Comment protéger les voitures haut de gamme ?

Les voitures haut de gamme ne sont pas les plus volées… Mais elles attisent beaucoup de convoitise ! Comment un gestionnaire de parc peut-il les protéger ? Plus que d’empêcher les voleurs d’agir, on cherche surtout aujourd’hui à retrouver les autos subtilisées, à l’aide de systèmes de détection à distance… dont l’efficacité est stupéfiante.

- Magazine N°119
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Et non… Les voitures de luxe ne sont pas les plus volées en France. Selon une enquête publiée par Auto Plus fin février, la Twingo arrive en tête du hit parade, suivie de la 306, puis de la Clio 1. Mais n’exagérons rien. L’Audi A6 et l’Alfa-Roméo 156 occupent respectivement la quatrième et la cinquième position. Moralité, si les autos les plus vendues sont les plus volées, les modèles haut de gamme exercent aussi une forte attirance… Et, remarque Luc Chambon, directeur des systèmes chez Traqueur, il est moins facile de remettre la main dessus. Car on les dérobe surtout pour les revendre… Moins pour faire un mauvais coup, puis les abandonner dans un coin où elles seront retrouvées un jour.

Cela dit, quelle que soit la catégorie de véhicules volés, le «business» est désormais le principal mobile du crime. Et selon Luc Chambon, les voleurs amateurs seraient en voie de disparition. Les systèmes anti-démarrage codés semblent avoir eu raison d’eux. Obligatoires depuis 1998, rappelle David Tuchbant, directeur général du groupe Identicar, il faut les talents d’un «pro» pour les contourner. Du coup, le nombre de voitures volées, tous modèles confondus, a fortement baissé. De 272 410 véhicules subtilisés en 2001, on est passé à environ 174 000 l’an dernier ! Mais la médaille a son revers… Faute, désormais, de pouvoir s’emparer facilement des autos sans en avoir les clés, certains voleurs n’hésitent pas pour se les faire remettre, à pratiquer car et home jackings.

40 % d’autos perdues à jamais

Et si le nombre de vols a chuté, le pourcentage de véhicules non retrouvés, lui, a sérieusement augmenté… Il oscillait de 1985 à 1995, entre 25% et 28 %. Or, depuis 1996, il n’a pour ainsi dire cessé d’augmenter, atteignant même près de 40% en 2003. Les temps ont changé… Le vol s’est professionnalisé, les modes opératoires sont différents et celui qui subtilise la voiture n’est plus celui qui en profite… « Il est chargé de la remettre à un intermédiaire », explique David Tuchbant. Et, poursuit-il, « il n’est pas facile de lutter contre l’acte de vol. Tenter d’empêcher un car-jacking par exemple, fait prendre des risques à l’automobiliste. Pour toutes ces raisons, les moyens de protection se focalisent sur la récupération des véhicules après vol ».

Or, lorsqu’un véhicule subtilisé est équipé d’un système capable de le localiser, puis de l’immobiliser à distance, les résultats obtenus sont stupéfiants… Traqueur et le groupe Identicar qui proposent de tels équipements, constatent qu’ils permettent de retrouver 92 % des autos dérobées ! Ces « mouchards interactifs » utilisent soit la technologie GPS, soit les voies hertziennes, ou les deux à la fois. Et en cas de vol, voilà globalement comment les choses se passent… L’automobiliste prévient la plate-forme téléphonique liée à son système de détection.commence alors en collaboration avec les forces de l’ordre, une procédure de déstabilisation du voleur et d’immobilisation du véhicule. Les warnings sont enclenchés à distance, le klaxon ou l’alarme se mettent à hurler sans que l’on puisse les neutraliser. Bref, on force le voleur, dont on peut suivre le déplacement sur la route, à s’arrêter en attirant l’attention sur lui. Toutefois, on peut aussi choisir de ne pas éveiller ses soupçons, de le laisser filer sans bruit… Pour le «cueillir» ensuite en un lieu stratégique. Dans tous les cas, dès que le moteur est coupé, on interdit le redémarrage de l’auto. La police ou la gendarmerie, informée de la position du véhicule, peuvent alors intervenir…

On fait fuir les voleurs à distance

« Ces technologies compliquent beaucoup la vie des voleurs. Dès qu’ils se sentent repérés, ils fuient et ne perdent pas de temps à démonter les systèmes de protection », commente David Tuchbant. En outre, là où le repérage par GPS manque d’efficacité, comme dans un parking souterrain ou un conteneur sur un cargo, la détection radio, elle, passe les «murailles»… D’où l’intérêt de combiner les deux technologies. D’autant que selon Traqueur, un tiers des véhicules retrouvés le sont dans des endroits couverts, hors de vue.

