Services et solutions de gestion : des camions en mode numérique

Alors que les services et les solutions de gestion numériques transforment la filière camion en lui donnant plus de mobilité et d’autonomie dans ses missions et ses contrôles d’activité, les fournisseurs multiplient les prestations dans un marché très concurrentiel. Le point sur une offre en pleine évolution.

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L’optimisation du transport est réelle et son corollaire est que les fournisseurs de solutions embarquées ou numérisées pour le transport savent que leur croissance passera désormais par une optimisation de leurs propres activités ou par une croissance externe. De là, notamment, une concurrence exacerbée entre les acteurs du télépéage dans plusieurs domaines : la taille de leur réseau, le nombre, la nature et le coût de leurs services. De là, aussi, l’ajout de la géolocalisation en mode DSRC (Dedicated Short Range Communication) pour identifier les trajets effectués sur les tronçons de voie sujets aux taxes environnementales, et d’offres de solutions légères de gestion de flotte. L’ouverture de la taxe allemande Maut aux opérateurs étrangers a aussi conduit nombre d’entre eux à accréditer leurs télébadges pour l’Allemagne.

Tous ces objectifs font que les opérateurs visent la concentration pour prendre des parts de marché aux concurrents, quittes à intégrer un groupe plus puissant. Ainsi, après Eurotoll, filiale de télépéage d’Autostrade Italia, c’est Telepass qui a rejoint Abertis, lui-même racheté par l’espagnol ACS et l’italien Atlantia. Les deux associés possédant aussi la société allemande Hochtief, Telepass y a gagné le service de géolocalisation KMaster inclus dans son Telepass SAT. S’ajoutent à son offre le téléchargement des données sociales du tachygraphe, les consommations de carburant, le suivi de température pour les véhicules frigorifiques et un bouchon de carburant avec système d’alarme pour éviter les siphonnages.

Les télébadges s’européanisent

Quant à Eurotoll, cette autre filiale d’Abertis est maintenant implantée dans douze pays dont l’Italie et l’Allemagne depuis l’ouverture de la Maut aux opérateurs étrangers. L’intégration de deux nouveaux télébadges dans ses boîtiers interopérables, un DSRC (Pronto pour l’Italie) et un satellitaire (Pronto Sat) pour les autres pays, lui permet de proposer le télépéage allemand. Avec l’intégration de ces télébadges à la géolocalisation de la Tribox Air, Eurotoll peut aussi offrir une solution de pilotage des véhicules et d’optimisation des tournées en temps réel pour éviter les taxes environnementales, réaliser une économie de carburant et calculer son empreinte carbone.

Le français Axxès a aussi profité de l’ouverture au marché de la Maut pour lancer la mise à jour et l’accréditation de ses boîtiers en Allemagne et en Italie. Axxès y commercialisera ses solutions intelligentes de télépéage, mais aussi de collecte des éco-redevances certifiées pour le Service européen de télépéage (S.E.T). Axxès possède ses propres solutions de suivi en temps réel et de pilotage de flotte.

Filiale de Total, AS 24 a élargi le champ de son télébadge PASSango à plusieurs pays européens : la France, l’Espagne et le Portugal, tandis que la Belgique (incluant le tunnel du Lieftkenshoek), l’Autriche, la Suède et le Danemark et depuis juillet l’Allemagne le sont sur demande. Le télébadge fonctionne en « Stop&Go », ce qui évite l’arrêt aux péages. Sous la dénomination PASSango EuroPilot, il offre la géolocalisation en plus pour l’Europe, ce qui a justifié l’option du service PASSalert qui prévient le conducteur en cas d’anomalies d’utilisation (tronçons, erreur de classe véhicule, trajet le plus cher). Il garantit l’accès aux remises des sociétés autoroutières, de 13 % en France. Il donne aussi accès aux parkings sécurisés sur les grands axes routiers. Enfin, le boîtier se paramètre à distance afin de suivre les transactions réalisées par les véhicules depuis un espace client.

Les transporteurs à leur propre service

Pour conserver leur pouvoir de décision face aux constructeurs, aux équipementiers et aux chargeurs, les transporteurs ont créé au fil du temps des coopératives d’achat de biens et de services, comme France Groupements ou UCT, mais aussi des groupements de transporteurs qui mutualisent leurs approvisionnements. Depuis 1964, 400 transporteurs se sont ainsi offert une centrale d’achats, Ecotrans, qui négocie les prix auprès des fournisseurs de matériels, de logiciels ou de services pour le compte de ses adhérents. La société propose aussi un badge autoroutier unique pour onze pays en Europe, la récupération de la TVA à l’étranger, la réservation de places dans les ferries ou encore des assurances et des cartes carburant.
Méfiants vis-à-vis des risques de fraude à la bourse de fret, les groupements Astre, FLO, Evolutrans, France Benne, France Plateaux et Tred Union gèrent depuis 2010 la bourse de fret B2PWeb pour sécuriser les transactions entre clients et prestataires. B2PWeb comptait 30 000 utilisateurs en 2019, dont des grands groupes comme Gefco, Geodis Calberson, Stef, STG. Ces derniers effectuent 500 000 connexions quotidiennes et optimisent 325 000 véhicules. BP2Web dit recueillir chaque mois 70 nouveaux adhérents.

