Moins d’émissions polluantes lors du confinement grâce à la baisse du trafic routier

Selon les mesures réalisées par l’association AirParif et le CNRS, les émissions de CO2 et de particules ultrafines ont fortement diminué lors du confinement dû à l’épidémie de covid-19, grâce à la réduction du trafic routier.

644
Emissions polluantes confinement
Sources : Ballon Générali

À l’occasion de la journée de la qualité de l’air, l’association AirParis, le CNRS, l’assureur Generali et Aérophile ont livré leurs observations quant aux effets du confinement sur la pollution de l’air à Paris. Les dispositifs de mesure au sol de l’association AirParis mesurent en effet la concentration des particules tout au long de l’année.

Moins de dioxydes d’azote et de particules ultrafines

« Durant le confinement, les émissions de dioxydes d’azote ont diminué de 20 à 35 % selon les semaines, avec jusqu’à – 50 % en proximité immédiate de certains axes routiers. De même, les émissions de CO2 et de particules ultrafines – les PM10 de la taille d’une cellule et les PM2,5 de la taille d’une bactérie qui sont pour l’instant non réglementées – ont diminué de 30 % », a détaillé Karine Léger, directrice général d’AirParif.

En revanche, « les émissions de particules n’ont en reculé que de 7 % : la météo a en effet été favorable à la formation de particules secondaires et les émissions dues au chauffage, notamment au bois et à l’agriculture sont restées présentes. Nous avons ainsi eu un épisode de pollution mais qui a été moins intense grâce à la réduction du trafic routier », a-t-elle signalé.

En parallèle, d’autres mesures ont été effectuée par le ballon Generali. Celui-ci réalise à chaque vol touristique une « carotte » de l’air parisien de 0 à 300 m au-dessus du parc André Citroën, dans le 15e arrondissement. Or, après la déclaration du confinement, « passé quelques jours de sidération, nous avons mobilisé nos équipes et réalisé en tout 105 des vols scientifiques », s’est félicité Mathieu Gobbi, directeur général de la société Aérophile, en charge de l’exploitation du ballon.

Un pic de pollution important évité grâce à la baisse du trafic routier

En pratique, un appareil baptisé LOAC pour « Light Optical Aerosols Counter » compte le nombre de particules présentes dans l’air ambiant tout en estimant leur typologie, et ce pour 19 gammes de tailles de 200 nanomètres à 500 micromètres. Il mesure pour cela l’intensité de la lumière diffusée par ces particules lors de leur passage dans un faisceau lumineux : une intensité qui dépend de leur taille et de leur nature.

Bilan : « Lors du confinement, il y eu une chute brutale d’environ 40 % du nombre de particules fines inférieures à 3 micromètres par rapport à 2015 à conditions météo quasi identiques, du fait de la suppression du trafic routier, mais pas de baisse significative pour les PM10 », a résumé Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche au laboratoire de physique et chimie de l’environnement et de l’espace au CNRS.

Pour rappel, la pollution aux particules avait été très élevée au printemps 2015 en raison des conditions anticycloniques. Des constatations confirmées par d’autres observatoires. « Le confinement a donc eu un effet bénéfique en termes de qualité de l’air sur les particules fines et nous avons probablement évité un pic important de pollution dû à l’activité cyclonique », a affirmé le chercheur.

Concilier déconfinement et qualité de l’air

« Le challenge aujourd’hui consiste à concilier déconfinement et qualité de l’air », a estimé Karine Léger dAirParif. En Île-de-France, les concentrations ne diminuent pas pour l’ozone et le CO2. « Depuis trois ans, la multiplication des vagues de chaleur a entraîné des épisodes de pollution à l’ozone plus importants, signale Karine Léger. Ils restent toutefois moins élevés qu’en 2003 où nous avions atteint 282 mg/m3 contre 221 mg cette année, ce qui est sans doute lié aux réglementations sur les hydrocarbures et aux normes automobiles pour des véhicules moins polluants. »

Et malgré des baisses conséquentes depuis une dizaine d’années, les émissions de particules fines (PM10 et PM2,5) et de dioxyde d’azote (NO2) restent également supérieures aux recommandations de l’OMS et aux réglementations françaises et européennes, principalement à Paris et le long des grands axes de circulation. Rappelons d’ailleurs que la France a récemment été condamnée par la Cour de justice de l’UE pour non-respect des normes de qualité de l’air.

Des enjeux de santé publique

Or, « la pollution de l’air représente un enjeu majeur de santé public, a rappelé Pierre Souvet, cardiologue et président de l’association Santé Environnement France (Asef). En France, elle fait 67 000 morts par an et a un coût pour la société de plus de 100 milliards d’euros. »

Et les pathologies qu’elle cause ne sont pas seulement respiratoires : « jusqu’à 80 % des pathologies cardiovasculaires sont liées à la pollution de l’air, pointe Pierre Souvet. Et plus les particules sont fines, plus leur temps de rétention dans les poumons est important et plus elles pénètrent facilement dans la paroi des vaisseaux sanguins. Cela provoque une inflammation et augmente la formation de caillots et les troubles du rythme cardiaque. »

En outre, « on retrouve même ces particules dans les fœtus avec des risques pour la grossesse, ainsi que dans le cerveau avec des risques de maladies neurodégénératives, a-t-il ajouté. Et elles sont aussi susceptibles de transporter des substances toxiques, notamment cancérigènes.

D’où l’importance pour Karine Léger de s’interroger sur nos modes de déplacement, en tenant compte aussi de la pollution qui peut être générée par les alternatives comme le télétravail.

PARTAGER SUR