Sécurité routière : quels retours des entreprises ?

La 2e édition du Colloque national pour la sécurité routière au travail a réuni plus de 400 managers lundi 17 décembre, à Bercy, qui ont participé à plusieurs ateliers thématiques. Optimisation des déplacements, aides à la conduite, clubs d’entreprise… Retour sur les problèmes et bonnes pratiques remontées par les entreprises témoins.

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Colloque national pour la sécurité routière au travail 2018

Si les gestionnaires de flotte pensent d’abord à l’optimisation des déplacements pour des raisons économiques, les mesures mises en place ont souvent aussi un intérêt du point de vue de la sécurité routière, notamment parce que cela contribue à sécuriser et limiter, voire supprimer, les kilomètres parcourus.

Chez la SCNF, pour éviter le recours à la voiture, la consigne est ainsi de faire correspondre les horaires de réunions et ceux des trains, y compris pour les 10 000 salariés du siège à Saint-Denis (93). « Nous participons aussi à une belle expérimentation à La Défense pour décaler les heures de prise et de fin de service des salariés afin de répartir les passagers dans les trains », a relaté Emmanuel Laurent, directeur délégué santé et sécurité au travail chez SNCF Réseau et SNCF. Depuis le 1er octobre, l’entreprise a aussi instauré la possibilité pour tous les agents conduisant un véhicule d’être dépisté de manière inopinée par un manager sur l’alcool et les stupéfiants.

Le télétravail pour limiter les déplacements

Le télétravail est une autre solution simple pour réduire les déplacements. Chez le fabricant de chocolat Valrhona, basé en Auvergne-Rhône-Alpes, 120 collaborateurs télétravaillent désormais 1 à 2 jours par semaine. « Cela a un vrai impact sur la sécurité routière car ce sont des gens que nous ne mettons pas sur la route », a commenté Élisande Bourry, responsable sécurité environnement sûreté chez Valrhona.

« Nous incitons beaucoup au télétravail dans le secteur tertiaire, d’un à trois jours par semaine, a également déclaré Emmanuel Laurent pour la SNCF. Nous autorisons en outre le travail en zone externe, dans la gare la plus proche du domicile du salarié, en échange de quoi celui-ci se propose comme volontaire information. »

Dans certains cas, une réorganisation du travail en profondeur est nécessaire. Une responsable de le spécialiste des surgelés Thiriet, qui compte 1 200 salariés VRP et 160 véhicules basés dans les Vosges, a interrogé les intervenants sur un cas précis : « Depuis trois ans, notre taux de sinistralité repart à la hausse. Or, nos salariés sont rémunérés au chiffre d’affaires qu’ils ramènent et qui est lié à leurs déplacements », a-t-elle expliqué. Bilan : « Il faut peut-être revoir les conditions d’accès de la prime à l’efficacité. Si vous gardez les mêmes objectifs, il va y avoir des comportements déviants », lui a répondu Céline Billard, cheffe de projet planification et prospective de la mobilité, responsable plan de mobilité employeur chez le cabinet de conseil Iter.

Covoiturage et autopartage

En parallèle, le covoiturage s’impose de plus en plus en entreprise. Valrhona a ainsi déployé une application pour mettre en relation ses collaborateurs dans le cadre de son PDE, lancé il y a un an lorsque sa commune d’implantation a décidé de rendre le stationnement payant. Or, ces places de parking étaient utilisées par une partie par les salariés, faute d’espace suffisant sur le parking. La société a fait appel à Iter pour trouver des leviers d’actions et a d’abord travaillé sur le lieu de résidence des salariés. Résultat : 289 salariés pouvaient covoiturer car ils habitaient dans des poches géographiques proches et avaient les mêmes horaires, tandis que 155 pouvaient prendre le vélo et 60 venir à pied.

L’autopartage peut également contribuer à réduire les déplacements. Au CEA Grenoble, certains salariés en mission n’ayant pas de véhicule de fonction devaient faire un détour pour prendre un véhicule en pool le matin et le rendre le soir. Avec l’autopartage, ils peuvent partir et rentrer directement chez eux. « Cela nous a permis de diviser par deux le nombre de kilomètres parcourus », a indiqué Bruno Renard, coordonnateur de la responsabilité sociétale au CEA Grenoble.

