BretaLita dessert la France et l’Europe de l’Est en cinq jours

Membre du réseau Astre Europe, le transporteur franco-lituanien BretaLita travaille entre la France et l’Europe de l’Est avec des transports effectués en double équipage.
661
BretaLita France Europe
Depuis Vilnius (Lituanie), BretaLita relie la France à l’Allemagne, la Pologne, les Pays Baltes et la Russie.

Entreprise de transport franco-lituanienne et membre du groupement Astre, BretaLita (Vilnius) assure depuis 1995 des flux réguliers en Europe : entre la France, la Pologne, la Russie et la CEI via les Pays Baltes. La guerre en Ukraine a suspendu les échanges entre l’UE et la CEI, mais BretaLita maintient ses transports entre l’ouest et l’est de l’Europe.

« Nous avons débuté en rapprochant des importateurs est-européens de fournisseurs français et, aujourd’hui, nos camions servent toujours à l’exportation de produits français sur l’Allemagne, les Pays Baltes et la Pologne », commente Guilhem Jacquet, dirigeant de BretaLita. Une tâche compliquée par la réglementation européenne sur le cabotage, la pénurie de conducteurs internationaux et la baisse des flux retour vers l’Europe de l’Est.

Semi-remorques compartimentées à double plancher

Avec 50 salariés, dont 30 conducteurs lituaniens et 8 exploitants, et 50 transporteurs lituaniens ou polonais affrétés régulièrement, BretaLita consolide son fret aller et retour avec 50 % de lots complets et 50 % de groupage.

En détail :

  • Dans le sens sud-nord, 80 % des transports concernent des produits de la mer et des fruits et légumes sous température dirigée qu’il charge chez des partenaires comme Olano, qui détient 10 % de BretaLita, ou les groupes Stef ou Antoine.
  • Dans le sens nord-sud, les viandes conditionnées et légumes proviennent de Pologne et d’Allemagne et se complètent de 20 % de produits secs industriels, conserves, biens de consommation, textile et presse, un fret qui manque dans le sens sud-nord.

Cette stratégie oriente les choix de véhicules du transporteur. D’un bon rapport prix/facilité de maintenance, ses semi-remorques sont de marque Krone ou Schmitz, conçues avec trois compartiments et à double plancher pour emporter plus de lots différenciés.

BretaLita France Europe
BretaLita transporte à 80 % du fret réfrigéré dans des semi-remorques compartimentées et à double plancher.

Aller-retour en 5 jours à 90 km/h

BretaLita France Europe
Guilhem Jacquet, gérant de BretaLita

Ses 15 tracteurs Euro 6 sont des Actros Mercedes-Benz, des Renault Trucks T ou des DAF XF, dont Guilhem Jacquet a renouvelé la moitié entre 2021 et 2022. « Il est coûteux de réinvestir tous les 3 ans, mais c’est nécessaire car ils effectuent 240 000 km par an », reconnaît-il.

Le surcoût vient de la nécessité de les équiper en moteurs puissants et en grandes cabines. « Nos 30 conducteurs roulent en double équipage pour effectuer l’aller-retour vers la France en 5 jours, alors qu’un équipage simple prendrait 10 à 15 jours, explique le dirigeant. Mais le bridage à 84 km/h de la vitesse des camions fait perdre 2 à 3 heures sur l’ensemble de la boucle. Nous avons donc reporté la limite à 90 km/h sur autoroute et à 80 km/h sur route nationale, même si cela coûte 1 l de carburant de plus aux 100 km. Ainsi, les grandes cabines permettent aux conducteurs de dormir à deux dans le camion durant la semaine et ils vont assez vite pour passer leur repos hebdomadaire chez eux ».

BretaLita France Europe
La flotte de BretaLita est composée de puissants tracteurs Mercedes-Benz, DAF XF, MAN ou Renault Trucks T.

Duos pour doubles équipages

La perspective du retour hebdomadaire exerce un véritable attrait sur les conducteurs : « Ils sont tous Lituaniens, ont entre 30 et 60 ans et aiment les voyages, note Guilhem Jacquet. Mais ils savent que, pour postuler chez nous, ils doivent se faire accompagner d’un compagnon de route quand ils viennent à l’entretien d’embauche. C’est pourquoi nous comptons de plus en plus de duos : couples de conducteurs, frère et sœur, père et fils. Nous avons ainsi 20 conducteurs de plus de 10 ans d’ancienneté et 10 qui reviennent régulièrement ».

BretaLita France Europe
En double équipage, les véhicules de BretaLita bouclent en 5 jours leur circuit entre la Lituanie, en Europe de l’Est, et la France.

Mais le double équipage présente aussi des inconvénients pour l’entreprise. En effet, « si l’un des deux conducteurs tombe malade, c’est le duo qui s’arrête et il faut donc jongler avec les plannings ou convaincre deux chauffeurs qui ne se connaissent pas de cohabiter durant une semaine », détaille Guilhem Jacquet. À cette difficulté peut s’ajouter le refus d’un conducteur de travailler pour du groupage, lequel oblige le conducteur à compter et vérifier les palettes qu’il transporte et parfois à charger et décharger son fret sur le quai. « Dans ce cas, nous facturons plus cher la prestation afin de rémunérer au conducteur son travail de manutention », indique Guilhem Jacquet.

La réglementation du cabotage contraint le TIR

La question du salaire devient cruciale depuis la réglementation européenne sur le cabotage. Ainsi, « outre leurs frais de route, nos conducteurs reçoivent un salaire qui inclut une rémunération au Smic français à 11,07 euros/heure ou allemand à 12 euros quand ils travaillent dans ces pays, assure Guilhem Jacquet. Mais durant les transits, ils ne sont payés que 8 euros/heure ».

Les conducteurs de BretaLita ne cabotent que pour rallier un chargement international.

Pour Guilhem Jacquet, la réglementation française ne différencie pas assez le transport international routier (TIR) du cabotage, que ses conducteurs pratiquent peu. « Nous ne cabotons que pour éviter des déplacements à vide entre deux chargements internationaux, assure-t-il. Mais le dépôt auprès d’un représentant français des déclarations de détachement de personnel et des attestations de salaire des conducteurs lorsqu’ils circulent en France est contraignant. Il pousse les transporteurs internationaux à éviter la France, ce qui crée une pénurie de camions qui pénalise l’exportation française ».

Les conducteurs de BretaLita, qui relient l’est et l’ouest de l’Europe, sont rémunérés au Smic français quand ils circulent en France.
PARTAGER SUR