Certes, ces systèmes après-vol ne sont pas réservés aux voitures haut de gamme. Mais, de beaux «bijoux» ne peuvent manquer de susciter la convoitise et leur valeur, estime David Tuchbant, justifie l’investissement. Les tarifs de ces petits modules dissimulés de façon aléatoire dans les autos, oscillent (selon la technologie employée) entre un peu moins de 500 € et un peu plus de 1 300 € TTC posés. Des prix auxquels il faut ajouter les abonnements aux services chargés d’enclencher les procédures de détections, variant d’environ 130 à 230 € annuel, ou de 300 à près de 600 € pour un abonnement illimité. A ces formules peuvent aussi être associés différents services d’assistance en cas de vol : soutien psychologique suite à un car-jacking, mise à disposition d’un taxi, prêt d’un véhicule, etc.

Pour Christophe Jacquelard, chef du service marketing pièces et services de BMW France, tout porte à croire que ces systèmes de détections jouiront d’un succès croissant. Chiffres à l’appui… La marque propose dans son réseau les produits Traqueurs- Volsatt depuis quatre ans. Et aujourd’hui,10 % de sa clientèle s’en équipe lors de l’achat d’un véhicule neuf, contre environ 3 % il y a deux ans. En outre, les clients apprécient les services complémentaires associés à ces systèmes. Par exemple, celui vérifiant à distance, qu’un véhicule est toujours là où l’avait garé son propriétaire avant de partir en voyage.

Protéger aussi le contenu de l’auto

Cobra, concepteur des premières alarmes de voitures, croit également au succès des systèmes de récupération après vols. « Ils vont se généraliser comme les anti-démarrages. Certaines compagnies d’assurances les imposent déjà lorsqu’elles signent un contrat pour une voiture d’un prix supérieur à 76 000 €», précise Romain Leguillier, responsable comptes nationaux. C’est pourquoi Cobra s’est positionné sur ce segment, en lançant un système associant une centrale, un GPS et un GSM pour 890 € TTC posé… Un prix volontairement très bas pour conquérir rapidement le marché français. En dehors de cette offre, Cobra poursuit la fabrication et la commercialisation d’alarmes anti-intrusion, qui, estime Romain Leguillier, demeurent une des meilleures protections contre le vol d’équipements et d’accessoires. « On l’oublie, déplore t-il, mais les alarmes qui n’ont guère le vent en poupe aujourd’hui (seul 10 % du parc auto français équipé), évitent les bris de glaces, de se faire voler le matériel (rarement bien assuré) contenu dans un utilitaire ou un véhicule de tourisme, etc. Entre une auto munie d’une alarme et une autre qui ne l’est pas, le choix des voleurs est vite fait ! De plus, le prix de ces produits a beaucoup baissé : il faut compter environ 300 € TTC posé, contre 750 € il y a dix ans ». Pour protéger le contenu d’une voiture, mais aussi pour se défendre de violentes agressions, reste aussi la possibilité d’équiper les autos de vitrages renforcés… Trois solutions existent aujourd’hui. La première consiste à remplacer le verre trempé des vitres latérales et de la lunette arrière, par du verre feuilleté, comme celui des pare-brises, qui résiste à une trentaine de coups de barre à mine. Ensuite, il existe des films en polyester totalement transparents, que des spécialistes du vitrage, tel Mondial Pare-brise, peuvent poser. Dixit le ministère de l’intérieur, les vitres ainsi équipées résistent à l’impact d’un boulet d’acier de 8,4 kg lâché à 1,82 mètre de hauteur… Verre «filmé» ou verre feuilleté, il en coûte environ 500 € pour quatre vitres. Et pour ceux à qui cela ne suffirait pas, reste l’option du verre blindé à l’épreuve des balles ou de très gros chocs… La demande est extrêmement faible selon Christophe Jacquelard de BMW France : « moins d’une dizaine de VIP en font équiper leurs voitures par nos soins chaque année ».

Quand aux carrosseries blindées, réalisées en usine, elles sont encore plus rares, confesse le chef du service marketing pièces et services…Tant mieux !