Développement Durable : quel mode d’emploi ?

Développement durable… Si le mot est sur toutes les lèvres et si l’idée guide bien des projets, sur le terrain, la tendance « flottes vertes » cherche sa voie. Dans cette nouvelle rubrique, les gestionnaires de parcs automobiles nous expliquent leur démarche, leurs ambitions mais aussi les freins qu’ils rencontrent.

- Magazine N°151
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Pas facile d’être prophète dans son propre domaine : à Saint-Méen en Ille-et-Vilaine (35), c’est un peu ce que se dit chaque matin Maurice Théaud en poussant la porte de son bureau. Ici, où l’on est spécialisé dans le nettoyage et la propreté communale, tertiaire ou industrielle sous toutes ses formes et avec un effectif de 300 personnes, rien ne serait plus beau que de s’afficher comme étant un peu moins pollueur que les autres. Ce n’est pourtant pas l’incitation morale des clients qui manque, principalement les collectivités, lesquelles seraient probablement sensibles à ce que l’un de leur soumissionnaire soit un précurseur en matière d’énergie propre. Mais ce choix, Maurice Théaud s’il l’a à plusieurs reprises évoqué en comité de direction, n’est pourtant resté qu’un principe : sûr que l’option donnerait de l’air à ce leader régional. Encore faudrait-il qu’elle soit techniquement possible. « Quand vous êtes dans les parkings souterrains de la gare de Lyon à Paris, vous trouvez déjà une bonne quinzaine d’emplacements pour faire recharger votre voiture électrique pendant que vous êtes en stationnement. En Ille-et-Vilaine, je me demande où ce genre d’installation –pour être rentable- pourrait être installée », commente un peu amer le PDG du groupe.

Le chat qui se mord la queue

Un principe qui est vrai pour la plus grande part du territoire français. L’électrique nécessite dès qu’on est en milieu rural une infrastructure que personne pour l’instant n’accepte de financer ou de déployer de façon cohérente. « J’avais demandé à mon «DG» un véhicule électrique pour montrer que nous pouvons être des précurseurs dans bien des domaines. Mais après étude, ce n’est resté qu’un projet, l’électrique est aujourd’hui plus expérimental qu’opérationnel, ce que nous ne pouvons nous permettre dans notre activité », souligne Jean Claude Desforges, directeur Qualité et Gestions des risques, en charge également officiellement depuis 18 mois du développement durable à l’APHM (1). Chez Théaud, on verrait mal aussi un véhicule électrique tombant en panne d’alimentation à 140 km de ses bases. Mais outre le problème de l’équipement, se pose pour les entreprises, et quelle que soit leur taille, un autre obstacle : la fiabilité. « On a trop vu les premières expériences des véhicules électriques il y a dix ans et les déboires qu’ils ont connus, pour y revenir sans appréhension. » C’est à l’APHM que se pose la question. « Pour l’électrique ou l’hybride, c’est pour demain, au plus tard pour après-demain. Dès que les pré-requis seront atteints ». En attendant, le covoiturage géré par informatique et mis en place avec l’aide d’un cabinet spécialisé, la limitation des déplacements professionnels en privilégiant la téléconférence a fait diminuer depuis 3 ans le budget déplacement de façon très sensible. De même les retours à vide des véhicules sanitaires sont de moins en moins fréquents grâce au matériel de liaison embarqué. « En matière d’électricité, je crois qu’il faudra attendre qu’une instance territoriale, comme la DDE ou le Conseil Général prenne le problème à bras le corps pour le faire avancer à l’échelon d’un vaste territoire comme celui que nous couvrons qui va bien au delà de nos frontières régionales.»

Ah… le diesel !

