Comment optimiser son budget pneumatique ?

Ces dernières années, le poids du poste «pneumatique » n’a cessé de prendre de l’importance. Dimensions à la hausse, technologie grandissante, flambée du cours des matières premières, le pneu prend une place de plus en plus importante au sein du TCO. Flottes Automobiles livre quelques pistes pour optimiser ce poste sans que la sécurité des collaborateurs n’en pâtisse.

- Magazine N°157
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Comment optimiser son budget «pneumatique» ?

Difficile d’évaluer avec précision le coût du poste pneumatique. « Ce budget dépend de plusieurs facteurs, explique Olivier Rigoni, consultant spécialisé et directeur associé de Cogecar. Entre 500 Renault Clio et 500 Audi A4, le coût de ce poste n’a pas grand-chose à voir. » Et Bernard Roland, fondateur du cabinet BRC (Bernard Roland Consultants) de surenchérir : « Le budget pneumatique dépend du kilométrage parcouru et du type de véhicule. A titre d’exemple, dans le cas d’un véhicule particulier, la fiscalité va peser et le pourcentage du poste pneumatique va être dilué d’autant. La situation est différente avec un utilitaire dont le régime fiscal n’est pas le même. »

Il n’empêche, Bernard Roland s’est livré à un rapide calcul. Pour une Renault Clio Diesel louée avec un contrat de 48 mois et 120 000 kilomètres, les pneumatiques pèseraient pour 4 % sur le prix de revient complet. « C’est important, poursuit Bernard Roland, mais pas tant que cela. Pour faire des économies, je ne vais pas me précipiter sur les pneumatiques. Ainsi, si le véhicule émet 141 grammes de CO2 au kilomètre, il me sera plus facile de passer sous la barre des 140 gammes et de gagner 3 % sur le TCO »

Si les pneumatiques représentent l’un des postes les moins coûteux pour l’entreprise, en revanche sa gestion est cruciale en matière de sécurité. Seule surface de contact entre le véhicule et la route, cet équipement garantit la tenue de route et influe sur le comportement du véhicule. « Le pneumatique est stratégique pour la sécurité des collaborateurs, met en garde Olivier Rigoni. Si un accident survient alors que les pneumatiques sont mal gonflés, la responsabilité pénale du chef d’entreprise peut être mise en cause. »

Consommation et sécurité

Quelques chiffres militent pour la position soutenue par Olivier Rigoni. Ainsi, 4 % des accidents qui surviennent sur les routes de France sont la conséquence d’un problème de pneumatique. Plus probant, 6 % des accidents routiers sont la conséquence d’un ou plusieurs pneus sous-gonflés. Un autre chiffre laisse songeur : 75 % des véhicules roulent avec un ou plusieurs pneus sous-gonflés. Enfin, sur sol mouillé, avec des pneus sousgonflés, la distance de freinage est augmentée de la longueur du véhicule. Autre argument imparable qui plaide pour une gestion rigoureuse des pneumatiques : cet équipement influe directement sur les consommations. Ainsi, si la pression est inférieure de 20 % à celle qui est recommandée, la consommation de carburant augmente de 2 à 3 %. Toujours avec le même sous-gonflage de 0,5 bar, la durée de vie du pneumatique diminue de 20 %.

Créé par Speedy Fleet, le Baromètre Pneumatiques s’affirme comme la vigie de cet équipement. Selon ses spécialistes, sur un contrat de location de 2 ans et 120 000 kilomètres, le surcoût de cette pression insuffisante s’élève à 698 euros. Dans ces conditions, surveiller la pression des pneumatiques semble indispensable. Toute enveloppe perd naturellement de l’air : la pression doit être vérifiée une fois par mois, à froid et sur les quatre roues.

 Or, selon une étude de la Sécurité Routière, près de 90 % des conducteurs avouent contrôler la pression de leurs pneus moins d’une fois par an. Pour toutes ces raisons, Olivier Rigoni constate que depuis peu, les entreprises surveillent avec davantage d’attention cet équipement.

La simplicité contre l’économie

Le budget consacré aux pneumatiques est d’autant plus décortiqué que depuis plusieurs années, les prix n’ont cessé de grimper. De plus en plus lourds, les véhicules embarquent toujours davantage d’équipements et d’électronique. Pour gagner en sécurité, les dimensions des pneumatiques partent à la hausse. « Les progrès en la matière jouent certainement en faveur de la baisse du nombre de morts sur les routes », plaide Olivier Rigoni. Revers de la médaille, de plus en plus techniques, de plus en plus larges, les pneus ont vu leurs tarifs augmenter.

