Transformer les risques de la transition énergétique en enjeux accessibles

Spécialiste de la gestion de la responsabilité sociétale et environnementale (RSE) et de l’optimisation des transports, Éric Croisé, de CO2PV, fait le point sur les énergies alternatives.
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Éric Croisé
Camion électrique BYD Anheuser Busch

Gazole de la norme Euro 7, gaz, éthanol, biocarburants, électricité et hydrogène : les transporteurs ne savent quelle énergie de transition choisir. Que conseillez-vous ?

Éric Croisé ‒ Le transport est en pleine révolution énergétique et la mixité d’énergie a déjà débuté avec ses conséquences : usage de camions thermiques pour la longue distance et décarbonés pour le transport urbain ; création de plates-formes en périphérie des villes pour transborder les marchandises sur des véhicules adaptés et réduction des solutions de livraison en ville et de l’espace de circulation. Nous sommes condamnés à cette mixité énergétique pour au moins dix ans et il me paraît important de ne pas engager toute sa flotte sur un seul choix.

Que préconisez-vous ?

Éric Croisé ‒ La première chose est de ne pas s’engager dans des énergies temporaires qui rendraient les véhicules invendables en fin de vie. Il faut s’assurer que l’énergie sera disponible à long terme et produite et consommable sur place afin qu’elle conserve son intérêt écologique. Il faut ensuite décider de l’énergie avec le client car, selon son activité, celui-ci pourra contribuer à assurer au transporteur une énergie accessible à long terme. Ainsi, une entreprise agroalimentaire s’impliquera volontiers dans les biocarburants issus de la biomasse, tandis qu’avec le traitement de ses déchets, la grande distribution sera plus favorable au gaz. Les pétroliers et les chimistes pourront fournir des carburants de synthèse comme le XTL, mais aussi du gaz ou de l’hydrogène. Les clients urbains, eux, pourront fournir de l’électricité.

La revente des véhicules en fin de vie compte-t-elle aussi ?

Éric Croisé ‒ Oui, et il faut voir cela avec le constructeur car il faut s’assurer que les véhicules auront un marché de revente. Les poids lourds au diesel se revendront toujours car ils serviront encore longtemps pour les transports longue distance en Afrique ou en Orient. Les poids lourds aux biocarburants réversibles dureront aussi longtemps que les camions thermiques. Les camions au gaz, eux, pourront être recyclés dans le transport régional grâce aux méthaniseurs locaux. Les poids lourds à hydrogène auront un avenir probable, mais il faudra attendre longtemps leur commercialisation. Les poids lourds électriques me semblent condamnés par la production limitée et la caducité rapide de leurs batteries.

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