Financement de parc automobile : un choix complexe et subtil

Pour les artisans, l’enjeu du financement se résume à une seule question : faut-il acheter ou louer ? Derrière la simplicité apparente de cette alternative se cache une multitude d’interrogations : préférences du professionnel, coûts des modes de financement proposés et contraintes techniques liées au(x) véhicule(s). Quoi qu’il en soit, le choix est souvent arbitré par les exigences comptables de l’entreprise.

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Achat à crédit, location avec option d'achat ou crédit-bail, location longue dur

C’est un outil de travail dont le professionnel ne peut se passer ». Pour David Piget, responsable clientèle artisans à la Banque Populaire Loire et Lyonnais, le véhicule est si important dans de nombreuses professions artisanales – du BTP aux services –, que, parfois, les « artisans n’hésitent pas à racheter un autre véhicule en cas de problème, avant même de nous solliciter pour le financement ». Ou encore, de façon un peu plus raisonnée, à recourir à la location courte durée, une prestation qui s’avère beaucoup moins économique. Ces décisions un peu précipitées traduisent une volonté de répondre à un besoin urgent, mais illustrent également l’état d’esprit que l’on retrouve souvent chez les artisans qui ont un fort sentiment de propriété vis-à-vis de leur(s) véhicule(s). Et ce, parfois davantage que pour les autres équipements professionnels. « Il est important que les artisans et les professionnels ne se focalisent pas sur le choix de leurs véhicules lors de la constitution de leur plan de financement global », insiste Pascal Cherrier, directeur du service économique de la chambre des métiers et de l’artisanat (CMA) des Deux-Sèvres. Les CMA interviennent plus volontiers au moment où l’artisan crée son entreprise. Elles peuvent alors le conseiller pour financer l’ensemble de ses besoins. « Le véhicule représente l’un des postes d’investissement les plus importants », souligne Pascal Cherrier. Les artisans optent le plus souvent pour un prêt classique auprès d’un organisme bancaire. Éventuellement, ce crédit est assorti d’une subvention locale, régionale ou nationale. Mais Pascal Cherrier prévient les candidats : « Il ne faut pas croire que l’aide va arriver tout de suite. Il est indispensable de monter le dossier en anticipant le moment où cette aide va tomber ».

David Piget, responsable clientèle artisans à la Banque Populaire Loire et Lyonnais

David Piget, responsable clientèle artisans à la Banque Populaire Loire et Lyonnais

L’experience de l’occasion

Pour les artisans, anticiper est primordial. Cette vision à long terme est nécessaire non seulement quand ils lancent leur activité, mais aussi quand ils doivent renouveler leur(s) véhicule(s). Il faut dire qu’outre le fort sentiment de propriété qu’ils éprouvent vis-à-vis de leur(s) véhicule(s), de nombreux paramètres entrent en ligne de compte et viendront influencer leur décision. Et c’est un dosage de ces paramètres spécifiques à chacun qui va orienter les artisans et les professionnels vers tel ou tel type de financement.

En cas de renouvellement, l’artisan dispose d’un avantage : il a acquis une certaine expérience. Cet acquis va soit l’ancrer dans son habitude, soit au contraire le diriger vers un nouveau type de financement. L’expérience et les choix personnels sont des paramètres pourtant encadrés par un élément qui domine tous les autres : la santé financière et l’état de trésorerie de l’entreprise. Beaucoup vont ainsi sur le marché de l’occasion parce que les moyens disponibles ne leur permettent pas de faire autrement. De plus, de nombreux véhicules conservent une valeur d’usage importante qui les rend compétitifs sur le marché de l’occasion. D’après David Piget, « les artisans maîtrisent bien ces données pratiques et, en général, connaissent bien les valeurs de revente ». Sauf qu’il arrive que le marché se retourne. À titre d’exemple, il existait encore une forte demande pour les 4 x 4, car selon David Ganem, directeur commercial de Fast Lease, « ils conviennent aux terrains difficiles ». Mais aujourd’hui ces « véhicules ne correspondent plus aux exigences de sobriété du marché » et, de ce fait, sont difficiles à revendre.