Dans ces conditions, les entreprises cherchent à optimiser ce poste. L’une des solutions retenues par certaines d’entre elles consiste à retirer cette prestation aux loueurs pour les gérer en direct en référençant des enseignes indépendantes comme Point S, Speedy, Norauto, Euromaster, Eurogom, Profil+, First Stop… « En tant que consultant, explique Bernard Roland, ma première position est de conseiller à l’entreprise de se simplifier la vie et de confier l’ensemble des prestations aux loueurs qui ont passé des accords avec ces réseaux. A travers ces accords, les collaborateurs disposent d’un maillage très dense. D’ailleurs, d’après les chiffres de la profession, la prestation des pneumatiques est souscrite par une part importante des clients des loueurs. De plus, avec les loueurs, la hausse éventuelle des prix est anticipée puisque le contrat est signé pour un certain nombre d’années. Autre avantage, les loueurs ont négocié des marges arrière avec les réseaux. Cela étant, sur les pneus, les tarifs des loueurs ne sont pas si intéressants que cela. Si la flotte est importante, le choix de reprendre en main cette prestation peut être payante. Mais il faut référencer un réseau et un seul et s’occuper de la gestion. »

Le coût de la gestion

Olivier Rigoni abonde dans le même sens. « Dès que les volumes sont importants, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à reprendre la main sur la gestion des pneumatiques. Les loueurs réalisent des marges confortables sur ce poste. Plus ils réalisent de prestations pour le compte des entreprises, plus ils gagnent de l’argent. Ils doivent faire tourner leurs plateformes. Mais les entreprises ont des économies à réaliser en gérant elles-mêmes les pneumatiques. »

Toujours pour des raisons de prix, les consultants interrogés préconisent de choisir les réseaux spécialisés. « Les loueurs multimarques ne vont pas chez les concessionnaires pour le changement des pneumatiques car ils sont plus chers, observe Bernard Roland. De plus, les concessions ont tendance à changer les pneumatiques au moment de la révision or, les deux échéances ne coïncident pas. »

Et Olivier Rigoni de citer l’exemple de l’un de ses clients qui voulait absolument reprendre la prestation des pneumatiques à ses loueurs. A la clef, il espérait réaliser 15 à 20 % d’économie. « Je lui ai conseillé de renoncer car il faut gérer ce poste et les informations doivent être centralisées. Si le loueur est plus cher, il dispose en revanche d’outils appropriés pour rassembler et communiquer les informations et le coût est lissé dans le loyer. Si vous avez 600 factures, vous devez les contrôler et les rentrer dans une base de données. C’est fastidieux et coûteux. Je conseille de confier cette prestation aux loueurs, mais de demander une gestion à l’événement comme dans le fleet management. »

Internet en question

Pour réaliser des économies sur ce poste, les entreprises pourraient être tentées par les offres qui fleurissent sur Internet. Créé il y a moins d’un an par un ancien de chez Continental, Pneu-wyz.com espère réaliser la moitié de ses ventes auprès des flottes. Mais les consultants interrogés restent sceptiques sur cette solution. « Une entreprise implantée sur l’ensemble du territoire a besoin d’un réseau dense qui est capable de centraliser la facturation, explique Bernard Roland. Et les flottes locales négocient en direct auprès d’un acteur proche de leurs besoins. » Olivier Rigoni n’est pas convaincu non plus par cette solution. « Internet fait perdre du temps aux collaborateurs qui doivent rester opérationnels pour leur mission. De plus, avec un réseau national, il suffit de négocier une fois dans l’année et l’entreprise bénéficie d’une facturation centralisée. »

Quant aux pneus basse consommation, les consultants ne sont pas davantage convaincus de leur efficacité. « Des tests ont été faits et les résultats sont plutôt concluants », observe Olivier Rigoni avant de préciser : « mais on peut faire dire ce que l’on veut à ces tests. La mobilité durable est un axe de communication. Tout le monde en parle, et cela contribue à aller dans la bonne direction, mais la communication ne repose pas toujours sur des progrès tangibles. »

La responsabilisation des conducteurs

Pour Bernard Roland, les pneus verts permettent de faire baisser les consommations et la TVS, mais le surcoût de ce type de pneumatiques contrebalance les bénéfices obtenus. « De plus, avec ce type de pneus, les qualités routières sont légèrement dégradées, complète le consultant. Je conseillerais aux entreprises d’y regarder à deux fois avant d’adopter ces pneumatiques. »

