonce Stéphane Chabrol.
Du côté des motorisations alternatives, « une réflexion est en cours autour des véhicules électriques à prolongateur d’autonomie hydrogène, mais aussi sur le recours à des VUL électriques pour certaines missions », a tenu à expliquer le responsable.

Le downsizing pour diminuer la flotte

Il faut dire qu’entre 2010 et 2012, suite au transfert de différentes compétences de l’État à la région, plus de 140 véhicules avaient intégré la flotte. « Depuis, ce chiffre demeure plutôt stable et même orienté à la baisse, note Stéphane Chabrol, mais la rationalisation du parc est passée depuis trois ans par le recours à des petites motorisations essence avec les moteurs 3-cylindres des constructeurs français. » 

Si le diesel reste de mise pour les familiales, précise Stéphane Chabrol, le choix de la région s’est porté sur les Peugeot 208 et Renault Clio essence pour succéder aux véhicules de service fonctionnant au diesel, avec un impact sur le TCO bien moindre qu’imaginé. « Du fait des coûts d’entretien moindre des véhicules essence par rapport au diesel, l’impact de ses motorisations n’est pas énorme », constate le responsable. Pour les véhicules de la direction générale (voitures de fonction), la collectivité est passée de la gamme « familiale » à « compacte ». Enfin, pour les véhicules des chauffeurs pour la conduite des élu(e)s, les modèles ont glissé de la gamme « routière » à la gamme « familiale ». 

Autre changement d’envergure au sein de la région, le passage en pool des véhicules de service. Les accueils de chacun des sites possèdent tous un logiciel de réservation ; les agents peuvent ainsi rouler avec un véhicule non pas attribué mais disponible sur place.

Plinder, un plan interne de déplacement

Pour compléter ce système, la Bretagne a déployé en 2014 un plan interne de déplacement « privilégiant entre autres les transports en commun », explique Stéphane Chabrol, mais pas que. Nommé Plinder, ce programme a été déployé pour limiter les risques d’accidents, rationaliser les déplacements, diminuer le stress lié à ces trajets, et faire reculer leurs coûts. L’objectif est aussi établir un report modal de l’utilisation des transports, afin de restreindre le nombre de places de parking nécessaires au fonctionnement des services, et donc de contenir l’emprise foncière de la collectivité.

Premier axe suivi par le plan Plinder, favoriser le déplacement des agents via les transports en commun. Bien que rendus plus efficaces par le downsizing, les véhicules de fonction restent polluants. Afin de les laisser sur le parking, la région offre à ses salariés un remboursement des abonnements aux transports empruntés pour les déplacements domicile-travail.

Autre mode de transport doux valorisé, le vélo. Sur les sites administratifs rennais, la Bretagne met à disposition des deux-roues à assistance électrique pour les trajets professionnels. « Les agents peuvent aussi bénéficier gratuitement d’un vélo à assistance électrique, sur une durée de 3 mois renouvelable pour les trajets domicile-travail et pour les usages personnels », détaille le plan Plinder. Ce VAE devra être employé au minimum trois fois par semaine pour les trajets domicile-travail hors vacances. La région participe aussi à l’abonnement à un service public de location de vélos ou encore apporte une aide pour les abonnements aux parkings sécurisés.

Désireuse de mettre en avant l’éventail le plus large d’offres pour le déplacement de ses agents, la collectivité a adhéré à l’association Covoiturage+. Cette association référence des équipages à partir des itinéraires et des horaires de chacun, à l’aide d’un logiciel spécifique. Et elle s’engage à chercher un autre équipage en cas d’indisponibilité du conducteur.

En outre, les agents reçoivent, s’ils s’engagent à covoiturer trois jours par semaine, trois carnets de tickets de bus, à utiliser en cas d’indisponibilité du conducteur, d’impossibilité de rentrer aux horaires prévus (réunion tardive), ou lorsque Covoiturage + n’a pas trouvé d’autre équipage. « De plus, si deux personnes partent à des horaires identiques de l’un de nos sites, le covoiturage est alors toujours proposé par les agents d’accueil. Ces derniers font appel à un logiciel de réservation des véhicules de service et sont vigilants sur le sujet », décrit Stéphane Chabrol.

La flotte de la région Bretagne en chiffres.
Le parc de la région Bretagne comprend 266 véhicules répartis sur vingt sites dont 130 véhicules particuliers et 136 VUL.

Aider à l’achat d’un véhicule propre

Depuis avril 2015, la région mène aussi un travail avec Covivo, entreprise spécialisée dans le conseil et les solutions en mobilité partagée. L’objectif : « déployer en 2016 une solution globale pour tous les sites de la collectivité, regroupant les offres faites aux agents pour les déplacements », résume Stéphane Chabrol.

Dernière initiative du plan Plinder pour le moins incitative vis-à-vis des agents : la région verse une prime de 300 à 600 euros à ces derniers pour l’achat d’un véhicule à faibles émissions de CO2. Cette cagnotte s’ajoute au bonus de l’État lors de l’achat d’une voiture neuve à motorisation électrique ou à motorisation hybride comprenant une motorisation électrique. À la condition que ce véhicule soit utilisé au cours des trajets domicile-travail.

Si la collectivité s’engage dans ce document à « assurer le renouvellement de son parc automobile sur Rennes Métropole par des véhicules électriques », elle mène aussi des actions en matière d’éco-conduite.

L’éco-conduite pour baisser la sinistralité

« Les gros rouleurs, soit tous les chauffeurs et certains salariés identifiés, participent régulièrement à des stages, financés par la région, de conduite et de rappels du code de la route », pointe Stéphane Chabrol. Les autres agents peuvent aussi bénéficier d’une participation de la région dans le cadre de la formation personnelle.

Résultat : « une sinistralité extrêmement faible avec seulement 20 à 25 incidents par an », se félicite Stéphane Chabrol. En soulignant que « les bonnes pratiques de l’éco-conduite sont remises en avant régulièrement. »

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