Eco-conduite : Les entreprises jouent la formation

Eco-conduite : Les entreprises jouent la formation

Face à des impératifs législatifs et fiscaux toujours plus contraignants, les entreprises multiplient les plans d’action pour limiter leur impact écologique. Au-delà du « green washing », l’éco-conduite a un impact bien réel. Autour de cette démarche, les formations se multiplient, avec des bénéfices aussi bien environnementaux que financiers.

- Magazine N°160
849
Eco-conduite : Les entreprises jouent la formation

« Bien se conduire signifie que le conducteur se fait oublier sur la route. C’est le cas visà- vis des autres en limitant le nombre d’accidents, mais également vis-à-vis de la planète en adoptant une conduite apaisée et tolérante. » Cette profession de foi n’émane pas de n’importe quel conducteur. Son auteur a remporté onze titres de champion de France en moto, sept victoires en Formule 3, cinq en Formule 2, trois en Formule 1, douze en Sport Prototype. Et la liste ne s’arrête pas là.

Jean-Pierre Beltoise, puisqu’il s’agit de lui, apprend aujourd’hui aux conducteurs à voir, prévoir et anticiper pour éviter les accidents et optimiser la consommation de carburant. « Limiter les risques et consommer moins demandent les mêmes qualités : anticipation, modération, prévoyance, explique-t-il. A titre d’exemple, pour rouler en toute sécurité, il faut regarder très loin en avant, une qualité qui limite aussi les consommations : lorsque vous apercevez un feu rouge à 400 mètres, vous pouvez lever le pied et économiser ainsi du carburant. Le plus difficile est de changer les habitudes, mais une fois que le pli est pris, le style de conduite est pérenne. Il faut étonner le stagiaire pour que son imagination travaille. C’est une question d’intelligence et de réflexion. »

Les constructeurs et les loueurs se mettent à l’éco-conduite

Beltoise Evolution, le nom de la société sous laquelle opèrent Jean-Pierre Beltoise et ses formateurs, travaille en partenariat avec Total et ALD Automotive. Ces deux dernières entités proposent à leur clientèle d’entreprises des stages de formation à l’écoconduite à des prix négociés. A l’heure actuelle, la plupart des loueurs ont mis sur pied des formations de ce type. C’est vrai d’Arval qui alterne théorie et pratique sur simulateur de conduite. Quant à Lease- Plan, il s’est associé à Automobile Club Prévention qui forme les stagiaires sur un véhicule équipé d’une caméra et d’un dispositif spécifique qui enregistrent les données de la conduite avant et après l’apprentissage. Des loueurs au périmètre plus restreint s’intéressent aussi à ce type de formation, à l’image d’Elat qui propose Elatgreen, des conseils de conduite économique accessibles à tous les publics.

Les constructeurs automobiles investissent de même ce marché prometteur : les sociétés de financement de Peugeot, Citroën et Renault proposent depuis peu des outils d’analyse de la conduite grâce aux boîtiers embarqués. De son côté, après avoir lancé eco:Drive auprès des particuliers, Fiat a mis au point une version dédiée aux véhicules d’entreprise. Ces derniers doivent être équipés du système Blue&Me sur lequel le conducteur connecte une clef USB pour enregistrer accélérations, décélérations, aptitudes à conserver une vitesse constante et changements de rapports. En transférant ces données sur un ordinateur, il est possible de visualiser les résultats pour l’ensemble de la flotte ou par conducteur.

Les spécialistes de la géolocalisation proposent aussi des outils pour enregistrer et transmettre les informations sur le comportement du conducteur. Ces solutions ont pour nom Ecocan chez Masternaut, un outil qui s’appuie sur des pinces connectées sans contact au calculateur du véhicule, Eco3 chez Traqueur ou encore Kilometrix Green chez Steria dont la distribution est assurée par GFD Services auprès des entreprises.

