Covid-19 – Arnaud Perard, Hertz : « À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles »

À la tête de 30 000 véhicules, le loueur Hertz fait face à une forte chute de son activité. Ce qui a supposé de réorganiser l’ensemble de son fonctionnement, tout en maintenant ses activités stratégiques comme la logistique.

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Arnaud Perard Hertz

Arnaud Perard est directeur de la flotte de 30 000 véhicules du loueur Hertz.

Aviez-vous anticipé le confinement ?

Juste avant le confinement, nous avons mis en place des réunions quotidiennes de crise, y compris le week-end. Il s’agissait de prendre rapidement les mesures nécessaires pour s’assurer de la santé de nos salariés et de nos clients. Deux points étaient particulièrement suivis : équiper nos équipes de produits nécessaires à la non-transmission des virus (masques, gel hydroalcoolique, gants) et circonscrire les zones d’échanges pour ne pas diffuser la maladie à nos clients et nos collaborateurs. C’était le souci majeur de notre comité de direction. Toutes ces mesures ont été mises en œuvre avant même le confinement exigé par les autorités françaises.

Notre entreprise s’était aussi préparée en amont à cette crise en mettant en œuvre les possibilités d’un télétravail total avec chacun de nos collaborateurs munis d’un ordinateur portable et d’un accès informatique à notre serveur. Nous avons donc mis en place ces procédures, ce plan de continuité du travail, une semaine avant le 15 mars.

Où en êtes-vous de votre flotte ?

Nous avons dû, pour la flotte en location courte durée, adapter nos nombres d’engins à la demande en revoyant nos plans de livraisons et de restitutions. En début de confinement, le 17 mars, il a fallu aussi faire face à un afflux de la demande, principalement en provenance d’Île-de-France, et de la restitution, majoritairement concernant les autres régions. Cela réalisé, nous nous sommes attelés à la mise en sécurité des véhicules dans des parkings protégés. Nous avons renforcé le nettoyage et la désinfection entre deux locations avec l’utilisation (et donc la fourniture) de produits adéquats. Nous avons également renforcé le contrôle sanitaire au comptoir pour éviter toute propagation des virus du client au personnel et du personnel au client. Enfin, nous avons renforcé nos procédures d’inventaire de parc pour s’assurer que tout était sous contrôle.

Quelle proportion de la flotte reste active ?

Nous avons réorganisé tout notre travail avec une chute d’activité de l’ordre de 90 %, tout en maintenant des activités stratégiques comme la logistique. Cela permet de garantir la mobilité des véhicules, le rééquilibrage de nos flottes et le rapatriement de voitures sur les zones le nécessitant, mais aussi d’assurer les maintenances et la rotation de flotte, tout en échangeant avec nos partenaires et clients grands comptes qui ont besoin de service de mobilité. Nous avons géré cela en mobilisant des équipes logistiques et nos sous-traitants qui ont accepté, parfois gratuitement, parfois en réajustant leurs tarifs, de nous ouvrir plus largement leurs parkings. À situation exceptionnelle, tout le monde a pris des mesures exceptionnelles.

Cela s’est aussi accompagné de fermeture de bureaux dans les gares et les aéroports. Nous sommes ainsi passés de quelques centaines de sites en temps normal à quelques dizaines avec la mise en place d’un chômage partiel et la garantie d’un minimum de présence pour faire face aux inventaires et au retour de certains clients. Voilà pour le court terme.

Qu’anticipez-vous à long terme ?

À plus long terme, nous menons, en parallèle, une profonde revue du plan de flotte. Ce dernier dépendra de la capacité collective de notre économie et de nos clients à revenir à une situation d’activité « normale », celle qui prévalait avant mars 2020. Cela peut prendre beaucoup de temps avec cette crise mondiale qui concerne, en premier lieu, nos professions très liées à l’activité économique, aux déplacements professionnels et au tourisme.

Si l’on analyse ce qui s’est passé lors des dernières épidémies, celle notamment du Sras de 2002-2004 analysée par l’IATA (Association internationale du transport aérien), on constate un phénomène de crise suivant une courbe en cloche avec des effets jusqu’en été et une baisse d’activité de 25 %. Avec une crise plus mondialisée que celle du Sras et qui a plus touché l’activité économique mondiale, les effets pourraient se faire ressentir jusqu’en fin du dernier trimestre 2020 pour revenir à la normale début 2021. Ceci précisé, le nombre de variables est tellement important qu’il est impossible de maîtriser ce futur. Tout cela nécessite beaucoup de vigilance et une très forte dose d’humilité… »

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