Les camions banquiers

Mais l’ouverture de la Maut aux opérateurs non allemands est surtout une invite au futur paiement de la Maut directement par les camions numériques comme l’Actros ID que Mercedes Benz vient de présenter. Intégrant un Truck – Wallet, une fonction portefeuille de paiement, ce camion numérique se servira de la géolocalisation pour régler automatiquement le télépéage au mètre près. Dans les zones à faibles émissions polluantes (ZFE) et plus tard dans les villes hyperconnectées (Smart Cities), ce véhicule réglera donc les taxes et les amendes de lui-même ou préviendra le conducteur lorsque leur route passera par une zone payante. Volvo Trucks, Renault Trucks, Scania et Man travaillant aussi sur ce concept, cette génération de véhicules numériques rendra caducs tour à tour les portiques de la Maut, les cabines de péage puis les télébadges. Heureusement pour les opérateurs, cela prendra encore plusieurs années avant que tous les véhicules industriels soient connectés.

En revanche, la détection des places libres dans les parkings poids lourds sécurisés est devenue une quasi-réalité. En s’appuyant sur l’internet des objets (IOT) ou Machine-to-Machine, Bosch a développé des capteurs reliés à une plate-forme logicielle sur internet qui indique le nombre de places libres aux véhicules connectés qui passent à sa portée. Les prestataires qui profiteront de ce service semblent encore peu nombreux. Il y a Truck Etape, filiale de Vinci Concessions, en partenariat avec ASF, et Park Plus, en partenariat avec APRR. Ensemble, ces deux sociétés affichent 1 300 places poids lourds réparties en France dans neuf parkings sécurisés.

Delta Park Truck Secure Parking géré par TIP Trailer à Dourges (62)
Delta Park Truck Secure Parking géré par TIP Trailer à Dourges (62)

Parkings sécurisés et solutions

Total mettrait aussi à disposition des poids lourds douze parkings sécurisés à travers la France, accessibles avec la carte Total ou le télébadge PASSango. En Normandie, ParkCase a été créé à la demande de la Communauté d’agglomération Seine-Eure d’Heudebouville. Les applications mobiles Transpark, de l’IRU et Truckfly peuvent aussi localiser ces parkings. Mais là encore, les solutions de sécurisation des poids lourds à distance (verrous connectés, caméras de surveillance) et les alarmes d’acteurs comme Optiloc ou Wabco ralentissent le développement des installations physiques.

Enfin, les fournisseurs de logiciels de gestion de flotte sont eux aussi soumis à la concurrence des constructeurs de véhicules industriels depuis que le groupe Traton, propriétaire de MAN et Scania, a racheté l’éditeur de TMS et de solutions de géolocalisation RIO. Multi-marques, RIO 4TMS vient de combler le déficit d’informations entre la planification des tournées au bureau et le chauffeur sur la route par le biais d’interfaces intelligentes. Il a aussi développé RIO 4Trailer pour le suivi des remorques et unités tractées.

Le TMS évolue vers le cloud

Astrata, Trimble ou Groeneveld racheté par AddSecure (ex Vehco) sont eux aussi très présents mais leurs solutions paraissent lourdes devant les boîtiers télématiques dont les constructeurs équipent leurs véhicules et qui compilent et traitent les données directement par les ordinateurs du véhicule. Ces petites solutions suffisent souvent aux PME du transport. C’est pourquoi Fret Solutions propose sa solution de gestion des opérations de transport Cargo-TMS en SAAS (Software as a Service) sous forme de services en ligne web 2.0 accessibles sur le cloud. Pour les clients, c’est évidemment moins onéreux.

Les bourses de fret élargissent leur portefeuille

Outil indispensable des affréteurs et des exploitants de transport, les bourses de fret se développent toujours. Tandis que la bourse européenne aux 750 000 connexions Timocom a ouvert une succursale à Breslau en Pologne où elle prévoit d’importants volumes de fret à l’avenir, les bourses de fret du groupe Alpega (Teleroute pour l’Europe de l’Ouest et 123Cargo pour la Roumanie) ont reçu le renfort de la bourse de fret ibérique WTransnet, qu’Alpega a rachetée en août 2018. 70 000 transporteurs européens s’adresseront désormais au groupe pour trouver du fret ou proposer leurs camions.
Avec le soutien de la bourse de fret des transporteurs B2PWeb, la bourse de fret du marché de Rungis poursuit son activité, tandis que les logisticiens disposent eux aussi de leur plate-forme informatique d’échanges avec Netfret. Ils y négocient leurs expéditions mais aussi leurs opérations de stockage temporaire dans le but de mutualiser le parc de véhicules existant et d’optimiser les rechargements pour réduire les émissions de CO2.
Pour ne pas être en reste, le groupe Gefco a racheté Chronotruck en juillet 2019. Spécialisée dans la mise en relation de chargeurs avec des transporteurs dont les véhicules passent à proximité, la plate-forme numérique vise l’optimisation des flux des transporteurs afin que leurs véhicules roulent à pleine capacité de charge. Gefco espère évidemment être le premier servi.

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