CNPE de Chooz : le nucléaire passe à l’électrique

À destination de ses collaborateurs, le Centre nucléaire de production d’électricité de Chooz (08) a récemment mis en place un service inédit d’autopartage covoituré. Ce programme englobe une trentaine de véhicules électriques, autant de bornes de recharge, et permet aux salariés d’effectuer les trajets domicile-travail gratuitement. Bilan d’étape.

- Magazine N°218
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CNPE de Chooz : le nucléaire passe à l’électrique

C’est un projet qui a débuté en 2013. « Aucune entreprise française n’en avait alors déployé de tel », a rappelé Gérard Duchosal, directeur délégué développement durable du Centre nucléaire de production d’électricité (CNPE) de Chooz, lors de notre visite du site et de la découverte du système d’autopartage et de covoiturage.

À l’époque, le CNPE faisait face à une problématique simple : « Faire converger de la façon la plus pratique et écologique possible plusieurs centaines de salariés répartis dans plusieurs villes vers un site unique et distant de 5 à 30 km des Cités EDF », a expliqué Frédéric Maillard, directeur du CNPE.

Des centaines de salariés, une seule route

Il faut dire que le CNPE de Chooz, principal employeur local, fait travailler 765 personnes mais accueille aussi 250 prestataires permanents sur son site, soit près de 1 000 personnes en temps normal. « Et ce chiffre peut doubler en période d’arrêt programmé pour atteindre 2 000 personnes », a complété Frédéric Maillard.

Outre les problèmes de congestion lors des rotations des équipes, avec une seule route menant au site, c’est également la prise en compte des enjeux RSE qui a conduit le CNPE à envisager la solution différenciante, et à ce moment-là inédite, de l’autopartage covoituré.

« Le bilan carbone du site devait être amélioré », a avancé Gérard Duchosal. De fait, près de 550 véhicules stationnaient sur les parkings salariés, pour des émissions moyennes de CO2 de 130 g/km. D’autre part, avec une moyenne de 25 km par jour pour les salariés, le véhicule électrique correspondait en tout point aux attentes des uns et des autres.

Une enquête qui intéresse

Pour faire connaître son projet, la direction du CNPE a lancé une opération de communication auprès des salariés par le biais d’une plaquette. Seconde étape de cette initiative, la réalisation d’une enquête, toujours auprès des salariés, afin de connaître leur degré d’adhésion.

Résultat de cette étude : 60 % des personnes ont répondu au questionnaire distribué. Parmi elles, 114 ont exprimé de l’intérêt pour un service d’autopartage électrique, 186 se sont déclarées mitigées sur le sujet, « c’est-à-dire qu’elles étaient prêtes à nous suivre, mais pas en premier », a précisé Gérard Duchosal. Enfin, 122 salariés ont rejeté l’initiative.

Si le résultat pouvait sembler plutôt moyen, il a convaincu la direction du CNPE d’enclencher le déploiement du dispositif sur son site mais aussi dans les villes environnantes.

Pour un investissement de 120 000 euros, le CNPE a donc fait le choix d’une solution d’autopartage pendulaire, développée avec MopEasy et Sodetrel. Filiale d’EDF spécialiste des infrastructures de recharge, Sodetrel a ainsi installé 15 bornes à l’entrée du CNPE de Chooz, soit à une distance plus proche de l’entrée que ne le sont les parkings. « D’où un gain de temps pour les collaborateurs qui arrivent à la centrale ou la quittent », a justifié Frédéric Maillard.

En complément de cette implantation à Chooz, l’opérateur a aussi maillé les alentours de quinze autres bornes dans neuf stations sur les cinq communes où résident une grande majorité des collaborateurs du CNPE (Aubrives, Fromelennes, Givet, Vireux-Molhain et Vireux-Wallerand).

Pour MopEasy, spécialiste de l’éco-mobilité, la démarche a consisté à définir, avec la centrale, des parcours types sur sa plate-forme monautopartage.fr, basés sur le principe de l’autopartage covoituré. « Dans les faits, les véhicules roulent les matins, midis et soirs pour les déplacements pendulaires, c’est-à-dire les trajets domicile-travail en covoiturage. Le reste de la journée, ils sont mutualisés pour des trajets dits en boucle », a détaillé Bruno Flinois, président de MopEasy.

Une plate-forme pour réserver

Pour faciliter le recours au service sur sa plate-forme, la start-up a instauré 21 déplacements types. La plate-forme est accessible aux salariés souscripteurs qui peuvent y « réserver une voiture pour effectuer leur trajet, ou tout simplement se greffer sur un trajet déjà créé par un autre utilisateur pour rejoindre leur lieu de travail ou rentrer à leur domicile », a décrit Bruno Flinois.

Autre atout de ce service : en soirée et le week-end, les véhicules stationnés dans les communes rurales équipées de bornes de recharge peuvent être réservés et utilisés, en autopartage simple ou covoituré, par les abonnés pour des déplacements personnels, mais aussi par les membres de leur famille inscrits sur la plate-forme.

S’il revêt donc de nombreux d’avantages, ce service n’est pas sans contrepartie. Après négociations avec leurs représentants, les employés souhaitant souscrire à cette initiative ont accepté de renoncer à l’intégralité de leurs indemnités kilométriques pour le financer. En échange, ils peuvent cependant inscrire les membres de leurs familles sur monautopartage.fr.

L’autopartage à l’heure du bilan

Après deux ans d’expérience, « le bilan est plus que satisfaisant », s’est félicité Frédéric Maillard. Si seulement 37 salariés ont souscrit à l’offre, « 45 véhicules thermiques ont été remplacés par les 30 véhicules électriques », a noté le directeur de la centrale. Et sur ce total, quatre VUL électriques, des Renault Kangoo Z.E., sont mis à disposition des prestataires extérieurs à la centrale moyennant finances.

Du côté du bilan chiffré, 12 000 charges ont été effectuées sur le site du CNPE depuis début 2014, soit en moyenne 20 charges par jour, signe que les véhicules ont roulé. Autre chiffre intéressant : 430 000 km ont été parcourus par les véhicules électriques du site, soit « une moyenne de 10 400 km par voiture et par an compte tenu de l’historique des différents véhicules dans le projet », selon Bruno Flinois. Enfin, la réduction des émissions de CO2 « est de l’ordre de 40 tonnes », a conclu Gérard Duchosal.

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