L’autonomie, la préoccupation qui revient le plus souvent chez les chefs d’entreprise ou les gestionnaires de parcs, c’est ce qui dans la majorité des cas leur fait préférer des véhicules diesel. Même si comme l’estime Jean-Claude Desforges « c’est d’autant plus une hérésie, que le vieillissement du parc tend à augmenter pour cause d’économie ». Chez Théaud, on privilégie aussi le bon vieux gazole avec des Citroën C3, des Xsara, d’autant que l’entreprise possède sa propre cuve à carburant et sa pompe. Et ne parlons pas des reliefs fortement accidentés, comme dans les Alpes où le président de la CCi de Gap, Maurice Brun, se dit très respectueux d’un environnement naturel si bien préservé qu’il lui a valu déjà à plusieurs reprise d’être classé par la presse magazine nationale premier territoire pour sa qualité de vie. « Mais on ne peut faire qu’avec ce que l’on a. » Donc à défaut d’agir sur un parc où les solutions n’existent pas encore en matière d’énergies nouvelles, à la CCi on a créé le poste d’ingénieur qualité pour aider les entreprises à en faire plus chez elles. Mais à d’autres niveaux que sur leurs flottes auto. En revanche, l’établissement consulaire a supprimé les voitures de fonction pour les élus. C’est désormais des remboursements d’IK qui ont pris la relève. « On est doublement gagnants, tant en terme de rejets que sur le plan économique. On a tendance à moins se déplacer. » Quant aux véhicules de service pour le personnel, ils sont désormais gérés par une personne dédiée. Une nouvelle façon là aussi « de ne plus faire n’importe quoi ».

Image sensible

C’est souvent l’activité de l’entreprise qui va la rendre plus ou moins sensible à une démarche environnementale accélérée. C’est le cas de Solactiva où l’environnement est au cœur de la marque. Chez le spécialiste national des solutions photovoltaïques, dont le plan d’ouverture va l’amener à développer une flotte d’une centaine de véhicules, Julian Soavi, directeur marketing a cherché avec son loueur Elat la solution qui pouvait cadrer le mieux avec son positionnement. Pas question en effet de s’afficher comme un pollueur potentiel. « Il nous fallait donc des véhicules qui aient des taux d’émission de CO2 qui ne soient pas indécents. » Et de poursuivre : « nous ne sommes pas entrés dans une démarche purement commerciale, l’ensemble des chiffres recueillis avaient leur importance. Nous sommes des ingénieurs, il nous faut des valeurs vraies, une réelle technologie. Nous avions pensé à la solution Flex-fuel, à l’hybride. Mais nous obtenions des taux de rejet à plus de 300 g. Ce genre de choix, c’est du faux semblant. » Seul l’hybride Toyota passe avec succès les tests de rejets. « Sauf qu’il s’agit d’un modèle 4 portes non transformable en 2 portes et donc soumis à la TVS. »

C’est donc une Fiat Punto qui a été choisie dernièrement pour augmenter le parc, -avec un petit diesel et 150 g de rejet. « Les constructeurs ne facilitent pas non plus les entreprises qui veulent s’engager dans des démarches environnementales en jouant en même temps sur un effet de flottes. » Quant à l’électrique, -une solution de plus en plus évoquée par certaines entreprises, même si l’on se rend compte sur le terrain de leur réelle méconnaissance des distributeurs qui existent sur ce marché- ce serait bien évidemment « la solution » pour Solactiva, compte tenu de son activité. Mais pour elle comme pour les autres entreprises, la problématique se pose dès qu’on veut faire de la distance. Une solution existe et sur laquelle le privé réfléchit, en relève du public : mutualiser les installations de rechargement. Comme sur d’autres postes, plusieurs entreprises l’ont fait dans la région Rhône Alpes pour acheter en commun de l’électricité à un opérateur commun, dans le cadre d’une négociation collective et d’un tarif unique. En attendant, on choisit des solutions intermédiaires, on se rabat sur des véhicules dont les taux d’émission sont au plus bas : « Si on sort une nouvelle Citroën C4 qui consomme moins, c’est celle-là que l’on prendra pour nos commerciaux et nos chargés d’affaires » confirme-t-on chez Théaud.

(1) L’APHM, Assistance publique des Hôpitaux de Marseille est le 3ème établissement de santé après Paris (APHP) et Bruxelles.