Dans ces conditions, pour optimiser ce poste, la voie la plus prometteuse consisterait à inciter les collaborateurs à surveiller la pression et l’état d’usure. C’est aussi la méthode la plus difficile à mettre en place car le responsable de la flotte peut difficilement contrôler l’ensemble des collaborateurs. « Il n’y a pas 36 méthodes, explique pourtant Olivier Rigoni. Il faut mettre en place des procédures avec un manuel de fonctionnement. Dans la car policy, les règles d’utilisation doivent être énoncées clairement. Ces procédures doivent également apparaître sur l’Intranet et dans le manuel d’utilisation du véhicule qui est signé par le collaborateur. Les règles fondamentales doivent être écrites dans le marbre. Pour vérifier l’état d’usure et la pression, le responsable de la flotte peut demander au réseau de lui faire un compte-rendu. »

Speedy Fleet propose ainsi un service de diagnostic sur site. Sur un simple appel à un numéro vert, un technicien de l’enseigne prend rendez-vous et analyse les pneumatiques et les vitrages de l’ensemble de la flotte. Un rapport de visite récapitule toutes les anomalies constatées.

Bernard Roland insiste également sur les procédures à mettre en place. « Si le responsable de la flotte gère luimême les pneumatiques, il doit avoir un logiciel dédié où il contrôle ce poste avec des informations sur les pneus consommés et sur le kilométrage effectué. Il peut être proactif en demandant à un collaborateur qui a roulé 60 000 km avec le même train de pneus d’en changer. Les responsables d’équipes doivent en outre vérifier l’état des véhicules. Du siège de l’entreprise, le gestionnaire de la flotte ne peut pas surveiller luimême les véhicules qui sont en région. »

De l’efficacité des pneus hiver

Quant aux pneus hiver, les pratiques doivent être encadrées avec attention. D’après les consultants, le stockage est un véritable problème. Si le suivi n’est pas précis, très vite, le gestionnaire de flotte est perdu. « J’ai vu une grande entreprise qui ne savait plus où se trouvait une dizaine de milliers de pneus, explique Bernard Roland. Il ne faut pas généraliser cette pratique car son coût est important. J’y suis favorable dans l’Est de la France et dans les régions de montagne, mais contre pour un cadre parisien qui veut partir en vacances à la montagne. L’usage doit être restrictif. » Il faut aussi organiser la permutation des pneus au printemps car, observe Olivier Rigoni, « rouler avec des pneus hiver pendant la saison estivale consomme 2 fois plus de gomme. »

Des clients fidèles sous condition

Dans l’avenir, la course aux dimensions devrait se ralentir. C’est du moins ce que prévoit Olivier Rigoni. Quant à Bernard Roland, il espère que les systèmes de contrôle de la pression vont se généraliser avec des alertes quand la pression passe en dessous d’un seuil dangereux. « Pourquoi ne pas envisager également des indicateurs du niveau d’usure ? », plaide le consultant. Parallèlement, il préconise la généralisation de l’assistance en cas de crevaison.

Dans le cadre de son Baromètre Pneumatiques, Speedy Fleet a demandé à l’institut Ifop de réaliser une étude pour évaluer les pratiques des entreprises en matière de gestion de flottes automobiles. Les résultats montrent que les entreprises sont nombreuses à confier l’entretien de leur flotte aux loueurs longue durée. Elles sont ainsi 62 % à leur faire confiance et seules 2 % gèrent elles-mêmes cette prestation avec l’aide de réseaux indépendants comme Speedy ou Point S. En revanche, elles font plus volontiers appel aux réseaux indépendants pour la gestion des pneumatiques puisqu’un quart des responsables interrogés avoue avoir recours à des enseignes comme Speedy ou Point S et seules 39 % passent par les loueurs. L’Ifop souligne par ailleurs que les entreprises affichent une satisfaction élevée quant aux services délivrés par les réseaux.

« Cette satisfaction engendre une certaine fidélité au réseau, explique Isabelle Manderon, chef de groupe à l’Ifop, puisque les intentions de conserver le même prestataire sont très fortes (90 % pour le prestataire du service pneumatique). Néanmoins, près de la moitié des gestionnaires sous contrat remet son prestataire en cause a minima une fois par an. »

L’immobilisation réduite du véhicule est le premier argument qui inciterait les gestionnaires de flotte à changer de réseau. Autrement dit, même si les entreprises affichent une certaine fidélité visà- vis de leurs prestataires, elles seraient prêtes à en changer si le service offert est plus performant ailleurs. Une pratique rationnelle qui permet d’aiguiser la concurrence sur un marché où les positions des uns et des autres sont loin d’être figées.  

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