Filip Van Mullem, Directeur de Fleet Logistics, s'exprime sur la stratégie de la société

Filip Van Mullem, Directeur de Fleet Logistics, s’exprime sur la stratégie de la société

Spécialiste du fleet management, ou intégrateur de solutions de gestion de parc, Fleet Logistics est en pleine croissance : + 40 % avec un parc de 75 000 véhicules en Europe. Pour la France, son Directeur, Filip Van Mullem, parle du renouveau de l’entreprise et des missions déployées vers ses clients.

- Magazine N°134
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Flottes Automobiles : Fleet Logistics est en pleine croissance et en plein renouveau. Quelle en est la raison ?

Filip Van Mullem : Il y a en effet un nouveau Fleet Logistics depuis que nous avons pris la décision, il y a deux ans, de délaisser nos activités de conseil, et d’investir dans la gestion de parcs et dans des structures adaptées aux flottes européennes.

Nous nous sommes donné pour mission d’être des intégrateurs de solutions de gestion de parcs. Cela consiste à réduire et contrôler le coût total de détention d’une flotte que nous avons en gestion. C’est à notre sens, en matière d’optimisation de gestion de parc, l’étape suivante après celle qui a conduit les flottes automobiles à se tourner ces dernières années vers les loueurs longue durée.

Durant cette phase, beaucoup d’entreprises internationales ont fait le choix de ne conserver qu’un seul loueur pour l’ensemble de leur flotte. Et le message que Fleet Logistics développe en direction de ces entreprises est d’expliquer que d’un point de vue économique et financier, avec ce choix de gestion, celles-ci perdent un potentiel d’optimisation de l’ordre de 10 à 15 %. En effet, lorsque l’on demande à trois loueurs différents d’établir une cotation, on obtient toujours des prix très différents ; notamment en raison de la valeur résiduelle des véhicules. Cela se traduit par des écarts de 30 à 120 euros par mois et par véhicule. Pour un client qui gère 1 000 véhicules, le surcoût payé ne vaut pas le prix du confort obtenu en ne travaillant qu’avec un seul loueur.

F. A. : Quelle économie peut retirer une flotte de cette démarche ?

F. V. M. : De notre point de vue, à partir de 200 véhicules, il y a un réel intérêt pour une entreprise en location longue durée à travailler avec deux à trois loueurs. Car à partir de ce moment là, chaque nouveau véhicule est mis en concurrence. Avec cette démarche, les prix obtenus sont de 6 à 11 % inférieurs à ceux que l’on se procure en ne faisant appel qu’à un seul loueur. Mais Fleet Logistics ne se contente pas de mettre en concurrence plusieurs prestataires sur les prix. Pour le compte de nos clients, nous désolidarisons les différentes composantes des coûts de la location longue durée afin de gérer à part certains postes.

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Nous avons établi une feuille de route qui comprend 70 points d’optimisation d’une flotte. Chaque année, le gestionnaire de compte de Fleet Logistics prend deux ou trois de ces lignes d’action pour poursuivre l’optimisation de la flotte dont il a la gestion. L’idée que nous défendons cependant est que l’optimisation d’un parc automobile ne passe pas seulement par l’obtention du meilleur prix.

Enfin, nous intervenons aussi en terme de contrôle. Au niveau financier et économique en effet, il existe des formules de recalcul des prix durant la vie d’un véhicule qui tiennent compte des aléas tels que les accidents ou la fin de contrat. Ce sont là des coûts supplémentaires que l’on met sous contrôle. Pour cela, nous avons mis en place des outils pour vérifier ce qui est proposé dans la matrice envisagée initialement. Fleet Logistics intervient un peu comme un garde-fous pour les factures et les recalculs effectués durant la vie des véhicules. Ainsi,2 à 5 % du coût total de détention se situent hors factures. Un autre de nos atouts est la compétitivité. A titre d’exemple, nous nous efforçons d’obtenir les meilleurs coûts à tout moment sur les véhicules. C’est à dire qu’à tout moment, nous demandons les cotations des véhicules car cela évolue en permanence chez les loueurs.

F. A. : Comment intervenez-vous vis à vis de vos clients et quels moyens avez-vous mis en place ?

F. V. M. : Nous avons une organisation simple qui conduit chacune des branches de Fleet Logistics à gérer la branche du client considéré. En fonction de paramètres fiscaux notamment, nous devons avoir une intervention locale. Mais nous opérons dans tous les cas une consolidation qui s’effectue au niveau européen.

