Dominique Laure, patron des Transports Laure, lance la voiture à 1 euro par jour

Dominique Laure, patron des Transports Laure, lance la voiture à 1 euro par jour

Le patron des Transports Laure a déployé une flotte de 125 Clio diesel qu’il loue à ses collaborateurs un euro par jour. Un concept innovant pour augmenter leur pouvoir d’achat et un outil pour fidéliser ses salariés et en attirer de nouveaux. Fort de sa réussite, Dominique Laure s’apprête à commercialiser son concept.

- Magazine N°141
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« En octobre 2007, on parlait beaucoup de Carla Bruni et pas encore du pouvoir d’achat. De mon côté, je cherchais déjà à la manière d’améliorer la condition économique de mes collaborateurs. » Dominique Laure, ancien conducteur routier qui a créé son entreprise de transport en 1986, a lancé en avril une opération originale : proposer à ses collaborateurs une voiture contre un euro par jour. Mais si ce patron entreprenant a choisi cette formule, ce n’est pas par simple altruisme. Le marché de l’emploi des chauffeurs routiers est particulièrement tendu. Avec les prochains départs à la retraite des professionnels, il devrait manquer 50 000 chauffeurs dans les 5 ans à venir. Avec le bâtiment et l’hôtellerie, le transport fait partie des secteurs qui rencontrent le plus de difficultés à recruter. En cause : une image dégradée du métier et des salaires peu élevés. Un conducteur régional qui rentre chez lui tous les soirs affiche un salaire mensuel de 1 750 euros nets pour une moyenne de 180 heures de travail par mois quand un conducteur sur grandes distances empoche 2 500 à 3 000 euros nets pour 200 à 210 heures de travail par mois. De plus, le métier réclame de l’autonomie et un comportement responsable. Bref, le secteur manque de main d’œuvre et le turn-over est important. Pour les Transports Laure, 12 % de l’effectif était renouvelé chaque année. Ce manque de main d’œuvre est particulièrement aigu au printemps alors que la demande est plus importante. « Tous les ans, en juin, je ne trouvais personne pour remplacer mes chauffeurs qui partaient. La productivité baissait, tout comme le chiffre d’affaires. Un poids lourd immobilisé sur le parking me coûte 600 euros de chiffre d’affaires en moins par jour. »

Un outil de fidélisation

Pour fidéliser ses collaborateurs, Dominique Laure cherche donc un moyen d’améliorer leur pouvoir d’achat sans mettre en péril son résultat d’exploitation. « Certains sont smicards et criblés de dettes. Je le voyais quand nous avions des demandes d’avance ou des saisies sur salaire. » Implantés à 8 kilomètres de Nantes, les Transports Laure ne sont pas desservis par les transports en commun. De plus, les prix de l’immobilier dans la première couronne de la cité ont atteint des prix incompatibles avec les capacités financières des collaborateurs de l’entreprise. Ceux-ci achètent donc à 40 ou 50 kilomètres de la ville. Dans ces conditions, ils sont obligés d’avoir un véhicule pour venir travailler. Le gain réalisé par l’achat d’un foncier éloigné de la ville à un prix moindre est encore favorable par rapport au coût des transports quotidiens. « Le véhicule est le deuxième poste de dépenses dans une famille. Pour ma flotte de poids lourds, je dispose de tous les outils pour calculer leur prix de revient. Avec le même outil, j’ai calculé le coût de revient des véhicules de mes collaborateurs : amortissement, frais financiers, assurance, carte grise, entretien… Hors carburant, le budget véhicule de mes collaborateurs s’élevait à 2 300 euros par an. Pour venir travailler, le coût du carburant s’établit à 1 300 euros par an. Bref, détenir un véhicule mobilise deux mois de salaires. »

Un avantage immédiat

Dominique Laure décide alors d’étudier la possibilité de fournir un véhicule à ses collaborateurs. « Leur véhicule leur coûtait 2 300 €, auquel j’ai enlevé 1 euro par jour car je voulais qu’ils payent. Si j’avais dû les augmenter de 2 000 €, j’aurais dû payer 22 % de charges salariales et 38 % de charges patronales. Cela m’aurait coûté 3 600 €. » Dominique Laure cherche donc le moyen de leur donner une rémunération dégagée de toute charge. Or, le patron des Transports Laure ne voulait pas opter pour la participation. « Si un chauffeur casse un poids lourd et que le lendemain il touche sa participation, l’impact psychologique sur les autres chauffeurs est énorme, l’effet dévastateur. Ils vont se dire : « Tu casses ou tu ne casses pas le bahut, tu touches la même chose. » De plus, la participation n’est versée qu’après une année de travail alors que la mise à disposition du véhicule est effective dès l’entrée dans l’entreprise. » Parallèlement, dès que le chauffeur quitte l’entreprise, il doit rendre le véhicule. Un argument dissuasif pour les chauffeurs qui doivent alors prendre un crédit pour acheter un nouveau véhicule et l’assurer. Et une contrainte qui limite le turn-over.

