Étude MMA : le risque routier professionnel continue d’être sous-estimé

D’après une étude menée par l’institut Ifop pour l’assureur MMA, le risque routier professionnel reste encore sous-estimé par les dirigeants et salariés d’entreprise en 2022.
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Étude MMA risque routier professionnel
© shutterstock

À l’occasion des Journées de la sécurité routière au travail, l’assureur MMA a révélé son enquête annuelle sur le risque routier professionnel en entreprise.

Pour l’assureur, l’institut Ifop a sondé un échantillon de 251 dirigeants d’entreprise, représentatif de sociétés françaises de 1 à 1 000 salariés (TPE, PME, ETI), par téléphone du 31 mars au 11 avril 2022. En parallèle, il a interrogé un échantillon de 501 personnes effectuant des déplacements professionnels au moins une fois par mois via un questionnaire en ligne, du 1er au 13 avril 2022.

Rappelons qu’en 2020, 356 personnes sont mortes d’un accident de la route lié au travail, d’après les chiffres de l’Onisr. Malgré une baisse de 12 % par rapport à 2019, les accidents de la route restent ainsi la première cause de mortalité au travail car ils ont représenté 31 % des accidents mortels en 2020.

Pourtant, d’après l’étude MMA, seuls 17 % des dirigeants et 33 % des actifs effectuant des trajets professionnels identifient le risque routier professionnel comme la première cause de mortalité au travail, soit + 1 point par rapport à l’édition 2021. Cette méconnaissance du risque routier demeure toutefois constante, comme le montrent les études réalisées par MMA depuis 2015.

Des actifs aux comportements à risque…

Le risque routier reste de fait bien réel. En effet, 42 % des actifs sont amenés à conduire dans le cadre de leur travail, soit une proportion stable depuis 2015. Plus précisément, 81 % utilisent leur véhicule au moins une fois par semaine, dont 50 % d’entre eux au moins une fois par jour.

Parmi les dirigeants, 6 % ont observé que leurs salariés ont davantage recours au véhicule personnel pour effectuer leur trajet domicile-travail, comme le montrait déjà une étude du loueur Enterprise. Toutefois, 22 % des actifs indiquent moins utiliser leur véhicule qu’avant le début de la crise (- 10 points par rapport à 2021). À l’inverse, 11 % l’utilisent plus qu’avant la crise (- 1 point).

En conduisant, 82 % des salariés affirment adopter des attitudes dangereuses. Dans les faits, 71 % disent ne pas respecter systématiquement les limitations de vitesse, 56 % utilisent leur téléphone au volant, 32 % somnolent, 28 % ne respectent pas les règles de priorité et 18 % conduisent après avoir consommé plus de deux verres d’alcool.

Depuis la mise en place de nouvelles limitations de vitesse à 30 km/h en ville ou à 80 km/h sur certaines routes départementales, 56 % admettent qu’il leur arrive plus souvent de ne pas respecter ces limites pour leurs trajets professionnels.

… expliquant la survenue d’accidents

Au sein de l’étude, 49 % des conducteurs affirment avoir frôlé l’accident (+ 6 points par rapport à 2021) et 19 % disent en avoir déjà eu (+ 1 point). En général, l’accident est imputable au manque d’attention (35 %) (- 12 points), au refus de priorité ou au non-respect d’un stop ou d’un feu tricolore (25 %, + 7 points), ou encore, à une vitesse excessive (12 %, + 2 points).

Par ailleurs, 42 % des actifs indiquent avoir reçu une amende (+ 4 points) et 36 % affirment avoir perdu des points sur leur permis (+ 7 points). Des sanctions attribuées après des excès de vitesse pour respectivement 69 % d’entre eux (+ 13 points par rapport à avril 2021) et 75 % d’entre eux (+ 10 points).

Des dirigeants mal informés…

Parmi les dirigeants, 33 % ne savent toujours pas que leur responsabilité peut être engagée en cas d’accident d’un salarié sur un trajet effectué dans le cadre de son activité professionnelle. Et 57 % qu’ils peuvent être aussi responsables dans le cas d’un trajet domicile-travail.

