Entretien : Des coûts limités pour un poste stratégique

L’entretien ne représente qu’une faible partie du coût de détention d’un véhicule. Si les gains à réaliser sur ce poste restent marginaux, sa gestion doit être irréprochable pour éviter les immobilisations, les pannes et les accidents qui engendrent un coût indirect prohibitif pour l’entreprise.

- Magazine N°155
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Entretien : Des coûts limités pour un poste stratégique

« Lorsque leurs flottes sont financées en location avec services, les entreprises se désintéressent de l’entretien. Elles versent un forfait et ne s’en occupent plus. Certains grands comptes comme Suez, Veolia ou Vinci ont fait du zèle en gérant l’entretien au réel, mais ils en sont revenus car ils ne veulent pas se mobiliser sur ce poste. » Bernard Roland, consultant expérimenté et créateur du cabinet BRC, ne pratique pas la langue de bois. C’est pourquoi il insiste sur la nécessité de bien mesurer l’importance de ce poste. « Pour une Clio qui parcourt 30 000 km par an, calcule-t-il, l’entretien, les pneumatiques et le véhicule de remplacement représentent 12 % du coût de détention contre 35 % pour le loyer. L’entretien ne représente pas un enjeu financier majeur. En revanche, il est primordial pour les collectivités territoriales qui détiennent des engins spécialisés dont l’entretien mobilise un budget important. Dans ces conditions, elles peuvent tirer des bénéfices substantiels en optimisant ce poste. »

 Pour les parcs de véhicules légers, la majorité des consultants considère cependant que l’entreprise doit externaliser la gestion de l’entretien. Sinon, elle doit dégager des moyens pour surveiller ce poste avec un logiciel de gestion ad hoc et des ressources humaines compétentes. Au delà, des aberrations économiques apparaissent : une révision faite à deux reprises, 18 pneus achetés dans l’année pour le même véhicule ; autant d’anomalies constatées par Bernard Roland au cours de sa carrière.

La qualité du service au conducteur

 Lorsque l’entreprise décide de confier l’entretien de ses véhicules à un tiers, elle doit choisir entre deux types de facturation: au réel selon les factures reçues par le prestataire ou au forfait. « Les prestations des garages sont plus onéreuses à Paris, explique Bernard Roland. Si la flotte de l’entreprise évolue en région parisienne, il est intéressant de choisir le forfait national. Sinon, le coût réel serait supérieur. Cela étant, pour les pneumatiques, il peut être plus intéressant de traiter en direct avec les réseaux que de confier cette prestation aux loueurs. Mais je conseille aux entreprises de bien réfléchir à la qualité du service délivré aux conducteurs. Les loueurs proposent un maillage national grâce auquel les collaborateurs n’ont pas à parcourir 40 km pour une révision ou un changement de pneu. »

 Il n’en reste pas moins que selon les règles d’utilisation des véhicules, l’entretien est plus ou moins stratégique pour l’entreprise. Si les véhicules parcourent 20 000 ou 30 000 kilomètres par an et sont conservés trois ou quatre ans, le budget reste modeste. En revanche, au-delà de 120 000 kilomètres, l’entreprise devra changer la courroie de distribution, l’embrayage, les amortisseurs et d’autres pièces essentielles. Dans ces conditions, la maintenance mobilise un budget conséquent qu’il peut être tentant d’optimiser en gérant soi-même ce poste et en faisant appel aux centres autos. « Mais confier l’entretien des véhicules aux loueurs offre à l’entreprise une certaine tranquillité d’esprit, affirme Olivier Rigoni, consultant du cabinet Cogecar. Ils ont des plates-formes techniques avec des moyens financiers et des compétences qui leur permettent de gérer au plus juste les prestations d’entretien. Reprendre la main sur ce poste permet au mieux de gagner 5 % sur 10 % du coût de détention du véhicule ». Bref, le jeu n’en vaudrait pas la chandelle.

