Entretien-réparation : les grandes manœuvres

Nouvelle réglementation européenne oblige, le marché de l’entretien-réparation est aujourd’hui en pleine recomposition. Le point sur la stratégie des acteurs en place.

- Magazine N°123
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Entretien-réparation : les grandes manœuvres

Les réseaux mis en place par les constructeurs pour contrer la filière des indépendants connaissent des destinées variées ; les enseignes de réparation rapide comme Speedy poursuivent leur développement (notamment auprès des flottes), tandis que de jeunes marques tentent de s’attribuer une petite part de ce marché si vaste. Cette nouvelle répartition des tâches permet aux MRA (mécaniciens réparateurs automobiles), qui sont encore autour de 13 000 en France, de trouver un second souffle. Leur nombre va en décroissant (-7 % entre 2005 et 2006) et il y a fort à parier que la décrue risque de se poursuivre à l’avenir. En rejoignant un réseau, ces MRA espèrent s’assurer une bonne fourniture en pièces détachées et s’appuyer sur la solidité d’une marque reconnue. Tous les rapprochements ne donnent toutefois pas les résultats attendus et certains acteurs préfèrent quitter les réseaux et reprendre leur indépendance, quand ils n’abandonnent pas purement et simplement le métier.

Les flottes d’entreprises ne constituent pas le cœur de cible de ces réseaux. Il est vrai qu’ils ne sont pas équipés pour et que leur client principal reste à ce jour le particulier. Au final, les nouveaux réseaux des enseignes de réparation ont beau démultiplier certains efforts vis à vis des flottes de sociétés, leur capacité d’innovation les contraint trop souvent à jouer les seconds rôles. Leur implantation géographique les laisse trop éloignés des entreprises.

Quant à leurs outils d’analyse et d’audit, ils demeurent trop timides et ils ne parviennent pas à concurrencer les enseignes établies. « Dire qu’ils n’y arriveront pas est peut-être exagéré, mais à ce jour la question ne se pose pas », déclare d’ailleurs tout net Rodolphe Noulin, responsable de Speedy Fleet.

Pas de réseaux constructeurs pour les flottes

Les nouvelles enseignes de réparation émanent de différents acteurs et de divers horizons. Les constructeurs se sont montrés particulièrement actifs dans ce domaine puisqu’aussi bien Renault, Ford ou Citroën ont lancé des marques spécifiques. C’est Motorcraft chez Ford, Motrio et Ixell chez Renault ou Eurorepar chez Citroën. Le concept est à chaque fois le même : l’enseigne développée par le constructeur est destinée aux MRA. Chez Ford, ce sont les concessionnaires qui ont la charge du développement de ce réseau, via notamment la vente des pièces de rechange. Il existe à l’heure actuelle quelque 450 points de service Motorcraft dans l’Hexagone, qui disposent de 95 000 références couvrant 95 % du parc roulant. Aux concessionnaires également la responsabilité de fournir l’ensemble des informations techniques, les logiciels de réparation toutes marques et les outils de marketing local.

Les ateliers Motorcraft, Motrio ou Eurorepar font à la fois de la réparation et de l’entretien courant. Et il n’existe pas d’uniformité dans les tarifs ; les prix sont différents dans chaque atelier. A l’heure actuelle ces réseaux constructeurs ne sont pas développés pour les flottes de sociétés. La structure de leurs points de vente n’a pas été prévue pour cela. Il reste que, si une flotte veut s’adresser au réseau, il lui est bien sûr possible d’obtenir le service demandé. Mais Ford, comme Renault ou Citroën ne font pas de promotion en ce sens.

La nécessité d’un réseau National

Une autre forme de regroupement émane de grossistes qui fournissent les garagistes en pièces détachées. C’est le cas du réseau Autofit (groupe Temot International), crée en 1996. Aujourd’hui cette enseigne compte pas moins de 1500 garages en Europe, dont 200 en France. Elle regroupe des réparateurs indépendants, sous la responsabilité d’un grossiste qui assure l’animation des points de vente à un niveau régional. Au delà des pièces de rechange, les adhérents ont besoin de conseils, de formation et de communication. A l’heure du common rail, de l’électronique embarquée, de la technologie croissante des voitures, les MRA ont véritablement besoin de cette assistance sous peine d’être distancés. Là encore, les flottes d’entreprises ne sont pas les premiers clients recherchés par Autofit. Pour la simple raison qu’il ne dispose pas encore d’une couverture nationale (un must lorsqu’on vise le parc de sociétés). « Les entreprises feront partie de nos objectifs quand le réseau sera plus développé », affirme Jean-François Marlaut, Directeur commercial de Temot France. Actuellement Autofit n’est représenté ni en région parisienne, ni en Normandie. Mais d’ici 18 mois, le groupe ambitionne de compter une centaine de points de vente supplémentaires dans l’hexagone.

A cette date et compte tenu de son implantation européenne, le réseau Autofit pourra alors attaquer le segment des flottes et donner une réponse pan-européenne aux sociétés. En terme de services, Autofit propose actuellement de l’entretien et de la réparation toutes marques, avec ou sans rendez-vous. Chaque garage bénéficiaire d’une licence d’exploitation et d’un contrat renouvelable est engagé par une charte qualité, qui l’oblige entre autres à établir des devis clairs et transparents.

