Externalisation de l’entretien : une démarche économique

Les collectivités disposent très souvent de garages intégrés. Dans un contexte économique durablement tendu, cette solution est-elle la meilleure ?

- Magazine N°138
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Dans les grands services publics comme l’armée ou la DDE, on dispose d’effectifs, de moyens matériels non négligeables et de dotations budgétaires annuelles variables mais bien réelles. De ce fait, les véhicules, en nombre important, sont largement gérés en interne. Outre l’existence de structures et de personnels qui permettent depuis toujours aux grandes branches de la fonction publique de vivre le plus souvent (mais pas toujours, comme on le verra plus loin) de manière autonome, une autre réalité justifie que des garages intégrés perdurent : globalement, dit un expert sous le sceau de l’anonymat, les administrations désignées ont une autre raison de ne pas opter totalement -du moins actuellement- pour l’externalisation. Cette raison n’est autre que celle du vieillissement de leur parc. En LLD, les véhicules ne sont pas maintenus en fonction au-delà d’une certaine limite. Ce critère n’intervient pas comme une condition dans les parcs publics constitués de véhicules achetés et entretenus sur une longue période par des techniciens fonctionnaires. « Les administrations ont pris l’habitude d’acheter les véhicules plutôt que de les louer car, traditionnellement, leur durée de détention est très longue», remarque, de son côté, Olivier Rigoni, consultant en flottes automobiles.

Des arguments pour la longue durée

Toute externalisation naît d’abord de la volonté d’une collectivité souhaitant alléger ses charges salariales, son parc immobilier (les garages) et de disposer de véhicules récents tout à la fois, quitte à rémunérer des partenaires extérieurs : un investissement programmé et maîtrisé dans le cadre d’un budget global. Et au-delà du débat purement comptable, quand bien même des systèmes comme la LLD ne seraient pas perçus comme très rentables, il n’en demeure pas moins que ce genre d’option possède des avantages : le financement souple et sa gestion apportent beaucoup de facilités et ôtent des soucis quotidiens aux gestionnaires de parcs alors épaulés par des professionnels, assurent ces derniers. Par delà les débats idéologiques sur le devenir des emplois de la fonction publique, le côté doublement pratique et économique d’instruments comme la LLD est mis en évidence par les collectivités elles-mêmes. Ainsi, il arrive, indique Sylvain Schuler, Responsable du marketing opérationnel Diac-Location Overlease, que telle collectivité fasse figurer noir sur blanc dans ses appels d’offres LLD la notion d’économie. « Produire une économie » devient donc son exigence affichée.

Les collectivités intéressées par l’externalisation demandent, au minimum, l’entretien et l’assistance puis le véhicule de remplacement. Dans le cadre d’un contrat complet, elles se voient proposer bien plus que des voitures mais un « coût global d’utilisation des véhicules », précise Sylvain Schuler. C’est donc bien « le coût » qui devient l’argument final, coût d’autant plus sauvegardé que la question de la revente des véhicules (source de perte de temps et d’argent) ne se pose plus.

Le choix de la souplesse et du service

Concrètement, la ville de Bondy (93) mêle savamment la gestion intégrée et l’externalisation avec une croissance progressive du second poste. Ainsi que nous l’a indiqué Maurice Bataille, Responsable du parc automobile communal, sur la centaine de véhicules utilisés, 60 % sont en LLD sur la base de contrats de 5 ans et de 50 000 km/an et par véhicule.

Deux motifs président à cette mixité : d’une part, la réduction des effectifs de techniciens et, d’autre part, la volonté de profiter d’un dispositif attractif de par sa souplesse : « la LLD, c’est bien parce qu’en cas de panne, on nous prend tout de suite en main… et si la réparation dure, on a accès un véhicule relais. Enfin, si la panne est grave, le véhicule concerné est remplacé », explique Maurice Bataille. Pour lui, LLD signifie ainsi : « pas de soucis ».

Quant aux 40 véhicules encore traités en interne, ils sont plutôt anciens. Le garage municipal a les pièces de rechange adéquates, ce que n’aurait pas un prestataire extérieur. Mais compte tenu du vieillissement de cette partie de la flotte, la mutation vers la LLD devrait se poursuivre à raison de 10 à 12 unités par an, indique Maurice Bataille d’autant, constate-t-il, que l’avenir ne semble pas être forcément au recrutement de fonctionnaires territoriaux. On le voit ici, la LLD peut paraître plutôt adaptée aux collectivités qui n’ont pas de garage ou qui ont décidé de ne plus en avoir comme le remarque, en écho, Dominique Nowak, Directeur logistique de la ville de Troyes qui gère 400 véhicules.

Grande administration autonome mais ouverte

Toutefois, il existe de grandes exceptions montrant que les marchés publics sont complexes. L’attente d’une administration pourtant bien dotée en services intégrés peut être aussi ponctuellement orientée vers un service externalisé. A titre d’exemple, le Ministère de la Défense a lancé début 2008 un appel d’offres concernant : « l’exécution de prestations complémentaires de maintenance » d’un parc de véhicules de fonction. 492 véhicules sont concernés sur une durée de 48 mois. Les services demandés sont à l’image de ce que même une puissante administration peut requérir : opérations d’entretien curatifs, expertise, réparation, remplacement des pneumatiques, suivi et gestion des travaux de réparation et d’entretien du parc dont le dépannage et le remorquage des véhicules.

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