Delanchy se prépare à la mixité énergétique

Pour avoir testé les énergies alternatives disponibles, le groupe Delanchy se prépare à la mixité énergétique en fonction des coûts d'usage.
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Delanchy mixité énergétique
Pour Delanchy, les camions électriques à batteries sont fiables, mais manquent d’autonomie.

Dans une démarche de mixité énergétique, le transporteur Delanchy intègre les énergies alternatives dans sa flotte de poids lourds, actuellement composée à 98 % de véhicules diesel. Gaz, biocarburants, hydrogène… Nicolas Muet, responsable communication externe et partenariats de Delanchy, fait le point.

Flottes Automobiles : Quelles énergies utilise la flotte de transport de Delanchy ?

Nicolas Muet : 98 % de nos poids lourds sont des Renault Trucks Euro 6 qui consomment environ 27,49 l de gazole aux 100 km. Nous utilisons aussi des porteurs Scania au BioGNC et, d’ici 2023, nous aurons intégré dix Renault Trucks au B100 exclusif. Depuis 2020, nous avons deux Renault Trucks électriques D Z.E. de 16 et 19 t pour la distribution sur Rungis (94) et Lyon. Début 2023, nous recevrons, en présérie à Vannes, la semi-remorque à hydrogène de Chéreau que nous avons testée en 2020. Elle fera le plein à l’usine Michelin.

Le BioGNC reste limité par son prix qui dépend de celui des énergies fossiles.

Que retenez-vous de ces différentes énergies ?

Cultivé sur des terres arables, le B100 restera une énergie de transition.

Le BioGNC est un carburant fiable qui ouvre les portes des ZFE-m. Le B100 est satisfaisant, mais sa culture sur des terres arables choque notre éthique et nous incite à le remplacer par du biodiesel synthétique HVO-XTL issu de biomasse. Mais le BioGNC, le B100 et le HVO-XTL restent des énergies de transition car leur bilan CO2 est insuffisant et leur coût varie avec celui des carburants fossiles, rendant tout calcul énergétique aléatoire.

L’électromobilité à batteries ou à hydrogène vous paraît-elle plus fiable ?

Nous sommes convaincus par les camions électriques pour la livraison urbaine ou périurbaine. Mais ils ne remplacent pas un VI thermique, sauf à avoir plus d’autonomie et donc plus de batteries et moins de charge utile. Même si les batteries et l’autonomie s’améliorent, leur développement restera cher, d’autant qu’il faut financer les bornes de recharge, l’aménagement d’une zone de recharge dès que l’on dépasse dix VE et l’alimentation électrique si les voisins électrifient aussi leur flotte. L’hydrogène vert, que nous soutenons depuis 2017, a plus de potentiel, mais sa technologie est trop immature et coûteuse pour déployer une flotte.

Quelle est la stratégie de mixité énergétique chez Delanchy ?

Nous testons les technologies pour les connaître et achetons deux ou trois exemplaires pour soutenir la filière. Mais nous n’investirons massivement que si nous sommes sûrs de ne pas nous mettre en danger. Les transporteurs ne peuvent pas changer seuls la filière énergétique. Il faut que les énergéticiens décorrèlent le prix des énergies vertes de ceux des énergies fossiles, que les constructeurs baissent les prix de leurs véhicules, que l’État et l’Union Européenne subventionnent les achats de camions et de bornes et que les clients acceptent de payer plus cher leur transport.

Quelle solution envisagez-vous pour l’avenir ?

La mixité s’impose, avec deux à trois énergies dans chaque agence pour avoir toujours la bonne énergie au bon endroit : le diesel ou les biodiesels pour le transport de ligne ou traverser les villes, voire l’hydrogène sur certains axes ; le BioGNV pour la ramasse et la distribution régionales et urbaines et les camions électriques pour livrer les zones urbaines et périurbaines.

Nicolas Muet pense que l’éco-conduite des conducteurs valorisera les énergies vertes.

Pensez-vous qu’une énergie dominera ?

Seule l’électromobilité pourrait prédominer grâce à une évolution majeure, comme une autonomie dépassant 500 km. Mais aussi par la possibilité de produire sa propre énergie par la récupération d’énergie cinétique, l’éolien ou le solaire, comme nous le faisons pour alimenter la production de froid sur nos plates-formes logistiques. Mais ces énergies réalimentent encore insuffisamment les véhicules. Dès lors, l’éco-conduite restera essentielle. En effet, les conducteurs devront savoir « éco-conduire » tous ces véhicules pour économiser l’énergie et accroître leur autonomie.

La récupération d’énergie cinétique, l’éolien ou le solaire seraient une aide.
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