Comment bien choisir son mode de financement

Acheter comptant ou à crédit, opter pour un système de crédit-bail, ou choisir la location longue durée : les modes de détention des parcs automobiles restent aujourd’hui très variés. Chacun d’entre eux a des conséquences financières, comptables, fiscales et organisationnelles propres.

- Magazine N°133
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Le profil de l’entreprise, son secteur d’activité, sa taille, la situation de son bilan et le nombre de véhicules influent sur les choix du financement. Mais une tendance de fond demeure depuis plus d’une dizaine d’années, à savoir le développement de la location longue durée qui permet de globaliser la gestion du parc. « La lecture du marché des modes de financement des parcs automobiles dépend très largement de la taille des entreprises et donc des flottes concernées, rappelle Meissa Tall, associé chez Ineum Consulting. Il y a très clairement les préoccupations des grandes flottes, celles à plus de 500 salariés. Il y a ensuite les grosses PME qui s’échelonnent de quelques voitures à 500 unités. Et enfin, nous trouvons les très petits parcs, dont les attentes n’ont rien à voir avec celles des autres. Pourtant un point commun rapproche toutes ces entreprises : elles ont toute la nécessité d’avoir en permanence un outil de mobilité en état de marche et qui garantisse la parfaite sécurité de son utilisateur ». Selon Meissa Tall, la LLD s’impose pour les très grands parcs, avec une évolution vers davantage de sophistication dans les offres de services packagées et un recours plus important à plusieurs loueurs pour gérer le parc. « La prise en charge de la gestion des services doit être totale, la couverture géographique des loueurs la plus large possible et la qualité de reporting maximale », souligne- t-il.

Dans les parcs moyens, la LLD se révèle être plus faible car les préoccupations et les profils de sociétés sont très hétérogènes. Ils sont avant tout demandeurs de services de proximité, avec une approche multimarques poussée. « Vis-à-vis de ces clients, les professionnels mettent l’accent sur la qualité de service car les clients sont particulièrement volatils. Ils n’hésitent pas à changer si la qualité de services versus le prix est avantageux », insiste Meissa Tall. Quant aux TPE, elles sont très peu sensibilisées à la LLD, mais leur volume (3 millions de véhicules) incite les loueurs à développer une offre à leur intention. « Les captives des constructeurs et les réseaux bancaires sont particulièrement bien placées pour les conquérir et les fidéliser », observe le spécialiste d’Ineum Consulting.

Les IK toujours en repli

Longtemps très utilisées dans les sociétés, les indemnités kilométriques sont en net repli. « Cette méthode permet au collaborateur d’utiliser son propre véhicule, qu’il assure et qu’il entretient pour son activité professionnelle, explique Marc Rosa, président-fondateur de Syscars Systèmes. Il perçoit des indemnités kilométriques dont le montant est fonction du kilométrage déclaré, du véhicule utilisé et du barème négocié ». Depuis les réformes fiscales de l’année dernière, cette formule est soumise à la TVS dans de nouvelles conditions. En sont exonérés les véhicules pour lesquels la société rembourse moins de 15 000 kilomètres par an au salarié. « Les indemnités kilométriques (IK), qui ne permettent pas à l’entreprise de maîtriser son parc et induisent des risques fiscaux non négligeables, sont surtout adaptées pour les kilométrages limités », remarque le responsable de Syscars. « Ce système offre malgré tout une souplesse maximum pour les petites entreprises qui manquent cruellement de ressources financières aussi bien pour l’achat que la LLD », observe Olivier Rigoni, fondateur du cabinet de conseil et de gestion Cogécar.

Dans le cas de l’achat, comme son nom l’indique, les véhicules sont achetés par l’entreprise, avec ou sans protocole d’achat et de reprise, avec les constructeurs ou leurs concessionnaires et entretenus par elle. La carte grise est alors à son nom. « L’achat crée des besoins de trésorerie », prévient Marc Rosa. C’est aussi une immobilisation au sens comptable du terme.

La LOA boostée par les crédits ballons

Les formules dites de gestion de parc sont plus diverses. C’est l’entreprise qui détermine, dans le cadre de sa politique «flotte», les véhicules qu’elle souhaite proposer à ses collaborateurs, les services nécessaires, les paramètres d’utilisation ainsi que les règles d’utilisation et de participation. Elle a ensuite le choix entre plusieurs types de financement hormis l’achat, à savoir le crédit bail ou la Location longue durée.