Des outils pour suivre la conduite

Ce distributeur se concentre sur les flottes moyennes et vient de signer un accord de partenariat avec le courtier Novélia pour commercialiser l’offre de Steria autour de la conduite économique.

Nomadic Solutions a développé une solution qui associe un accessoire posé sur le tableau de bord à un logiciel ad hoc. Sans connexion au calculateur du véhicule, mais avec un GPS et un accéléromètre embarqué, l’EcoGyzer enregistre les données de la conduite. Il suffit alors de transférer ces informations sur un PC pour qu’elles soient présentées sous forme de tableaux de bord. Avantage : pas de frais d’installation et pas d’intrusion sur le bus numérique du véhicule.

A l’image de Novélia, les assureurs et les courtiers sont de plus en plus nombreux à investir ce marché. Ainsi, Axa Entreprises propose depuis plus d’un an des réductions sur la prime d’assurance si l’entreprise a équipé ses véhicules de boîtiers spécifiques et qu’elle s’engage à former ses collaborateurs. Depuis trois ans, Sageris, filiale de Gras Savoye, offre elle aussi des formations à l’éco-conduite.

La multiplication des offres

Il n’en reste pas moins que les professionnels de la formation à la prévention routière ont été les premiers à mettre sur pied des programmes dédiés à la conduite économe. C’est le cas de Beltoise Evolution, mais également d’Automobile Club Prévention, d’Automobile Club de l’Ouest, de l’ECF (Ecole de conduite française) ou encore de Centaure. Pour sa part, CEC Conseil multiplie les partenariats : cet organisme dispense les formations proposées par le pétrolier BP et par les loueurs Athlon Car Lease et Natixis LLD. Bernard Darniche, ancien champion de rallye, commercialise quant à lui des formation via internet.

Autre professionnel de la formation à la conduite sûre et économique, Stéphane Develter est à la tête d’un organisme baptisé Develter Formation. Grâce à ces longues années d’expérience, il a créé un simulateur de conduite reconnu par l’ensemble des formateurs. Principal avantage par rapport aux formations sur piste ou sur route : les simulateurs peuvent être installés dans les locaux de l’entreprise. Les collaborateurs n’ont pas à se déplacer et économisent ainsi du temps. De plus, le coût par stagiaire est moins élevé.

Construire la mobilité Verte

En 2009, un acteur de poids est apparu sur le marché. Après avoir formé 60 000 facteurs à l’éco-conduite, La Poste a profité du savoir-faire acquis pour créer une filiale ad hoc. Baptisé Mobigreen, ce nouvel acteur a pris 15 % du marché de l’éco-conduite en un an et demi. « Entre janvier et avril 2010, le chiffre d’affaires a progressé de 41 %, se félicite Pascale Cozon, présidente. Tous secteurs confondus, nous avons un portefeuille de 80 clients actifs. » Et Mobigreen ne veut pas en rester là : d’ores et déjà, sa présidente veut encore accroître sa part de marché en 2010 et atteindre 2,3 millions de chiffre d’affaires à la fin de l’année. Des PME aux grands comptes, tous les secteurs d’activité sont concernés. « La durée de nos contrats varie d’une semaine à six mois ou un an. Le coût moyen s’établit aux alentours de 18 000 euros. »

Mobigreen propose six modules de formation qui vont de la sensibilisation au suivi des résultats dans le temps, avec piqûres de rappel si cela s’avère nécessaire. Pour enregistrer les données de conduite des stagiaires, Mobigreen a choisi l’EcoGyzer de Nomadic Solutions. « Les autres solutions sont plus contraignantes, explique Pascale Cozon, alors que l’EcoGyzer, un outil de la taille d’un téléphone portable, se pose sur le tableau de bord et enregistre les données sans être branché au système électronique du véhicule. Ce dispositif apporte un maximum de souplesse à nos clients. » Mobigreen vient de remporter l’appel d’offres lancé par Peugeot Professionnel pour devenir le formateur des clients du constructeur.