« L’étude MMA montre que l’importance du risque routier demeure sous-estimée, aussi bien par les dirigeants d’entreprise que par les salariés. Il est donc indispensable de poursuivre les efforts de sensibilisation en direction des entreprises. 41 % des dirigeants de TPE, PME et ETI ont d’ailleurs le sentiment d’être insuffisamment informés sur les enjeux et règles relatives au risque routier en entreprise. C’est pourquoi nous avons lancé une campagne de prévention de ce risque auprès des dirigeants et mis gratuitement à leur disposition des outils de sensibilisation pour leurs salariés », indique Cécile Lechère, en charge de la prévention des risques routiers chez MMA.

Cette démarche de l’assureur MMA s’inscrit dans le cadre des Journées de la sécurité routière au travail qui s’est déroulée du 9 au 13 mai 2022. L’occasion pour les entreprises telles que Orange et Socotec de mettre en avant leurs actions de prévention.

… et trop peu d’actions de prévention…

L’étude MMA met également en avant que seuls 18 % des dirigeants ont mis en place des actions de prévention du risque routier dans leur entreprise. Et, que 6 % ont planifié une action de sensibilisation au risque routier pour 2022.

Plus précisément, les actions de prévention restent minoritaires dans les TPE de moins de 10 salariés (15 %). En revanche, elles sont majoritaires dans les entreprises comptant plus de 250 collaborateurs (63 %). De même, seules 5 % à 11 % des entreprises de moins de 250 salariés ont planifié une action de prévention du risque routier pour 2022, contre 44 % des sociétés comptant plus de 250 collaborateurs.

À l’image de l’organisme mutualiste Mutualia, seuls 44 % des dirigeants indiquent avoir mentionné le risque routier dans le document unique de l’entreprise, ce qui est pourtant obligatoire. La mention du risque routier dans ce document unique reste également plus répandue dans les sociétés de plus de 250 collaborateurs (83 %) que dans celles de moins de 250 salariés à (50 %).

De leur côté, 23 % des actifs disent que leur entreprise a mis en place des actions de prévention « régulières » (- 6 points par rapport à 2015), tandis que 36 % avouent qu’elles sont « rares » et 41 % « inexistantes ». D’après l’étude, un quart des actifs ont déjà participé à une formation de sensibilisation aux risques routiers, une proportion stable depuis 2015.

… pourtant jugées prioritaires

Pourtant, les actifs voudraient que leurs entreprises fassent plus en matière de prévention routière. En effet, ils comptent sur leur employeur pour : organiser d’une journée sécurité routière (31 %), diffuser des messages de sensibilisation aux risques routiers (25 %) ou former à ces risques (25 %), instaurer d’une charte de « bonnes pratiques » au volant (23 %), réduire du nombre de déplacements professionnels (22 %), ou mettre à disposition des outils pédagogiques sur la conduite (18 %).

En termes de priorité, les dirigeants se trouvent surtout préoccupés par : l’alcool au volant (66 %), le suivi de la consommation de stupéfiants (46 %), des distracteurs (46 %), de la vitesse (22 %), du port de la ceinture de sécurité (13 %) et de la gestion de la fatigue au volant.

Privilégier le télétravail et les mobilités douces

Parmi les priorités à mettre en place par le prochain gouvernement pour lutter contre le risque routier, 36 % des actifs estiment d’ailleurs que le développement du télétravail constitue une solution pour lutter contre le risque routier. De plus, 35 % pensent qu’il faut mettre des solutions de transport alternatives à l’automobile, 34 % qu’il faut lutter efficacement contre la consommation d’alcool au volant, 32 % qu’il faut lutter contre les distracteurs de conduite, 27 % qu’il faut garantir le droit à la déconnexion pour les salariés durant leurs trajets professionnels et 9 % qu’il faut davantage limiter la vitesse de circulation.

De leur côté, 23 % des dirigeants affirment avoir incité leurs salariés à diminuer leurs trajets professionnels en voiture ou deux-roues motorisé. Par ailleurs, 13 % des dirigeants ont mis en place des solutions pour favoriser l’usage des mobilités douces comme le vélo ou la trottinette électrique. Un constat confirmé par 20 % des actifs.

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