Circulation inter-files : une nouvelle expérimentation

Le gouvernement vient d’autoriser par décret une nouvelle expérimentation de la circulation inter-files pour les motocyclettes et tricycles à moteur dans 21 départements et sur le territoire de la métropole de Lyon.
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Circulation inter-files
© Sergey Watgers / Shutterstock

La circulation des motocyclettes entres les files de voitures est une pratique courante. En conséquence, une expérimentation de la circulation inter-files avait été instituée en février 2016 dans onze départements où la circulation est dense. À savoir les huit départements d’Île-de-France (75, 77, 78, 91, 92, 93, 94 et 95), les Bouches-du-Rhône (13), la Gironde 33) et le Rhône (69) (voir le décret n° 2015-1750 du 23 décembre 2015). Celle-ci a ensuite pris fin en février 2021. Depuis, cette pratique était de nouveau sanctionnée par une amende de 135 euros et par une perte de points dans l’ensemble des départements français.

De fait, « l’évaluation de l’expérimentation […] assurée par le centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) n’a pas permis de conclure à la généralisation ou à l’abandon du dispositif expérimental », indique le gouvernement. Le rapport final du Cerema fait en effet état d’une « évolution favorable des comportements des deux-roues motorisés (2RM), notamment en termes de vitesses pratiquées, mais qui reste minoritaire relativement au respect des règles. »

Baisse des vitesses pratiquées mais accidentologie en légère hausse

Dans le détail, la proportion de 2RM circulant à 50 km/h ou moins en pratiquant la CIF est passée de 23 % en 2015 à 40 % en 2018, avec des vitesses entre 41 et 70 km/h. De plus, la proportion des excès de vitesse supérieurs à 20 km/h a chuté de 20 % en 2015 à 9 % en 2018.

Par ailleurs, l’accidentalité des 2RM a légèrement augmenté sur les réseaux expérimentaux selon le Cerema. 4 500 procès-verbaux d’accidents de 2RM ont été analysés sur la période 2015-2018. Parmi eux, 1 827 concernaient des 2RM pratiquant la CIF (ou son pendant la remontée inter-files, RIF), dont 1 650 accidents légers, 161 accidents graves et 16 accidents mortels. En cause, généralement : une « vitesse excessive ou inadaptée » des 2RM, combinée avec « un changement de file inopiné ou sans respect des règles du code de la route par les usagers non 2RM. » Dans le cas des accidents mortels, « aucun 2RM ne respectait les règles de l’expérimentation CIF, précise le Cerema. Le plus souvent la vitesse était très supérieure à la limitation à 50 km/h. »

À noter toutefois que le nombre d’accidents de 2RM pratiquant la CIF ou la RIF est passé de 13 en 2015 à 57 en 201. Et ce dans un contexte de « forte augmentation annuelle du trafic routier sur le périphérique qui concentre 90 % des accidents de 2RM, note le Cerema. Cette augmentation de trafic se traduit par une augmentation de la congestion, du nombre de 2RM et donc de la pratique de la CIF et de la RIF, pouvant expliquer en partie l’augmentation de l’accidentalité. »

Une nouvelle expérimentation dans 21 départements et la métropole de Lyon

Le Cerema en concluait qu’il fallait « mieux contrôler les règles de conduite », notamment dans le cadre du développement de voies réservées à droite ou à gauche de la chaussée, mais aussi « mieux communiquer et enseigner la pratique ». Le gouvernement souhaitait ainsi réitérer l’expérience.

C’est chose faite avec la parution du décret n° 2021-993 du 28 juillet 2021, dans le JO du 30 juillet 2021. Celui-ci prévoit une nouvelle expérimentation d’une durée de quatre ans, prorogeable un an, cette fois dans 21 départements. Aux onze départements initiaux s’ajoutent la Haute-Garonne (31), l’Hérault (34), l’Isère (38), la Loire-Atlantique (44), le Nord (59), le Var (83), les Alpes-Maritimes (06), la Drôme (26), le Vaucluse (84) et les Pyrénées-Orientales (66) ainsi que la métropole de Lyon. Un arrêté fixera les dates de cette nouvelle expérience. Des rapports annuels d’évaluation seront fournis.

« La circulation inter-files se caractérise par une circulation entre les files de véhicules situées sur les deux voies, ayant le même sens de circulation, les plus à gauche d’une chaussée », rappelle le décret. Dans le cadre de l’expérimentation, elle est autorisée uniquement aux véhicules des catégories L3e et L5e (selon l’article R311-1 du Code de la route) – à savoir les motocyclettes et les tricycles à moteur –, d’une largeur inférieure ou égale à 1 m. Et elle est limitée aux « autoroutes et routes à deux chaussées séparées par un terre-plein central et dotées d’au moins deux voies chacune, où la vitesse maximale autorisée est supérieure ou égale à 70 km/h ».

Circulation inter-files : quelques conditions à respecter

Plus précisément, la pratique est permise « lorsqu’en raison de sa densité, la circulation s’y est établie en files ininterrompues sur toutes les voies autres que celles réservées, le cas échéant, à la circulation de certaines catégories particulières de véhicules ou d’usagers », stipule le décret.

Ce dernier fixe en outre certaines conditions :

  • « L’espacement latéral entre les véhicules circulant dans les deux voies les plus à gauche d’une chaussée » doit être suffisant ;
  • Aucune des voies de circulation sur la chaussée ne doit être « en travaux ou couverte de neige ou de verglas sur tout ou partie de sa surface » ;
  • « Avant de circuler en inter-files, le conducteur avertit de son intention les autres usagers » ;
  • « La vitesse des véhicules en inter-files est limitée à 50 km/h » ;
  • « Il est interdit à un véhicule en inter-files de dépasser un autre véhicule en inter-files » ;
  • Enfin, « le conducteur en inter-files doit reprendre sa place dans le courant normal de la circulation, après avoir averti de son intention les autres usagers, lorsque les véhicules, sur au moins une des deux files, circulent à une vitesse supérieure à la sienne. »