Eco-conduite : Les entreprises jouent la formation

Dominique VASTEL, SNCF : « La réussite de l’éco-conduite passe par l’implication du management »

La flotte de la SNCF compte 15 000 véhicules. Depuis l’année dernière, l’entreprise a lancé une stratégie globale pour former ses conducteurs à l’éco-conduite. Dominique Vastel, directeur du programme d’économies d’énergie de la SNCF, détaille les mesures mises en place et précise l’objectif poursuivi.

- Magazine N°160
992
Dominique VASTEL, directeur du programme d’économies d’énergie, SNCF

Les véhicules de notre flotte ne sont pas attribués. Plusieurs conducteurs se servent de chacun des VP et des utilitaires légers. Autre caractéristique : les agents n’ont pas pour mission de conduire, mais d’aller sur les lieux d’intervention, de réaliser des travaux sur les infrastructures, les postes électriques et d’entretenir les installations. A l’exception des véhicules spécifiques, la flotte est financée en location longue durée et gérée par Aon Auto.

Les 15 000 unités consomment 25 millions d’euros de carburant par an. C’est un sujet que nous prenons à bras-le-corps. En décembre 2008, nous avons lancé un programme de baisse de la consommation d’énergie et de réduction des coûts. En deux ans – 2009 et 2010 –, nous visons 10 % d’économies. Nous n’avons pas atteint complètement cet objectif car le programme d’action n’a débuté qu’à la fin de l’année dernière. La formation ne concerne pas seulement les conducteurs de nos véhicules, puisque nous avons décidé de l’élargir à l’ensemble des agents.

Avant de choisir un prestataire, nous avons étudié le marché et rencontré Mobigreen. En tant que filiale de La Poste, cet organisme a des affinités avec les problématiques de la SNCF. Cela étant, si la direction du courrier de La Poste organise des tournées régulières avec des arrêts fréquents, notre mode d’utilisation est différent. Soit nos agents se déplacent sur des chantiers programmés, soit ils réalisent leurs missions dans l’urgence. Le conducteur n’emprunte donc jamais le même chemin.

Avant de généraliser les formations, nous avons réalisé un test à Saint- Quentin avec 250 conducteurs. Les professionnels de Mobigreen se déplacent sur site pour une journée ou une demi-journée. Nous avons fait un bilan au début du printemps et constaté que les stagiaires étaient très satisfaits. Ils pensaient bien conduire mais se sont aperçus que tout en réalisant des économies de carburant, ils conservaient le même temps de trajet.

Des formations qui doivent être récurrentes

Nous avons mené un second test auprès d’une population d’agents dont le coeur de métier est la conduite. Plus de 60 personnes (chauffeurs, agents spécialisés dans la logistique, etc.), disséminées sur l’ensemble du territoire national, ont suivi les stages du réseau CGI Formation. L’accent a été mis sur la pédagogie et ce test s’est terminé le 15 juin. A l’issue de ces deux expérimentations, nous allons tirer des leçons et retenir l’un de ces deux prestataires pour former des agents en interne. Ces derniers devront à leur tour dispenser leurs conseils auprès de l’ensemble des agents de la SNCF. Avec 50 000 personnes, il n’était pas envisageable de confier cette mission à un prestataire extérieur. Une petite dizaine de formateurs vont être dégagés de leurs missions habituelles pour suivre une formation ad hoc pendant six mois. En organisant nous-mêmes les stages, nous les adaptons aux contraintes de production. Ce n’est pas la formation qui demande un investissement important, mais l’immobilisation de nos agents.

L’expérience de Saint-Quentin nous a montré que la réussite du projet passe par l’implication du management. Autre enseignement : si l’économie de carburant atteint 10 à 20 % juste après la formation, les habitudes reprennent le dessus au bout d’un certain laps de temps. Nous devons sans cesse effectuer des piqûres de rappel et cela peut passer par des formations sur simulateur de conduite. De plus, l’éco-conduite sera intégrée à la stratégie de communication interne. Dans le cadre de cette opération, nous devrons améliorer le relevé des consommations car la carte carburant n’est pas forcément fiable à 100 %.

Quoi qu’il en soit, les retours positifs des agents formés constituent l’un des constats les plus intéressants. Et ils peuvent appliquer ces préceptes dans leur vie privée.

Eco-conduite : Les entreprises jouent la formation

PARTAGER SUR