Des alliances utiles dans les réseaux

Fédérateur des principaux carrossiers de DuPont Refinish, le réseau Five Star connaît un net développement, tout à la fois en Europe et dans l’Hexagone. Fin juin, il comptait 832 membres soit 2,5 % de plus qu’au 31 décembre. En France,270 adhérents font désormais partie du réseau. La stratégie de Five Star consiste à travailler avec des leaders sur chacun des marchés. En France, le groupe a noué des accords avec plusieurs assureurs (Maaf, MMA, Generali, Altima), des loueurs (Ucar) ou encore des gestionnaires de parcs (ALD Automotive ou Overlease). Dans le même esprit, Five Star France a développé une collaboration avec le groupe Bosch. Au terme de cette alliance, ses membres ont un accès libre au support technique et aux services de Bosch. Et DuPont Refinish propose ses services aux clients de Bosch pour leurs besoins en matière de réparation automobile pour ce qui a trait à l’univers de la peinture.

Avec son réseau créé en 2001, Bosch Car Service, l’équipementier entend d’ailleurs bien se rapprocher de l’univers des professionnels de l’après-vente automobile. Jusqu’alors en effet, le réseau Bosch Service était tourné vers le grand public. Mais comme l’explique Jean-Luc Balitrand, en charge du marketing en France, la part croissante de l’électronique dans les modèles a conduit à une réflexion sur les moyens d’assurer la pérennité des réseaux MRA qui ne maîtrisaient plus les technologies. Grâce au réseau les MRA ont accès à la technologie et à l’information. Bosch Car service, ce sont 325 ateliers, avec un objectif de 360 à 370 unités. Le plan à 2008 table sur 450 à 500 points de vente, afin de parvenir à une couverture géographique optimale. En moyenne, un centre compte 6 personnes. Le concept du réseau est le suivant : « vous venez chez nous pour bénéficier du savoir-faire du 1er équipementier mondial, devant Delphi et Dens0o. Nous sommes des techniciens au service de votre auto. Aussi bien pour une vidange, une révision, une réparation de common rail, changer une courroie de distribution, changer un capteur ESP. Nous savons à la fois changer un pneu mais aussi effectuer une opération très technique. Quelque part, nous sommes un agent multimarques ».

Moins chers que chez les concessionnaires ?

Aux yeux de Jean-Luc Balitrand, le groupe sait diagnostiquer presque tout. Il est vrai que la marque est leader mondial du diagnostic multimarques, avec 85 à 90 % du parc mondial couvert. Sur le terrain, les prestations des Bosch Car Service ressortent entre 20 et 30 % moins chères que chez un concessionnaire, où il faut inclure le tarif de la main d’œuvre . La qualité est un maître-mot de l’enseigne. Des visites-surprise ont lieu pour vérifier que le prestataire MRA, nouvel entrant ou ancien dans le réseau Bosch, est toujours à niveau. Les équipes utilisent dans ce cas un véhicule qui arrive avec un certain nombre de défauts, pour vérifier que toutes les opérations de diagnostic sont bien effectuées.

Les clients flottes de Bosch Car Service ne couvrent pas les parcs d’entreprises. Il s’agit avant tout de véhicules d’artisans et de taxis. Le concept convient également aux parcs des mairies ou des collectivités locales, c’est-à-dire essentiellement des flottes de proximité. En revanche, il est peu adapté aux sociétés de location longue durée qui travaillent pour des entreprises industrielles ou de services. « Nous encourageons les Bosch Car Services à s’intéresser aux parcs de sociétés, mais il est vrai que nous n’entrons pas dans des accords pan-européens ou nationaux. Nous n’avons pas vocation à être un centre auto : nous faisons moins d’entretien, mais nous réalisons des opérations plus rémunératrices et plus qualitatives », souligne le responsable marketing.

Il est difficile pour un atelier Bosch Car Services de répondre aux attentes des flottes en terme de rapidité. « En revanche nous sommes compétents et moins chers que les concessionnaires en terme d’interventions techniques. A ce titre, nous sommes intéressants pour les flottes un peu âgées. Quand il y a un vrai problème technique, les centres auto ne peuvent pas le faire, nous si ! », rappelle-t-il.

Un avenir très sélectif pour la réparation ?

Chez Bosch Car Services, les adhérents sont tous indépendants. Aucun droit d’entrée n’est perçu, mais un coût dit de façade est perçu d’un montant de 3 500 euros (en incluant l’achat d’équipements pour l’atelier le total peut monter à 5000 euros).

A quoi ressemblera la maintenance de demain ? C’est en réfléchissant à cette question que cinq distributeurs-stockistes adhérents de CDA ont lancé le concept d’Elite Auto Garage. Partant de l’idée que la maintenance risque d’énormément évoluer dans les années à venir à cause de la technologie (notamment dans le domaine électronique), ils ont décidé d’accompagner la formation des MRA à ces nouveaux challenges. Elite Auto Garage crée en quelque sorte un standard de ce que sera le mécanicien de demain pour la maintenance du véhicule. Selon les dirigeants de cette enseigne, il y aura d’une part les réseaux de réparation rapide pour les opérations courantes et d’un autre côté, les spécialistes (comme Elite Auto Garage) à qui il faudra s’adresser pour les questions plus techniques.

Actuellement, l’enseigne compte 57 points de vente (l’objectif est d’atteindre une centaine d’ateliers). Elle s’est récemment étoffée avec une nouvelle marque, spécialisée dans la carrosserie, Elite Auto Carrosserie. Lancée en juin dernier, elle intéresse pour le moment une quinzaine de distributeurs. A terme, ce réseau pourrait comporter entre 40 et 45 ateliers, ce qui lui permettrait de réfléchir à des accords avec les assureurs.comme la majorité de ces nouvelles enseignes d’entretien et de réparation, les flottes d’entreprises ne constituent pas d’emblée la cible d’Elite Auto. Il lui faudra au préalable étoffer ses relations et ses alliances avec de grands noms de l’informatique et de l’électronique pour pouvoir prétendre intéresser ce marché. Mais des accords locaux sont d’ores et déjà possibles et d’ailleurs recherchés.

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