Par ailleurs, l’argument souvent avancé par les loueurs selon lequel les artisans, grâce à la location longue durée, se trouvent débarrassés de la délicate question de la revente, n’est pas forcément l’un des plus décisifs tant ils sont rompus à cet exercice. Et ce, même si cela leur demande beaucoup de travail, de recherche et de négociation. Mathieu Holler, artisan spécialisé en isolation à Niort, dans les Deux-Sèvres, évoque « ses longues recherches », à travers internet notamment, qui l’ont mené en Vendée : « Il a fallu trouver le bon véhicule au bon prix et d’un concessionnaire à l’autre, les offres et les prix sont très différents ».

Mieux lisser les échéances

Toujours pour mieux gérer sa trésorerie, les artisans se tournent parfois vers le crédit- bail ou la location avec option d’achat (LOA). La seconde terminologie est utilisée pour les véhicules de tourisme et utilitaires alors que la première concerne tous les équipements, mais le principe reste le même. Le loyer est assorti d’une option d’achat en fin de contrat. L’artisan reste libre d’acheter ou non son véhicule. Avantage : la LOA permet de lisser les échéances. Ainsi, l’artisan peut les fixer en fonction de ses impératifs financiers et comptables. À titre d’exemple, il peut opter pour des loyers peu élevés avec une option d’achat plus onéreuse ou faire le choix inverse. Il peut également moduler les loyers en fonction du bilan de l’entreprise.

La LOA impacte la comptabilité de l’entreprise de manière importante car les loyers passent en charges sur le bilan. « Cela peut avoir un impact fiscal qu’il convient de valider au préalable avec son expert-comptable », explique Gérard Mallone, président de la Socama Loire et Lyonnais, l’une des 27 sociétés de caution mutuelle artisanale des Banques Populaires. Et d’ajouter : « Le choix d’un investissement est vraiment une affaire comptable et est tributaire du bilan de l’artisan ».

La fiscalité, la situation financière de l’entreprise et son bilan ne sont pas les seuls critères à prendre en compte. Gérard Mallone, qui a géré sa propre entreprise d’artisanat pendant une trentaine d’années, se souvient avoir multiplié les solutions de financement, de l’achat à la location longue durée (LLD), et pas seulement en fonction de critères comptables et financiers. « À une époque, le crédit était cher et obtenir un prêt constituait une aventure, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, explique-t-il. Je suis passé à la LLD parce qu’il n’était pas facile de revendre des véhicules, surtout pour les artisans qui ont tendance à les maltraiter. C’est aussi une solution de facilité puisque le loueur prend en charge de nombreuses démarches. Cela étant, la location longue durée a un coût élevé. »

Les artisans qui choissent la LLD sont encore peu nombreux. Ceux qui passent à l’acte le font après une longue réflexion et s’appuient sur des arguments solides. « C’est vrai, beaucoup sont encore à l’ancienne école », admet David Ganem. On achète, on emprunte, on revend, d’autant que les banques ne font pas trop de difficultés pour accorder des prêts quand il s’agit de financer un véhicule. « Si difficulté de financement il y a, cela concernera des postes plus importants pour l’activité de l’artisan », affirme en substance Gérard Mallone. Et les arguments souvent avancés par les loueurs – la facilité de gestion, le fait d’être débarrassé de la revente –, ne sont décisifs qu’à partir du moment où les loueurs parviennent à lever les craintes des artisans vis-à-vis de ce mode de financement réputé plus adapté aux flottes des entreprises de grande taille.

Ces craintes, c’est d’abord la délicate question des frais de remise en état. Comme on l’a déjà dit, les artisans utilisent au maximum leurs véhicules, lesquels reviennent parfois en mauvais état auprès du loueur. En fin de contrat, ce dernier est alors obligé d’appliquer des frais élevés.

Réduire les frais de remise en état

Conscients du problème, certains loueurs tentent de répondre à ces difficultés par des prestations qui permettent de rassurer les artisans et les professionnels. « Il existe plusieurs possibilités, évoque ainsi Axel Suel, responsable de la location longue durée chez Car’Go. Nous avons mis en place de nombreux partenariats avec des concessionnaires, réparateurs et carrossiers et ainsi, nous sommes en mesure de proposer des frais de remise en état minimes. Grâce à ces partenariats, il est possible de renégocier la durée du contrat et de le prolonger en intégrant les frais de remise en état tout en conservant le même loyer. Or, habituellement, les loyers baissent quand on prolonge un contrat de LLD. Autre solution : quand les frais de remise en état sont réellement très élevés, l’artisan peut racheter le véhicule. »

