Constructeurs automobiles : les émissions CO2 dépasseraient de 51 % les chiffres déclarés

Selon les estimations de l’organisation européenne Transport et Environment, les émissions CO2 réelles des constructeurs automobiles seraient plus élevées que celles déclarées.
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Constructeurs automobiles émissions CO2

Dans un nouveau rapport, Transport et Environment (T&E) affirme que les émissions CO2 mondiales des constructeurs automobiles seraient en moyenne 51 % plus élevées que les chiffres déclarés. Selon cette fédération d’ONG européennes, cet écart serait dû aux émissions dites « de scope 3 ». C’est-à-dire les « émissions indirectes, liées en amont à la chaîne d’approvisionnement, et en aval à l’usage des produits », éclaire l’organisme. Selon T&E, le scope 3 représente « la grande majorité (98 %) des émissions d’un constructeur ». Et ce scope 3 relève « essentiellement de l’utilisation des voitures ».

En outre, les constructeurs calculeraient leurs émissions en se basant en particulier sur la taille moyenne du véhicule, les lieux où il circule et sa durée de vie. Aussi, ils sélectionneraient « des données de façon à obtenir les chiffres les plus bas », pointe T&E. Qui cite en exemples Toyota et Stellantis. Le premier baserait la moyenne des émissions de ses véhicules sur une durée de vie « peu crédible » de 100 000 km. Le second « ne déclare que les émissions liées à ses ventes européennes ». Alors que des ventes de Stellantis se font aux États-Unis, « où les modèles plus gros et plus polluants restent populaires ».

Estimations de T&E, en tCO2 eq, pour différents constructeurs, pour l’année 2020. Source : T&E

Constructeurs et pétroliers : mêmes émissions de CO2 ?

S’adressant aux gestionnaires de fonds, T&E compare les émissions CO2 attendues, selon qu’ils placent leurs financements dans l’industrie automobile ou pétrolière. « L’investissement dans les sociétés automobiles est presque aussi intensif en carbone que l’investissement dans l’industrie pétrolière », indique T&E. Aux prix actuels, 1 million d’euros investis dans Exxon Mobil, BP ou Shell finance ainsi autour de 5 000 tonnes d’équivalent de CO2. Cette somme investie dans l’automobile en finance en moyenne 4 500 tonnes. Et d’ajouter : « Dans certains cas, l’intensité en carbone reste nettement supérieure : environ 10 000 tCO2 eq si avec cette somme investie dans l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, et 7 000 tCO2 eq avec Honda. »

T&E précise que ces valeurs d’équivalent CO2 proviennent des « déclarations officielles des constructeurs automobiles et des compagnies pétrolières concernant le scope 3 », et non pas de ses propres estimations. Enfin, ces chiffres « ne comparent pas les émissions totales des entreprises mais la quantité d’émissions équivalente à un investissement financier spécifique ». T&E rappelle par ailleurs qu’en 2023, « l’Union européenne imposera aux institutions financières de publier leurs émissions de CO2 liées au scope 3 ».