Christian Piotre, Armée :« le Ministère peut mieux définir ses besoins en termes de maintenance et de disponibilité »

Christian Piotre, Secrétaire Général de l’Administration des Armées, explique les enjeux de ce contrat géant

- Magazine N°125
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Flottes Automobiles : C’est la première fois qu’un ministère décide d’externaliser la gestion de son parc automobile.comment et pourquoi avez-vous pris cette décision?

Christian Piotre : Le parc automobile de l’Etat fait l’objet d’un chantier de modernisation interministériel décliné dans la stratégie de réforme du ministère de la Défense. L’externalisation de la gestion du parc automobile a pour principal objectif de recentrer notre ministère, et en particulier le personnel militaire, sur son cœur de métier tout en veillant à l’optimisation d’une fonction de soutien essentielle, en la confiant à un professionnel. Cette externalisation concerne les 20 000 véhicules de la gamme commerciale, hors voitures de fonction et hors véhicules de la gendarmerie.

La gestion de ce parc entièrement réalisée en régie par chaque entité du ministère n’offrait pas une vision d’ensemble permettant la recherche d’une réelle optimisation.

La réflexion a été engagée très en amont il y a deux ans, par une phase de préparation à la passation du marché, puis par une phase de dialogue compétitif et, enfin, un appel d’offres très précis auquel ont répondu deux sociétés. C’est un marché d’une relative complexité. Notre but n’était pas seulement d’acheter mieux et moins cher mais également de bien définir notre besoin en termes de maintenance et de disponibilité de la flotte. Le marché confie au titulaire, le financement, la gestion et l’entretien de l’ensemble du parc.

Pourquoi avoir opté pour une formule de LOA alors que votre objectif est bien de ne plus être propriétaire de la flotte automobile ?

Ch. P. : La question de savoir si le ministère devait rester propriétaire de ce parc s’est posée. Le choix de l’externalisation s’appuie sur une démarche pragmatique et sur une analyse économique. La LOA offre cependant au ministère la possibilité de revenir en arrière et de se porter acquéreur du parc si la démonstration était faite de l’intérêt de ce changement.

Pourquoi avoir sélectionné GE Fleet Services ? Quels ont été les critères clefs ?

Ch. P. : GE l’a emporté sur le plan économique et par la qualité de sa proposition technique qui répondait parfaitement au cahier des charges complexe que l’administration avait établi.

Aviez-vous fait une recommandation concernant le constructeur automobile ou avez-vous laissé carte blanche au loueur retenu?

Ch. P. : Aucune recommandation n’a été faite en ce qui concerne les constructeurs automobiles. C’est le choix parfaitement libre de GE Fleet Services dans le respect des fiches techniques décrivant chaque catégorie de véhicules.

Quelles économies attendez-vous ?

Ch. P. : Le montant du marché est de 64 millions d’euros par an pendant 6 ans. L’économie attendue par rapport au coût en régie est de 25 %. C’est le fruit d’une analyse économique globale. C’est la première fois qu’on va aussi loin dans l’analyse des coûts.

Le renouvellement rapide et complet du parc ainsi que la présence au sein de ce parc automobile de véhicules micro-urbains favorise à la fois la protection de l’environnement dans le respect des normes fixées au niveau interministériel, mais également les économies d’énergie avec près de 3 millions de litres de gazole économisés par an.

Quel sera le rôle des personnels qui constitueront l’interface entre les utilisateurs et les équipes de GE Fleet Services ?

Ch. P. : 400 agents de le Défense, principalement civils, vont assurer l’interface de terrain entre l’utilisateur et le prestataire pour la gestion quotidienne des véhicules en parc.

Plusieurs sessions de formation sont prévues, notamment l’utilisation du logiciel de gestion de flotte mis en place par le prestataire sur un site dédié.

Avez-vous été contacté par d’autres ministères en France ou à l’étranger qui sont intéressés par votre démarche et qui pourraient l’adopter?

Ch. P. : Comme vous le savez sans doute, au sein de chaque ministère, un secrétaire général est chargé de conduire la modernisation de son administration en fonction des objectifs fixés par le ministre et des politiques gouvernementales.

Le parc automobile de l’Etat a fait l’objet de plusieurs études dans le cadre des chantiers de modernisation de l’Etat. Le ministère de la Défense est dans ce domaine le premier en France et en Europe à avoir fait le choix de l’externalisation totale du financement, de la gestion et de la maintenance de l’ensemble d’un parc automobile de cette importance.

Le réseau des modernisateurs de l’Etat est réuni régulièrement par la direction générale de la modernisation de l’Etat qui constitue pour nous un soutien permanent aux actions de réforme et de modernisation, mais aussi un lieu de partage d’expérience. Nous ferons part du déroulement de la mise en oeuvre de ce chantier lors de ces réunions.

Quels seront les prochains chantiers du ministère ?

Ch. P. : Les 600 véhicules de fonction vont faire l’objet d’un marché selon la même logique contractuelle. La stratégie ministérielle de réforme prévoit le développement de nouveaux modes de gestion et de financement, en particulier dans le domaine des soutiens.

Plusieurs projets sont en cours d’instruction faisant notamment appel aux dispositions de l’ordonnance du 17 juin 2004 sur les contrats de partenariats de l’Etat. Ainsi, un projet de contrat pour l’externalisation de la flotte d’hélicoptères de l’école des pilotes à Dax sous la forme d’achat d’heures de vol fait actuellement l’objet d’une procédure de dialogue compétitif. C’est une démarche essentielle de modernisation de nos procédures de gestion et de satisfaction des besoins de nos forces.