Dominique Laure organise alors une réunion avec l’ensemble du personnel pour présenter le projet. « Dans le quart d’heure, ils ont été favorables à l’idée. L’outil de calcul du prix de revient de leur véhicule a eu un effet très puissant. Ils ne voulaient pas croire que leur véhicule leur revenait à 2 300 euros par an. » Et Dominique Laure de refaire le calcul pour une voiture d’occasion qui demande davantage d’entretien et consomme davantage de carburant, d’où un coût de revient encore plus élevé que pour un véhicule neuf.

Une solution Défiscalisée

Restait à établir un montage juridique pour louer les véhicules un euro par jour à ses collaborateurs. Outre plusieurs entreprises de transport, Dominique Laure dirige Tetraloc dont l’objet est d’acquérir du matériel pour ses sociétés de transports. Tetraloc a le même code APE que les loueurs de véhicules et peut donc récupérer la TVA à l’achat. Cette société loue donc les Clio 31 euros par mois aux salariés des Transports Laure comme si ceux-ci étaient des particuliers. Autre astuce : les véhicules sont habillés d’une publicité aux couleurs des Transports Laure. Tetraloc facture 180 euros par mois et par véhicule cette publicité à l’entreprise. Il n’y a donc aucun lien juridique entre Tetraloc et le salarié des Transports Laure et la voiture à un euro par jour ne figure pas sur le contrat de travail. Ainsi, les salariés de Dominique Laure n’ont pas à déclarer d’avantages en nature et continuent de bénéficier des 20 % d’abattement pour frais professionnels. « De toute façon, la jurisprudence laisse aux entreprises qui ne sont pas desservies par les transports en commun la possibilité de prendre en charge les déplacements de leurs salariés sans que ceux-ci n’aient à déclarer d’avantages en nature. Mais ce n’était pas suffisant : je voulais aller plus loin. » Parallèlement, pour éviter que l’un de ses véhicules ne circulent dans la nature avec son logo, Dominique Laure a mis au point un contrat de location pour une durée d’un mois renouvelable. Lorsqu’un salarié quitte l’entreprise, il rend donc son véhicule dans un délai raccourci. Le contrat est conclu pour 84 kilomètres par jour, le salarié étant facturé 8 centimes du kilomètre au-delà de ce quota. Restent à sa charge : le carburant, le règlement des infractions, le contrôle des pneumatiques et des niveaux et le nettoyage, autant d’obligations formulées dans le contrat. Par ailleurs, en cas de sinistre avec le chauffeur déclaré, la franchise s’élève à 300 euros contre 850 pour un chauffeur non déclaré. « Je voulais les dissuader de prêter le véhicule à leur fiston le samedi soir. » Enfin, dernier point, le collaborateur peut racheter le véhicule au bout de 6 ans à un prix inférieur de 10 % par rapport à la valeur de l’argus. « C’est un bon moyen pour qu’ils prennent soin de leurs véhicules. »

Un concept démultiplié

Bilan de l’opération : un climat social des plus apaisés. « J’ai désormais 100 nouveaux copains dans l’entreprise, plaisante Dominique Laure. L’esprit est très bon. Le turn-over est pratiquement nul puisque je n’ai eu qu’un départ depuis le début de l’année. De plus, je n’ai plus d’absentéisme. Par ailleurs, j’ai eu des retours positifs de la part de mes clients. C’est bon pour l’image de marque de l’entreprise. J’ai signé 5 nouveaux contrats au printemps. J’ai dû embaucher 8 personnes en juin à une période particulièrement difficile pour recruter. J’ai eu 70 réponses à mon annonce là où auparavant je n’aurais reçu que trois CV. Et j’ai racheté 25 nouvelles Clio pour mes collaborateurs. Enfin, ces derniers sont fiers d’avoir un véhicule de fonction. Traditionnellement, ce type d’avantages est réservé aux cadres. Les gens sont attentifs à l’échelon social : avec un véhicule de fonction, mes collaborateurs ont franchi un échelon face à leurs voisins de quartier. Souvent, c’est la première fois qu’ils disposent d’un véhicule neuf. De plus, et c’est une surprise pour eux, ils réalisent une économie moyenne de 210 € sur leur poste carburant. C’est la bataille entre eux pour savoir qui consomme le moins ; une préoccupation qui continue de les habiter quand ils prennent le volant des poids lourds. »

L’expérience de Dominique Laure a intéressé les médias régionaux et nationaux. Dominique Laure a ainsi dénombré 70 articles dans la presse et trois passages dans les journaux télévisés nationaux. Depuis, son téléphone n’arrête pas de sonner. Au bout du fil : des dirigeants d’entreprises qui veulent reprendre le concept. « Seulement, les entreprises qui n’ont pas de société de location de véhicules ne peuvent pas récupérer la TVA et doivent s’acquitter de la TVS. » Voilà pourquoi Dominique Laure a décidé de créer une franchise pour commercialiser son concept auprès des entreprises les plus importantes. Pour les entreprises plus modestes, le patron ingénieux met en place un package avec tout le savoir-faire nécessaire à la mise à disposition et à la gestion des véhicules. A partir de la rentrée, un site Internet –auto1euro.com- verra le jour pour proposer ce concept. Bref Dominique Laure a transformé son idée en un véritable business. Une réussite pour un patron ingénieux.

Dominique Laure, patron des Transports Laure, lance la voiture à 1 euro par jour