Éric Lelarge, directeur commercial d’ING Car Lease, explique également comment le loueur peut aider sa clientèle d’artisans : « Nous ne facturons pas de frais de remise en état, mais nous établissons une grille d’abattement qui transforme ces frais en dépréciation. Plus la durée et le kilométrage sont importants, plus la dépréciation l’est aussi. Cette solution garantit aux artisans de payer le juste prix au terme du contrat. » ING Car Lease fait appel à des experts indépendants pour évaluer l’état du véhicule. Pour ce loueur comme pour Car’Go, il s’agit d’être transparent face aux artisans qui sont déjà culturellement réticents à la location longue durée et aux frais élevés de remise en état. Les artisans hésitent également à choisir la LLD quand ils doivent aménager leur(s) véhicule(s). Les loueurs sontils capables de proposer des aménagements adaptées et ce, à des conditions commerciales attractives ? « Il y a beaucoup de fausses vérités à propos des véhicules spécifiques, argue Éric Lelarge. Les aménagements sont très résistants et peuvent durer une dizaine d’années. Dans ces conditions, les artisans souhaitent les transférer d’un véhicule à l’autre en fonction du rythme de la location. Mais les véhicules changent et, sous un même nom, on se retrouve parfois au bout de cinq ans avec un volume différent et de nouvelles contraintes. Le transfert des aménagements d’un véhicule à l’autre est complexe ». D’où la proposition du loueur d’intégrer ces aménagements au contrat de location pour la durée définie au départ. Les aménagements en question sont réalisés par les partenaires du loueur qui adaptent leurs interventions et les matériaux utilisés (acier ou bois) à la durée de vie du véhicule. « Cela évite de mobiliser de la trésorerie, renchérit Axel Suel, puisque Car’Go intègre également l’aménagement du véhicule au loyer si l’artisan le souhaite. » Or installer des rangements et des équipements dans son VUL représente un coût loin d’être négligeable. Mathieu Holler, qui a acheté son véhicule, a préféré en assurer lui-même l’aménagement tant les prestations des entreprises qu’il a consultées lui ont paru prohibitives.

De manière générale, les artisans qui s’intéressent à la LLD ont tout intérêt à être attentifs à la proximité. Didier Brière, artisan plombier dans la région lyonnaise, se dit très satisfait de l’écoute de l’équipe Car’Go avec laquelle il travaille.

Éric Lelarge, directeur commercial d’ING Car Lease

Éric Lelarge, directeur commercial d’ING Car Lease

La proximité reste cruciale

Si le loueur intervient par le biais de plates-formes téléphoniques, l’artisan n’affichera pas forcément la même satisfaction. Cette organisation peut devenir un élément discriminant dans la recherche d’un éventuel loueur. Les artisans doivent également rester vigilants sur la capacité des loueurs à leur proposer des prestations et des services qui correspondent à leurs besoins. Une exigence pas si évidente à être satisfaite car les grands loueurs ont des offres généralement conçues pour des entreprises qui disposent de flottes plus importantes.

Au-delà des questions des frais de remise en état et d’aménagement des véhicules, certaines prestations peuvent également les aider dans leur quotidien comme la mise à disposition de véhicules sur des périodes courtes. De nombreuses entreprises artisanales connaissent des périodes plus actives dans l’année. « À titre d’exemple, affirme Axel Suel, les professionnels du chauffage ont des besoins plus importants entre septembre et mars et nous pouvons mettre à leur disposition des véhicules pendant quelques mois et ce, à des conditions tarifaires similaires à celles des contrats de LLD. Ce n’est pas si simple car la location courte durée affiche toujours des tarifs plus élevés. Notre savoir-faire en matière de location courte durée, le premier métier de Car’Go, nous aide à construire des offres compétitives. » D’autres formules, qui associent courte et longue durée, sont proposées par certains loueurs. Ainsi, Fraikin propose une offre de location moyenne durée qui consiste à mettre à la disposition du client un VUL pendant un ou plusieurs mois avec une tarification, af f irme Michel Denis, président de Fraikin France, « légèrement supérieure à celle de la longue durée mais nettement inférieure à la courte durée ». Et d’ajouter : « Cette solution de financement sur une durée moyenne offre les mêmes services que ceux de la location longue durée. » Une formule hybride qui permet aux artisans d’adapter leur outil de travail aux soubresauts de la conjoncture économique.

Axel Suel, responsable de la location longue durée chez Car’Go

Axel Suel, responsable de la location longue durée chez Car’Go


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