De l’électricité dans l’air pour la Poste

Après avoir lancé un appel d’offres pour 500 véhicules électriques, La Poste envisage aujourd’hui de faire rouler l’ensemble de ses deux roues grâce à cette énergie. Une politique volontaire pour l’une des plus importantes flottes de France.

- Magazine N°139
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Plus de 52 000 véhicules quatre roues, 16 000 deux roues, la flotte de la Poste est l’une des plus grandes flottes de France, sinon la plus grande. La quasi-totalité des 52 000 véhicules roule aujourd’hui au diesel. Critère retenu pour sélectionner les véhicules : fonctionnalité et consommation. L’ergonomie est plus précisément étudiée car les agents s’arrêtent, sortent de leurs véhicules et repartent de nombreuses fois au cours de leurs tournées. Gérés en achat, les véhicules sont renouvelés tous les six ans avec un kilométrage de 120 000 kilomètres. La Poste a fait sensation en lançant en avril 2007 un appel d’offres portant sur 500 véhicules électriques. Et pourtant, la Poste n’en est pas à sa première expérience en la matière puisque dès 1904, douze véhicules électriques roulaient à ses couleurs. Cette volonté de protéger l’environnement a perduré jusqu’à aujourd’hui. Ainsi, en 1976, 600 véhicules de la Poste roulaient au GPL. En 1996, le groupe a décidé de désigner un Monsieur Véhicule Propre en son sein. Résultat : en 1997, la Poste détient 600 véhicules électriques avec des batteries nickel-cadmium. Mais, en 2000, une directive interdit les métaux lourds et La Poste arrête l’expérience en cours. En 2004, le groupe participe au programme de recherche et développement de la Cleanova avec la SVE, filiale du groupe Dassault, et met en service 8 véhicules dans ses agences. L’accueil des facteurs est positif et un cahier des charges est défini en 2007 avant le lancement d’un appel d’offres pour 500 véhicules électriques. « Le développement durable est une préoccupation historique au sein de notre entreprise, explique André Dessertaine, Directeur technique du courrier. La loi sur l’Air a joué en ce sens, mais notre président a donné une impulsion forte pour limiter notre empreinte carbone. Après avoir baissé de 5 % entre 2004 et 2007, elle devrait diminuer de 15 % d’ici à 2012. » Et André Dessertaine de préciser : « La motorisation électrique a été très bien accueillie par nos facteurs. Ils sont moins stressés, leur conduite est plus souple. Et le nombre d’accidents est en baisse : le bénéfice n’est pas qu’environnemental. » Reste que le cahier des charges a été établi pour des tournées courtes en zones urbaines. Il s’agissait de limiter l’autonomie nécessaire à la tournée et donc l’énergie à embarquer et ce, pour limiter le prix des batteries. Autre point, les réseaux de réparation implantés en zone urbaine sont davantage préparés à maintenir des véhicules électriques.

Un risque sur les valeurs Résiduelles

La Poste a reçu une dizaine de réponses à son appel d’offres, en a retenu quatre avant de conserver in fine 2 compétiteurs : Venturi associé à PSA Peugeot-Citroën et Micro-Vett associé à Fiat. Une dizaine de prototypes seront testés en situation réelle d’ici à fin 2008 alors que la mise en service effective interviendra en 2009. « Nous avons décidé de prendre tout le temps nécessaire, explique André Dessertaine. Nous savions que nous étions en avance sur le marché. Voilà pourquoi nous apportons un grand soin à notre sélection, notamment en matière de fiabilité et de sécurité. » Et le Directeur technique du courrier de reconnaître que l’équation économique reste la grande inconnue, les valeurs résiduelles étant hypothétiques. Reste cependant qu’au regard de l’importance de la flotte, le nombre de véhicules électriques demeure modeste et donc le risque, limité.

L’éco-conduite représente l’autre axe développé par La Poste pour réduire consommations et émissions. Un test a été réalisé en 2007 dans quelques établissements. Bilan : la baisse de consommation atteint 8 %. La Poste a donc décidé de lancer un programme de formation à grande échelle, soit 60 000 agents formés d’ici à la fin de l’année 2009. Après 6 mois de formation en 2008, le gain constaté est de 5 %. « Un autre effet, bien réel, reste à mesurer : la baisse de l’accidentologie », précise André Dessertaine. Pour dispenser ses formations à l’éco-conduite, La Poste dispose de spécialistes en interne. La formation comporte une partie explicative et un volet pratique dans un véhicule équipé pour enregistrer les consommations. Parallèlement, La Poste teste aujourd’hui 10 quads électriques avant de lancer un appel d’offres pour une centaine d’unités. A terme, les 16 000 deux roues de la flotte seront remplacés par des quads et des vélos électriques. Enfin, La Poste étudie les pneumatiques basse consommation et le système start & stop. Bref, une recherche tous azimuts pour une distribution du courrier toujours plus propre.

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