Faire rimer éco-conduite et économies

Aujourd’hui, les clients de Mobigreen cherchent davantage à construire une stratégie globale autour de l’écoconduite. La filiale de La Poste ne se contente pas de former les collaborateurs de l’entreprise, mais analyse la flotte et élabore un plan d’action qui perdure dans le temps. Dans cette démarche, l’implication du management est essentielle. C’est pourquoi, la formation s’adresse d’abord à cette population qui, convaincue, peut alors incarner la stratégie mise en place.

« Lorsqu’un manager voit concrètement qu’il économise 22 % sur son carburant en suivant nos conseils, reprend Pascale Cozon, il réalise tout le potentiel de l’éco-conduite et peut ensuite motiver ses collaborateurs. » Pour l’entreprise et ses salariés, les bénéfices ne se résument pas seulement à l’optimisation des consommations de carburant et à la diminution des émissions de CO2. « Le nombre d’accidents peut baisser de 10 à 15 %, assure Pascale Cozon. Et l’entreprise économise sur les frais d’entretien en matière de pneumatiques, de freins, d’amortisseurs. Sur ce poste, le gain peut ainsi atteindre 40 %. »

France Télécom se met au vert

Le discours des spécialistes est forcément enthousiaste. Pour confronter les chiffres avancés ici ou là à la réalité du terrain, les retours d’expérience des entreprises s’avèrent essentiels. Depuis de nombreuses années, France Télécom mène une politique volontaire sur la mobilité durable. Parallèlement à la car policy, l’opérateur agit aussi sur la conduite de ses collaborateurs. Au sein de la formation à la prévention des risques routiers, un module est réservé à l’écoconduite. France Télécom a choisi ECF pour dispenser ces cours qui alternent une journée de théorie et une journée de pratique sur route avec un véhicule lambda. L’intranet du groupe intègre aussi un module d’e-learning sur ce thème. Seuls les salariés qui ont suivi la formation accèdent à ce module qui permet de mesurer leurs progrès. Des vidéos spécifiques ont de même été produites par Orange pour renforcer l’adhésion des collaborateurs. Enfin, des SMS reprennent les principaux conseils de la formation et sont envoyés aux collaborateurs à l’issue de la formation.

A ce jour, quelques centaines de collaborateurs ont participé aux stages d’ECF sur les 21 000 personnes que compte le groupe. Chaque année, 2 500 d’entre eux devraient suivre cette formation. Philippe Tuzzolino, directeur de l’environnement, observe des baisses de consommation de l’ordre de 10 à 20 %, un résultat encourageant puisque le groupe table sur 10 % d’économies.

EDF opte pour la prévention

EDF Assurance se présente comme un cabinet de courtage qui couvre tous les risques de l’électricien, dont celui de la flotte automobile. Ainsi, cette entité assure les 40 000 véhicules de l’opérateur. Il y a six ans, l’entreprise a décidé de former le plus grand nombre de salariés à la prévention des risques routiers. Beltoise Evolution a été choisi pour établir un audit de conduite de chacun des stagiaires sur ses propres véhicules ou sur ceux utilisés par les agents au quotidien. Principale différence, les véhicules de Beltoise Evolution embarquent les équipements nécessaires à l’enregistrement du comportement des conducteurs. Après l’audit, formations théoriques et pratiques se succèdent. Enfin, EDF Assurance organise des stages à l’aide du simulateur conçu par Develter Innovation. Les conseils prodigués portent aussi bien sur la maîtrise des risques d’accident que sur la conduite économique.

Il y a dix ans, avant de lancer ce programme, EDF enregistrait 10 000 sinistres par an. Ce chiffre a été ramené à 5 500. Depuis 2007, EDF Assurance a décidé de renforcer la place de l’éco-conduite dans ces formations. La flotte consomme 45 millions de litres de carburant chaque année. Entre 2009 et 2011, l’opérateur veut alléger sa facture de 10 à 15 %.

