Coronavirus – Orange : « Une réception exceptionnelle par vidéo pour les nacelles »

Considéré comme un opérateur d’importance vitale, Orange a toujours plus de la moitié de sa flotte qui circule. Confrontée à l’arrêt des livraisons et des restitutions et à la fermeture de ses partenaires techniques, l’entreprise s’est adaptée, avec notamment la création d’une procédure de réception par vidéo pour les véhicules nacelles.

- Magazine N° avril 2020
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Orange télématique

Anne Bertrand est directrice de la gestion des véhicules et Patrick Martinoli est directeur délégué aux mobilités chez Orange.

Quels ont été les effets des mesures de confinement sur l’activité de la flotte ?

Patrick Martinoli : Toutes les fonctions supports sont confinées mais nous avons beaucoup de monde sur les routes pour entretenir le réseau qui est un peu le nerf de la guerre.

Anne Bertrand : Nous sommes en effet considérés comme un opérateur d’importance vitale (OIV) dans la situation actuelle de crise sanitaire. Si un peu plus de la moitié de l’activité de l’entreprise se déroule en télétravail, un certain nombre d’opérations de terrain doivent être maintenues. Il faut maintenir les réseaux existants et en déployer de nouveaux pour des situations d’urgence, si bien que nos équipes d’intervention sont au maximum sur le terrain. Il nous a fallu quelques jours pour les équiper du matériel de sécurité nécessaire mais aujourd’hui, un peu plus de la moitié de notre flotte est sur les routes.

Comment avez-vous adapté la gestion de la flotte ?

Anne Bertrand : Nous avons rapidement mis en place des partenariats avec nos fournisseurs pour maintenir la flotte. Les constructeurs nous donnent des informations à jour sur les garages ouverts et les prestataires de réparation des pneus et des pare-brise nous indiquent leurs sites accessibles. Nos gestionnaires de parc qui travaillent à distance sont en liaison avec les conducteurs pour leur procurer toutes les informations nécessaires à raison de deux ou trois e-mails envoyés par jour.

Nous avons lancé en 2019 un plan de renouvellement de nos nacelles et nous étions en pleine période de réception lors de l’entrée en vigueur des mesures de confinement. Comme nous avons besoin de matériel très performant, en particulier pendant une telle période, nous sommes en train de mettre en place avec un de nos loueurs une réception exceptionnelle par vidéo afin d’éviter les déplacements et rassemblements inutiles. Nous avons également réalisé une fiche technique de mise en main, celle-ci devant être reportée.

Nous essayons de nous adapter et nous avons à cœur de ne pas asphyxier de petites entreprises comme nos constructeurs de nacelles qui ont besoin de les mettre à la route. Nous avons besoin d’être inventifs pour continuer ce qui peut l’être dans le respect de la sécurité des collaborateurs. Voilà les mesures essentielles prises depuis bientôt deux semaines.

Qu’en est-il des véhicules de la flotte ?

Patrick Martinoli, directeur délégué projets innovation et expertise automobile, Orange
Patrick Martinoli, directeur délégué projets innovation et expertise automobile, Orange

Patrick Martinoli : Notre flotte en autopartage est équipée de boîtiers pour recueillir les réservations. Ceux-ci consomment un peu de courant et ont tendance à vider la batterie lorsque le véhicule n’est pas utilisé pendant plusieurs jours. Pour éviter d’avoir trop d’alertes batteries, notamment sur les véhicules les plus anciens âgés de quatre ans, nous allons envoyer des e-mails aux collaborateurs confinés avec un véhicule en autopartage en leur demandant de les démarrer tous les quinze jours. En parallèle, nous avons interdit les réservations en autopartage pour les déplacements privés pendant la période de confinement.

Anne Bertrand : Pour les véhicules utilisés habituellement avec un conducteur et un passager, la direction de l’intervention met en place des consignes. Nous utilisons ainsi un véhicule suiveur. De plus, du gel de décontamination, des masques et des gants sont mis à disposition, ainsi que des sur-chaussures dans certains cas. Les véhicules arrêtés, principalement ceux des commerciaux, sont mis à disposition pour pallier les défaillances des véhicules utilisés que l’on ne pourrait pas réparer et un roulement a été mis en place.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Anne Bertrand : Le principal problème pour lequel nous n’avons pour l’instant pas de solution, c’est que nous ne pouvons pas restituer certains véhicules ni prendre en livraison des véhicules classiques, car ils ne sont pas utilisés pour des activités essentielles. Actuellement, nous ne réceptionnons pas les véhicules commandés il y a plusieurs mois. Cela va retarder le renouvellement de la flotte et sa transition énergétique de quelques mois, en fonction de la date de reprise des constructeurs.

En revanche, les commandes ne sont pas bloquées. Avec l’un de nos partenaires constructeur français, nous nous sommes engagés sur un volume de commandes de manière à pouvoir être en tête des lignes de production lors de la reprise, mais tout cela reste incertain en termes d’horizon temporel. Nous nous devons de commander en amont des véhicules, même s’ils vont mettre encore plus de temps qu’habituellement à être livrés, pour remplacer les véhicules à restituer.

Où en est l’entretien et le suivi techniques des véhicules ?

Anne Bertrand : Nous avons transmis l’information des reports des contrôles techniques. Même si certains centres sont ouverts, c’est une bonne mesure car ce n’est pas notre priorité à l’heure actuelle et il y aura un rattrapage à effectuer.

Nous sommes une entreprise qui globalement fait beaucoup de télétravail mais le métier de gestionnaire de parc nécessite tout de même de la proximité, et une minorité télétravaille habituellement. Nous avons toutefois un système d’information partagé pour la gestion des véhicules et nous échangeons avec tous les moyens modernes de communication. Toutes les opérations de proximité d’entretien, de réparation, de livraison et de restitution sont en revanche très pénalisées.

Patrick Martinoli : Un certain nombre de partenaires techniques ont fermé la majeure partie de leurs centres, notamment pour les pneus. Or, en cas de crevaison, il faut absolument pouvoir dépanner le véhicule car une grande partie des véhicules n’ont aujourd’hui plus de roue de secours. Nous incitons donc nos partenaires à rouvrir leurs centres pour les interventions de première urgence. De même, si on peut continuer à rouler avec un pare-brise fêlé durant la période de confinement, ce n’est pas le cas avec une vitre cassée pour vol de matériel.

Comment anticipez-vous la fin du confinement ?

Anne Bertrand : Nous avons plutôt géré l’urgence dans les premières semaines de confinement. Nous faisons passer l’opérationnel en priorité. Mais dès que nous aurons un peu de temps, l’idée est de travailler à approfondir les processus et à capitaliser sur les idées que nous avons comme la réception vidéo des nacelles que nous pourrions envisager de généraliser par la suite.

Patrick Martinoli : Nous réfléchissons et essayons de mettre en place un certain nombre de nouveaux processus, notamment un plan de reprise pour les véhicules en autopartage. Nous préparons un système pour que, dès la fin du confinement, les gestionnaires de parc puissent redémarrer en toute sécurité les véhicules restés à l’arrêt sur des parkings de l’entreprise pendant plusieurs semaines. Il y a en effet un processus à suivre avec un appel auprès de notre partenaire Mobility Tech Green pour redémarrer correctement le véhicule et éviter de désynchroniser le calculateur. Il faudra sans doute aussi envoyer un e-mail à tous les conducteurs pour qu’ils refassent la pression des pneus lorsqu’ils pourront reprendre les véhicules, sachant qu’un pneu perd entre 100 et 300 g par mois.

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