Concept-car : info ou intox ?

Les salons automobiles de dimension internationale comme celui de Paris sont toujours prétextes, pour les constructeurs, à dévoiler en « avant-première exclusive mondiale » des concept-cars inédits. . . Mais quel est l’avenir et l’intérêt de tels modèles ?

- Magazine N°123
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Cette tradition permet, en principe, de créer un certain «happening» et de focaliser l’attention de la presse. Tout en recueillant les réactions des professionnels et du chaland. On a ainsi vu le concept-car Zoé de Renault, préfigurant la remplaçante de la Twingo se faire retoquer par Carlos Ghosn lors de sa présentation aux médias sur le salon de Genève 2005. Et sa remplaçante faire son «show» lors de ce Mondial dans sa version quasi définitive sous l’appellation Twingo Concept (bien décevante par ailleurs car singeant avec retard une certaine Citroën C2 !). Ces événements sont pourtant de moins en moins de véritables surprises, certains constructeurs dévoilant même, quelques jours avant, leurs concept-cars comme Peugeot avec sa 908 RC, Citroën avec sa C-Métisse et Renault avec sa Nepta (dont toute la face avant est la copie conforme de la future Laguna). Les véritables surprises lors des salons se réduisent donc comme peau de chagrin. Reste tout de même chez les grands constructeurs qui veulent bien y investir temps et argent, une certaine latitude donnée à leurs designers pour imaginer les voitures du futur. Et faire plaisir aux stylistes maisons qui sont souvent frustrés par les contraintes industrielles et marketing imposées à leur imagination débridée.

Les constructeurs qui se risquent à exposer de «vrais» concept-cars sont donc peu nombreux. Cet exercice demeure assez peu prisé car très risqué : souvent proches de la réalité future, les modifications susceptibles d’être apportées en raison d’un accueil mitigé ou trop froid sont difficiles et peuvent être très coûteuses. Renault, toujours lui, en sait quelque chose avec son concept-car Vel Satis dévoilé au Mondial de l’auto à Paris en 1998 qui reçut un accueil mitigé quoique intéressé. Et qui fut commercialisé en 2002 dans sa version définitive, très proche du concept… avec le succès commercial qu’on lui connaît depuis ! Pas de risque en revanche pour son futur SUV 4×4 baptisé Koleos dont la version définitive trônait sur le stand Renault mais dont on avait déjà vu les traits dans des révélations hors salon l’année dernière. On dira de même pour le break Logan chez Dacia qui n’est plus un prototype ni un concept-car. Formes qu’il n’a jamais revêtues, même en mars dernier à Genève.

Une surprise moindre

Ford en revanche a trouvé une façon de faire originale et fructueuse pour renouveler l’attention : son concept-car Iosis fait une apparition à chaque salon mais sous une forme légèrement différente à chaque fois. Break à Francfort il y a un an, Mondeo définitive à Paris cette année,4X4 compact Iosis X sur le stand du Mondial et version commerciale du SUV l’année prochaine à Francfort ! Voilà un rythme bien rodé, une affaire qui roule… et qui évite les déboires des sorties de routes de Renault. Bien sûr, la surprise est moindre comme on l’a vu avec le S-Max Iosis en mars à Genève et le S-Max de M. Tout le Monde en juin dernier.

Citroën a aussi pour habitude de dévoiler petit à petit ses futurs véhicules, mais sous forme d’un puzzle de plus en plus proche de la réalité, design et solutions techniques inclus : la Pluriel du salon de Francfort en 2000 devint la C3 Pluriel en 2003, la C-Airdream de 2002 a laissé la place C4, etc. En revanche, la C-Métisse est moins la révélation du futur haut de gamme Citroën (la C6 est là pour longtemps) que l’étude de faisabilité de la propulsion hybride avec moteurs électriques sur chaque roue arrière. Sur un autre registre, celui de la petite voiture astucieuse et malicieuse, Suzuki avec son Splash dévoilé cette année ne fait pas secret qu’elle remplacera sa gamme Wagon R. Mais ce n’est plus une ébauche, c’est quasiment la version définitive. Chez Toyota, on est aussi assez amateur de concept-car proche de la commercialisation : la Auris est pratiquement la version définitive de la Corolla mais sera dépouillée de ses attributs trop sportifs. Le Skoda Joyster fait aussi dans le registre du quasi-définitif puisque cette sub-compacte remplacera prochainement la Fabia.

Les « peut-être » et les « vrais-faux »

Autre catégorie, les « peut-être », sortes de prototypes parfois roulants qui testent autant un design que des solutions technologiques. General Motors présentait par exemple sa HyWire en 2002, prototype roulant d’une berline à pile à combustible et hydrogène avec un plancher plat et des commandes électronique (sans aucune liaison physique entre le volant et les roues par exemple). Un projet qui aboutira sous une autre forme à un véhicule à pile à combustible l’année prochaine mais dont la «primeur » sera réservée au public américain du salon de Detroit en janvier prochain. Mais la technologie a été reprise par Opel pour son Zafira pile à combustible dont le prototype roulant était présent à Francfort l’année dernière. Même démarche chez Honda avec la version définitive de son concept-car FSX à pile à combustible alimentée à l’hydrogène, présente à Paris cette année mais dont les premiers tours de roues auront lieu sur le bitume californien à la fin de cette année. A l’inverse, Peugeot a choisi de présenter la dernière version de sa pile à combustible à hydrogène sous le capot de sa nouvelle 207 Coupé-Cabriolet qui sera commercialisée dans quelques mois. On ne sera pas étonné, dans cette logique de « première mondiale à destination d’une cible nationale » que les Allemands Mercedes, Audi ou encore BMW n’aient pas vraiment dévoilé de concept-car innovant même Volkswagen faisait a minima avec son Iroc et qu’ils réservent pour l’année prochaine à Francfort leurs études ou show-car.

Enfin, il faut évoquer les « faux-vrais » concept-cars qui sont là pour amuser la galerie ou faire rêver le grand-public sur les développements supposés de la maquette exposée. Voir la Fiat Trepiùno en 2004 à Paris, évocatrice de la Fiat 500 des années 60 et qui, à l’époque, juré-promis, n’aurait pas de descendance… Résultat : voici à Paris cette année la version définitive de la Cinquecento ! Le groupe Fiat est un habitué du genre puisque la future Lancia Delta était présentée il y a un an et demi à Genève juste « pour voir ». Et le prototype dévoilé au Mondial 2006 n’a plus rien à voir ! La future Delta sera plutôt un cross-over, sorte de compacte sportive rehaussée. Mais disons que Lancia et Fiat ont les circonstances atténuantes pour ces petites farces stylistiques, le groupe revenant de très loin commercialement parlant.

Alors, les concept-cars et autres études de style, show-car et prototypes sont-ils de l’information «vraie» ou de l’intoxication à destination de la presse, des concurrents et du public pour brouiller les pistes ? Sûrement un peu des deux comme on vient de le voir. Mais toujours une manière de tester une idée, une direction à venir pour confirmer une intuition ou rectifier le tir. En tout état de cause, c’est toujours une magnifique machine à faire rêver.

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