Les coûts de gestion

 Pour Xavier Bénard, responsable d’Aon Auto, l’entretien représente 10 % du budget de détention d’un véhicule. Mais l’importance de ce poste ne se mesure pas uniquement à son coût direct : « Si le véhicule est mal entretenu, il risque de tomber en panne et d’être immobilisé. Les réparations qui n’ont pas été budgétées peuvent rapidement alourdir le budget. Et l’immobilisation implique une perte de chiffre d’affaires pour l’entreprise dont le collaborateur doit trouver un véhicule de remplacement et perd une demi-journée de travail. »

 Pour optimiser ce poste, Aon Auto conseille de faire appel à un loueur ou à un fleet manager qui disposent des outils et des compétences pour contrôler les dépenses et obtiennent des conditions tarifaires avantageuses grâce aux volumes qu’ils représentent. « De plus, les loueurs ou les spécialistes du fleet management ont mis en place des process de facturation et de contrôle qui permettent d’optimiser les coûts, explique Xavier Bénard. Pour l’entreprise, traiter une facture revient à 75 euros. » Si la démarche n’est pas automatisée, l’entreprise perd les gains potentiels par le coût du travail administratif. Néanmoins, elle peut y gagner à gérer elle-même si elle achète ses véhicules et les garde 5 à 6 ans. « La facture sera moins élevée dans les réseaux de la réparation rapide, admet Bernard Roland. Mais cette réflexion ne vaut que pour les utilitaires et les véhicules lambda. Je ne suis pas certain que ces réseaux disposent des compétences et de l’outillage pour diagnostiquer l’électronique de véhicules haut de gamme. » Olivier Rigoni abonde dans le même sens : « La technologie a profondément transformé les véhicules. Les problèmes concernent davantage l’électronique que la mécanique. Les réseaux des constructeurs disposent des compétences et des outils pour traiter ces problèmes. »

Un poste stable

 Légalement, la garantie du constructeur s’applique quel que soit le réseau dans lequel le véhicule est entretenu. Dans les faits, les démarches à accomplir pour être indemnisé en cas de casse du moteur s’apparente à un vrai parcours du combattant lorsque les véhicules n’ont pas été entretenus dans les réseaux de la marque. Voilà pourquoi la majorité des entreprises sélectionne les garages des constructeurs pour assurer l’entretien de leurs véhicules. Cela étant, certains responsables de flottes ont sauté le pas et réalisent des économies en confiant leur maintenance à des réseaux de la réparation rapide. Mais ce choix reste marginal même si la donne pourrait changer à terme. Quant au coût de l’entretien, malgré l’espacement des révisions, il n’a pas baissé. Si les révisions sont moins nombreuses, chacune d’entre elles mobilise davantage d’interventions. De plus, le prix des pièces et les taux horaires ont augmenté. A l’arrivée, selon les consultants, le coût de l’entretien est resté stable au cours des dernières années.

 L’une des solutions pour réduire la facture consisterait à transiger sur la qualité des pièces et des fluides. « Le véhicule d’entreprise ne ressemble pas à celui d’un particulier qui affiche 15 ans d’existence, explique Bernard Roland. L’entreprise doit s’assurer de la sécurité de ses collaborateurs. Elle ne va pas prendre de risque en choisissant des pièces à l’origine exotique. » De son côté, Olivier Rigoni a un discours moins tranché : « Dans les réseaux rapides, les pièces proposées ont la même origine que celles qui portent le logo du constructeur. Quant aux huiles, elles sont toutes les mêmes. »

Une révolution dans le temps

 Quant aux ateliers intégrés, les avis sont unanimes : en théorie, ils devraient être plus économiques, mais dans les faits, le déficit de gestion et le manque de compétences les disqualifient, expliquent les spécialistes interrogés. Certains consultants affirment qu’il s’agit d’une aberration économique. D’autres confient qu’en 17 ans de carrière, ils n’ont vu qu’un ou deux exemples d’ateliers intégrés dont les coûts étaient inférieurs à ceux des garages traditionnels.

 Reste que l’entretien devrait connaître à long terme de profonds bouleversements. Progressivement, le véhicule électrique devrait prendre une place de plus en plus importante. Contrairement aux véhicules thermiques, les motorisations électriques demandent peu ou pas du tout d’entretien. Seuls les pneumatiques resteront à changer régulièrement.

 « Si l’électrique représente la motorisation du futur, les modèles économiques risquent d’exploser », reconnaît Xavier Bénard. Et Olivier Rigoni de surenchérir : « L’électrique va changer la physionomie du marché automobile. Des filières vont disparaître. » Cela étant, avec les 100 000 véhicules électriques prévus d’ici 2015 par le Gouvernement, la révolution annoncée n’est pas pour demain. Pendant encore longtemps, les millions de modèles thermiques devront être entretenus. Les acteurs de l’entretien et de la gestion de flottes ont encore de belles années devant eux.

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