L’entreprise Safran Helicopter Engines couple même autopartage et covoiturage dans son pool de 11 voitures mises à disposition des salariés pour se rendre au siège social, à 120 km du site. Lors de la réservation du véhicule, l’entreprise leur demande d’emmener avec eux un ou plusieurs autres passagers, ce qui lui a aussi permis de réduire le parc d’une voiture tous les ans depuis trois ans.

Des démarches inter-entreprises

Certains vont encore plus loin : Iter a accompagné un groupe d’entreprise dans le Lot. « Les salariés avaient des distances importantes à parcourir car ils habitaient à plus de 40-50 km. Cela engendrait de la pénibilité et de la fatigue, des coûts financiers, et des problèmes de sécurité », a expliqué Céline Billard. Les entreprises qui avaient déjà un véhicule électrique mais qui ne servait pas assez en ont acquis un deuxième et les ont mis à disposition des collaborateurs voulant covoiturer. « Cela a intéressé d’autres entreprises et a donné naissance à une flotte mutualisée avec des équipages multi-collaborateurs », s’est félicitée Céline Billard.

Pour Bruno Renard, la mise en place d’une démarche inter-entreprises est avant tout une question géographique : « Le PDE donne des conditions de transport générales, il faut ensuite laisser faire ses ensembles de sites. Il faut se demander quels sont les moyens d’arriver sur le site et qui sont les acteurs avec la même problématique transport. Par exemple, un site peut créer un partenariat avec une métropole en s’engageant à augmenter ses remboursements de transport en commun en échange d’un arrêt. »

Il existe également des clubs d’entreprises pour gagner du temps et mutualiser les bonnes pratiques. Le club entreprises sécurité routière du Rhône, créé il y a 20 ans, compte ainsi 50 entreprises adhérentes et 70 participants. Il organise deux ou trois réunions par an et a créé une formation « Intervenant de sécurité routière en entreprise ». « L’avantage pour les entreprises qui passent par des clubs, c’est d’accéder à une dimension de la sécurité qui n’est pas commerciale », a argué Florence Dufour-Ferrara, secrétaire générale du club. L’association sécurité routière en entreprises du Maine-et-Loire propose quant à elle aux entreprises d’analyser leur risque routier, tandis que le club des Deux-Sèvres s’adresse plutôt aux TPE-PME.

Et les équipements de sécurité ?

Dernier levier abordé : les équipements de sécurité. La SNCF va équiper dès l’année prochaine sa flotte en télématique embarquée. « Nous allons regarder où les gens déclenchent l’ESP et ainsi éviter les itinéraires dangereux, a indiqué Emmanuel Laurent. Par exemple, nous avons eu un accident mortel cette année sur une route nationale bidirectionnelle. Le conducteur tournait systématiquement à gauche pour effectuer la maintenance des installations. Un camion l’a percuté par l’arrière et il est décédé sur le coup. Maintenant, nous évitons de couper la route dans les plans de maintenance. Les accidents routiers ne sont pas une fatalité, même quand on n’est pas responsable. »

Avec l’évolution technologique des véhicules, les entreprises ont aussi accès à de plus en plus d’aides à la conduite. Leur efficacité est toutefois difficile à évaluer. En effet, « on ne connaît pas les caractéristiques exactes du véhicule ni le lien entre le sinistre et l’utilisation de ces aides », a expliqué Christophe Giraud, directeur du département flottes automobiles et nouvelles mobilités et corporate risk management chez l’assureur Gras Savoye. À titre de comparaison, « jusqu’à 90 % des lésions de la tête sont évitées avec la ceinture couplée à l’airbag », a rappelé Anne Guillaume, expert leader sécurité routière groupe Renault.

Malgré tout, « en tant que courtier, nous encourageons nos clients entreprises à équiper leurs véhicules d’équipements de sécurité », a indiqué a déclaré Christophe Giraud. Avec une nuance : « Cela diminue la sinistralité dans un premier temps, mais cela génère aussi des effets pervers, avertit-il. En effet, si un véhicule est mieux équipé, le collaborateur se permet plus de choses »

Pour Anne Guillaume, une formation des conducteurs aux aides à la conduite et à leurs limites est ainsi nécessaire. « L’arrivée de fonctions automatisées sur le véhicule appelle à un surcroit de formation », a confirmé le délégué interministériel à la sécurité routière Emmanuel Barbe.

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