Brexit : retour aux règles du transport international

À partir du 1er janvier 2021, le transport routier à destination du Royaume-Uni redeviendra une activité internationale avec ses autorisations de circulation limitées, ses obligations douanières et ses surcoûts.
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Brexit transport
À partir du 1er janvier 2021, les camions franchissant le Channel devront déclarer aux douanes les marchandises qu’ils transportent. © Douane française

Avec ou sans accord sur le Brexit, le 1er janvier 2021, le Royaume-Uni retirera le libre accès à son territoire aux transporteurs de l’UE. Le fait que la douane britannique appliquera cette loi progressivement jusqu’en juillet n’exclura ni les contrôles, ni les amendes en douane.

« Sauf si la licence communautaire est reconnue par le Royaume-Uni, les transporteurs français devront donc présenter une autorisation CEMT du Forum international des transports (Ex Conférence européenne des ministres du transport) pour franchir la frontière », prévient Françoise Antignac, déléguée aux affaires internationales et douanières de l’association française du transport routier international (AFTRI). Ces autorisations étant fournies par les DREAL sur la base d’un contingent par pays, elles seront limitées. « Les documents européens aussi seront invalidés, ajoute Françoise Antignac. Les transporteurs doivent anticiper et dresser une liste des informations et des données que les chargeurs et les RDE (Représentants en Douane Enregistrés) devront leur transmettre avant l’expédition. »

Les documents du conducteur et des marchandises

Pour accéder au Royaume-Uni, le conducteur, de préférence rompu aux échanges internationaux, devra donc présenter son passeport, son permis de conduire international, sa carte de conducteur pour le chronotachygraphe et, au besoin, ses certificats d’aptitude au transport de produits dangereux ou phytosanitaires, ainsi que les papiers du véhicule : carte grise, carte verte d’assurance du véhicule et de sa semi-remorque et certificats de contrôle technique.

Il présentera aussi aux douaniers les documents de transport papier ou numérisés : Lettre de voiture (CMR ou e-CMR, voir notre brève), liste de colisage, factures d’expéditions, déclaration en douane de chaque marchandise, etc. Enfin, il fournira le numéro EORI (Economic Operator Registration and Identification ou numéro unique d’identifiant communautaire) de son entreprise, du ou des exportateurs et importateurs et de leurs. Ce conducteur devra aussi savoir ce qu’il transporte car la déclaration en douane de la marchandise sera appairée avec l’immatriculation du véhicule.

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À leur arrivée sur le sol britannique, les camions seront dirigés sur la file verte s’ils sont en règle ou orange s’ils doivent être contrôlés. © Douane française

File verte ou file orange

Pour éviter les embouteillages portuaires, les douanes étudieront la déclaration douanière pendant la traversée. Si elles la valident, le camion prendra à l’arrivée au port la file verte qui ouvre l’accès au Royaume-Uni. Sinon, ce sera la file orange qui mène au parking des contrôles, avec leurs conséquences : temps perdu, frais de manutention et éventuelle amende en douane, britannique à l’export et/ou française à l’import. Avant de partir, le conducteur aura donc révisé son anglais et rempli son frigo pour ce voyage qui s’annonce long, surtout si la pandémie de covid-19 se prolonge.

Trouver un correspondant pour livrer

Au Royaume-Uni, le conducteur ne livrera son chargement qu’après dédouanement par le RDE du client. Rapide pour un lot complet, celui-ci peut durer des jours pour du groupage. Le transporteur confiera alors ses différentes marchandises à un correspondant britannique qui se chargera du déchargement du fret dans un entrepôt, des opérations de douane, puis de la livraison. Ce partenaire augmentera ses coûts de transport, mais lui évitera les impayés si l’Incoterm3 prévoit que le transport international sera payé au Royaume-Uni. Il rechargera aussi son camion en fret pour la France. Ensemble, ils garantiront à leurs clients une prestation domicile/domicile fiable en termes de délais et de tarifs, ainsi que le retour de leurs documents d’exportation.

Ce correspondant remplira aussi la déclaration sûreté/sécurité, obligatoire dès le 1er janvier côté français, qui permettra aux douanes de l’UE d’analyser le risque des marchandises avant leur entrée sur le continent. De retour en France, le conducteur repassera par un RDE pour déclarer les marchandises avant de livrer. Un accord de reconnaissance réciproque des règles respectives du transport entre l’UE et le Royaume-Uni avant janvier peut cependant aplanir toutes ces difficultés.

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Chaque année, près de 6 millions de camions traversent le Channel pour livrer ou ramener des marchandises.
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