Des économies comprises entre 10 et 15 %

« Nous avons deux préoccupations, note Jacques Robert, chargé de formation au département prévention du risque routier. Tout d’abord, nous voulons économiser du carburant. Mais nous voulons aussi faire évoluer les habitudes de conduite pour qu’elles soient plus respectueuses de l’environnement. Nous voulons inculquer des notions de courtoisie, de vitesse adaptée et de confort des passagers. » Sur les 12 000 salariés formés chaque année, 20 % optent pour un module renforcé sur l’éco-conduite. « Les principes de la conduite sobre amènent à anticiper pour éviter les accidents, précise Jacques Robert. Et les formations sont suivies d’effets : l’objectif que nous nous étions fixé à trois ans va être atteint en deux ans. »

Il n’en reste pas moins que ces résultats doivent être maintenus dans le temps. « Il faut remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier, insiste Jacques Robert. Nous avons un réseau de 250 correspondants qui transmet les messages aux différentes entités. Nous démontrons facilement aux managers que si la formation a un prix, le retour sur investissement arrive en moins de douze mois. »

Conduite professionnelle et privée

Dernier point, les salariés voulant suivre un stage à titre privé chez Beltoise Evolution bénéficient du tarif négocié par l’électricien. Et la formation d’un de leurs enfants de moins de 25 ans est offerte.

Appartenant au périmètre du groupe PPR et filiale de Redcats, Sogep est le premier réseau de livraison et de services aux particuliers pour les enseignes de vente à distance et l’e-commerce. Outre les livraisons à domicile et les prestations logistiques, Sogep gère les activités de la marque Relais Colis. Après avoir été responsable de la flotte de l’entreprise pendant plusieurs années, Lionel Saleur occupe le poste de responsable des services généraux et de la sécurité. « Nous sommes à la tête de 600 véhicules, expliquet- il. La majeure partie du parc est constituée d’utilitaires de 17 m3, soit des Mercedes Sprinter et des Renault Master. Le carburant représente le premier poste de dépenses de notre flotte. »

Si Sogep a toujours mené des actions pour limiter son impact environnemental, l’entreprise a décidé de former ses salariés à l’éco-conduite en 2006. Dans un premier temps, une quarantaine de chauffeurs de poids lourds ont été initiés aux préceptes de la conduite économique à partir d’un simulateur de conduite. « Nous avions un double objectif, poursuit Lionel Saleur : baisser les consommations et diminuer le nombre d’accidents. De plus, en changeant les comportements, les collaborateurs peuvent aussi agir sur ces points dans leur vie privée. »

Une totale adhésion à l’éco-conduite

Cette première formation a été couronnée de succès mais devenait difficilement gérable sur les plans financier et pratique pour l’ensemble des conducteurs de l’entreprise. « Les formateurs expliquaient notamment le fonctionnement du moteur à explosion, témoigne Lionel Saleur. Les conducteurs intéressés étaient peu nombreux et la majorité de nos collaborateurs ont rejeté la formation. » Sogep a donc abandonné ce dispositif et cherché une alternative. Après avoir découvert l’EcoGyzer de Nomadic Solutions, Lionel Saleur a pris contact avec ses dirigeants et Sogep a été l’une des premières entreprises à tester cet outil. « Facile d’utilisation, économique, l’Eco- Gyzer n’oblige pas à démonter le véhicule et organise les données avec une infographie lisible et compréhensible par tous. Les équipes de Nomadic Solutions sont disponibles, réactives et à l’écoute de nos demandes. »

Bilan : Sogep réalise 6 à 7 % d’économies sur le poste carburant. Et les collaborateurs en redemandent. « Certains d’entre eux nous sollicitent pour emprunter un EcoGyzer pour une utilisation personnelle », s’enthousiasme Lionel Saleur. Une telle adhésion symbolise l’évolution des mentalités. Désormais, chacun se préoccupe de la préservation de l’environnement. Et ce, d’autant plus que des économies substantielles sont à la clef.

Eco-conduite : Les entreprises jouent la formation

PARTAGER SUR