Lorsqu’un client prend la décision d’externaliser la gestion de son parc, nous devons dans un premier temps récupérer les informations de l’entreprise au plan local puis organiser la partie opérationnelle de chaque pays. Ensuite, nous réalisons la centralisation des données. Pour cela, nous avons développé Fleet.net. Il s’agit d’une base de données centrale et européenne qui intègre l’historique de chaque véhicule. Celle-ci nous permet de suivre tous les postes de coûts et de réaliser un reporting à l’échelon local ou européen. Nous avons également développé l’IVT, un système de vérification électronique des factures des fournisseurs et l’IVPO, un service qui autorise un conducteur en phase de renouvellement de son véhicule à avoir accès à un choix de véhicules.

F. A. : Quelles relations établissez- vous avec les loueurs ?

F. V. M. : Le sujet est sensible car quand les loueurs voient arriver Fleet Logistics, c’est le signe qu’ils vont devoir partager leur client. Mais il faut bien reconnaître que tous les secteurs travaillent souvent avec plusieurs prestataires. Nous tenons cependant à maintenir une relation de confiance avec les loueurs longue durée. Nous sommes là pour construire ensemble une chaîne de valeur au bénéfice du client. Et puis, il y aura toujours un contact et une relation directe du client auprès de son loueur. Notre mission consiste à rechercher le prix optimal, à faire de la qualité et à opérer des contrôles.

De même, nous ne sommes pas là pour provoquer le départ du gestionnaire de parc mais pour l’aider à mieux optimiser sa gestion. Notre vocation n’est pas non plus de sortir le gestionnaire de sa structure mais de l’aider à l’intérieur de celle-ci.

F. A. : Quelle est la taille de Fleet Logistics ?

F. V. M. : Fleet Logistics rassemble 185 personnes en Europe dont 18 en France où nous gérons un parc de 5 000 véhicules. En Europe, c’est un parc de près de 75 000 unités que nous avons en gestion et notre ambition est d’y adjoindre un volume de 20 000 véhicules supplémentaires l’année prochaine. Notre marché porte sur un potentiel de 350 000 à 500 000 véhicules en Europe.

Nos clients sont à la fois internationaux au travers de leurs sièges européens, mais aussi nationaux par leurs implantations locales. De même, nous visons les grandes flottes locales à partir de 200 véhicules dans des entreprises qui ont vocation à croître par la suite à l’échelle européenne. La plupart de nos clients ont déjà mené la rationalisation de la gestion de leur parc mais pas encore la consolidation européenne.

F. A. : Vous engagez-vous sur une baisse de coût de gestion de la flotte ?

F. V. M. : L’économie pour les entreprises se situe en moyenne entre 8 et 10 % mais la rationalisation a un impact principalement au début de notre intervention. Le plus difficile est de stabiliser cette baisse de coûts, c’est à dire contrôler cette optimisation de façon à ce que les coûts ne redémarrent pas par la suite.

Nous n’intervenons pas comme l’ont fait les « acheteurs », il y a quatre ou cinq ans, lorsqu’ils sont arrivés dans la gestion de flottes. Ils ont fortement réduit les coûts et attendus ensuite leur bonus de fin d’année. Notre approche est différente, nous devons expliquer qu’il y a plusieurs niveaux d’économie à maintenir pour gérer au mieux un parc automobile.

Notre plus ancien client est Mobistar en Belgique. Depuis 10 ans, nous nous focalisons sur les coûts, mais cherchons aussi à optimiser la gestion de ce parc avec des services et de la technologie.

F. A. : Comment analysez-vous l’effet Subprime (1), cette chute aura-t-elle un effet auprès des loueurs longue durée et en terme d’augmentation des loyers ?

F. V. M. : Je pense que oui. Toutes les entités contrôlées par les banques vont être mises sous pression dans les prochains mois pour qu’elles récupèrent de l’argent avec des modifications des taux d’intérêts. C’est le moment de surveiller de près les prix et ses postes de coûts, notamment lors des fins de contrats. A court terme, c’est l’impact de l’effet subprime sur les loyers ou sur les coûts que l’on va suivre, mais par la suite, il peut aussi conduire certaines banques à se désengager de leurs structures de location longue durée. On va voir si les banques sont toujours aussi intéressées par la LLD.

(1) Provoquant depuis cet été une crise financière notamment aux USA, les crédits « subprime » sont des prêts immobiliers accordés à des ménages américains aux revenus modestes ou n’offrant pas les garanties suffisantes pour bénéficier du taux d’intérêt le plus avantageux. Ce crédit immobilier est gagé sur le logement de l’emprunteur.

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