La filière hydrogène veut renforcer sa place dans la transition énergétique

Les acteurs de la filière hydrogène se sont réunis le 27 juin 2018 suite à la présentation du Plan Hydrogène par le gouvernement français. Avec un objectif : faire entendre leur voix à l’échelle tant régionale et nationale qu’européenne et pousser les expérimentations et la mutualisation.

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Plan hydrogene

Afin d’encourager industriels et collectivités à s’engager en faveur de l’hydrogène, l’Afhypac a organisé une journée de présentation du Plan Hydrogène mêlant annonces officielles de soutien et retours d’expérience. Annoncé le 1er juin dernier par le gouvernement, « le Plan Hydrogène est le symbole de l’engagement de l’État auprès des industriel, a ainsi déclaré en ouverture Michèle Pappalardo, directrice du cabinet du ministre de la transition écologique et solidaire. C’est un plan relativement précis mais encore en construction. »

Articulé sur trois axes, ce plan a tout d’abord pour objectif de faire changer d’échelle la production d’hydrogène renouvelable et de développer le marché des électrolyseurs en fixant des objectifs à l’industrie. Il vise ensuite à encourager l’usage de l’hydrogène pour certains types de mobilité, notamment celle des flottes professionnelles, en complément avec d’autres solutions comme le biogaz. Enfin, l’enjeu consiste également à décarboner le réseau gazier et à apporter de la flexibilité au système électrique via le stockage massif inter-saisonnier.

Un soutien financier limité

Ces actions exigent un soutien financier du gouvernement pour compenser le surcoût de la technologie. « Les appels d’offres sont en train d’être élaborés en collaboration avec le ministère, a annoncé Arnaud Leroy, président de l’Ademe. En interne, nous allons mobiliser les structures et les équipes pour profiter du momentum gouvernemental pour cette énergie. Nous n’aurons pas les sommes astronomiques vues au Japon, aux États-Unis ou en Chine, mais nous devons aller de l’avant. »

L’enjeu consistera donc à mutualiser les actions malgré des intérêts parfois contradictoires, notamment concernant la taille et le rythme du déploiement de l’hydrogène en France. « Il faut qu’on soit dans un dialogue constructif avec les régions afin de bénéficier de l’avance prise par certaines d’entre elles, a affirmé Arnaud Leroy. Se pose aussi la question des choix technologiques pour ne pas s’éparpiller. »

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Laurent Michel, directeur de la direction générale de l’énergie et du climat, s’est quant à lui engagé à lancer un appel à projets dès septembre 2018 a minima sur les axes électrolyse et mobilité. « Le développement de l’électrolyse pour la production d’hydrogène renouvelable va dépendre de la baisse du coût de l’électricité mais aussi de la baisse du coût des électrolyseurs », a en effet commenté Florence Lambert, directrice du CEA Liten et coordinatrice du plan « stockage de l’énergie » de l’Industrie du Futur.

Imposer l’hydrogène dans l’agenda industriel et gouvernemental

Les acteurs de la filière bénéficieront également du soutien de l’Afhypac. L’association compte pousser le sujet au sein des comités stratégiques de filière et notamment celui de la filière automobile, mais aussi auprès du gouvernement. Elle veut renforcer la place de l’hydrogène dans la loi d’orientation des mobilités et la loi de finances pour 2019, ainsi qu’au sein des schémas régionaux d’aménagement et de développement durable du territoire (SRADDT). L’Afhypac mise également sur les « engagements pour la croissance verte » (ECV), un dispositif non contraignant qui doit créer des effets de levier avec de premières signatures prévues d’ici la fin de l’année.

La conférence s’est terminée avec les témoignes du syndicat Morbihan énergies, du conseil régional d’Occitanie qui veut atteindre la production de jusqu’à 20 % d’électricité verte avec l’hydrogène comme vecteur, et enfin de la communauté de communes Touraine Vallée de l’Indre. « Nous avons un projet en trois étapes : créer une flotte captive avec une station hydrogène, fabriquer de l’électricité pour la production d’hydrogène vert, et enfin construire une station sur site. Un parc de 13 véhicules sera mis en service en septembre grâce notamment à Veolia et au CEA qui ont pris des voitures », a décrit son président, Alain Esnault.

Adapter le modèle « Zéro Emission Valley »

Et d’autres expérimentations devraient bientôt voir le jour. Pour développer la motorisation hydrogène au sein des flottes professionnelles, le groupement « Mobilité hydrogène France » de l’Afhypac souhaite adapter à 5 autres régions volontaires le modèle mis au point par la région Auvergne-Rhône-Alpes via le projet Zéro Emission Valley, parmi lesquelles la Bourgogne-Franche-Comté.

L’objectif : « donner aux professionnels tous les moyens de travailler comme avec des véhicules thermiques, a expliqué Fabio Ferrari, président de Symbio, en charge du groupement. Cela passera par les stations mais aussi par la maintenance. » À l’heure actuelle, seules les aides européennes et régionales permettent d’obtenir un véhicule hydrogène seulement 0 à 20 % plus cher que le diesel. « Mais quand on produira entre 50 000 et 100 000 véhicules hydrogène par an, il sera moins cher que le diesel », a affirmé Fabio Ferrari.