Si le chef d’entreprise opte pour une solution en crédit-bail ou en LOA, les véhicules sont alors financés par un établissement de crédit pour une durée convenue et restent la propriété de celui-ci jusqu’au rachat éventuel par l’entreprise. Celui-ci peut intervenir à tout moment pour un montant prédéterminé. L’entreprise assure et entretient les véhicules, dont elle assume également la vente. « La LOA a été boostée il y a quelques années grâce aux crédits ballons. Ce système se rapprochait de la LLD et permettait de changer plus rapidement de véhicules », souligne Olivier Monot, en charge de la filiale française de DCS Fleet. Si l’entreprise choisit l’option location longue durée avec services, les véhicules sont dans ce cas financés par le loueur, qui en reste le propriétaire et qui les loue à la société cliente pour une durée et un kilométrage convenus. Le loueur propose une palette de services tout au long de la durée du contrat (gestion des pneumatiques, du carburant, des sinistres, assistance en cas de panne ou de sinistre, véhicule de remplacement, assurance…) et prend également en charge la revente du véhicule en fin de contrat, garantissant une valeur résiduelle.

Reste enfin le fleet management qui consiste pour une entreprise à financer son parc sur ses fonds propres, à crédit ou en crédit bail. Mais la gestion du parc est ensuite déléguée à des prestataires extérieurs, qui se rémunèrent sous forme d’honoraires et qui prennent en charge la totalité des opérations d’entretien des véhicules. « Le Fleet Management est réservé aux flottes importantes évoluant dans des contextes particuliers », insiste Marc Rosa. Des spécialistes comme Aon Auto ou Fleet Logistics en ont fait leur spécialité et font évoluer leurs démarches au fur et à mesure des attentes des clients. Chez Fleet Logistics, les entreprises ont fait le choix de la LLD depuis plusieurs années et n’ont plus à être convaincues des avantages et des inconvénients du système. « Nous nous inscrivons davantage dans une sophistication des process, pour déterminer un coût total de détention, par exemple », explique Filip Van Mullem, PDG de Fleet Logistics. Dans la mesure où, très souvent, ces clients travaillent avec plusieurs loueurs, les fleet managers jouent un rôle essentiel dans la consolidation de toutes les données concernant les flottes, afin d’établir les reporting ad hoc. « Notre valeur ajoutée est clairement sur les grands parcs et sur les économies que nous sommes susceptibles de générer », analyse Xavier Bénard, responsable des services chez Aon Auto.

LLD, toujours un travail de pédagogie

« Un client qui passe en location longue durée revient rarement en arrière », constate Olivier Monot, en charge de DCS Fleet pour la France. « Plus on descend sur des flottes petites, plus la propriété reste ancrée dans les habitudes. Pour nous loueurs, c’est clairement sur ce segment que l’on a un travail de pédagogie à effectuer. Les chefs d’entreprise avec des parcs modestes ont l’impression que le service apporté et que le risque pris par le loueur sont trop chers payés ». Pourtant sur le terrain, les professionnels constatent certains « retours en arrière » vers l’achat avec une gestion externalisée. C’est le cas par exemple du spécialiste de l’intérim Vedior qui achète à nouveau ses 1 500 véhicules et qui en a confié la gestion et le reporting à Aon Auto. « Aujourd’hui, il n’y a pas un modèle de financement qui ressort clairement gagnant », constate Xavier Bénard chez Aon Auto. Il reste qu’à ses yeux, à partir de 50 véhicules, une PME a malgré tout intérêt à passer en LLD, car elle n’aura pas le savoir-faire suffisant, le temps et les compétences humaines pour gérer autant de voitures. De même les grands comptes, sur des contrats avec des rotations courtes, n’auront pas de raison de changer de modes de financement et d’abandonner la LLD. Enfin à l’autre bout de la chaîne, les très petites sociétés devront poursuivre leurs relations privilégiées avec des concessionnaires qui savent parfaitement «les chouchouter». Reste la question des valeurs résiduelles appliquées par les loueurs en fin de contrat à leurs clients. « Il y a actuellement un flottement sur les valeurs résiduelles et les écarts peuvent être importants d’un loueur à l’autre sur un même modèle », souligne Xavier Bénard. Dans certains cas (surtout lorsque les contrats sont très longs et que les valeurs résiduelles seront dès lors au plancher), il recommande d’opter pour une LOA avec services qui donnera autant de satisfaction en terme de prestations et qui évacuera le problème de la valeur de revente.