Véhicules d'entreprise 2012-2013 : des offres au plus près des besoins

Financement du parc : des choix à construire

Indemnités kilométriques, acquisition, crédit, LOA ou LLD : quel que soit le mode de financement, la flotte automobile est souvent le deuxième poste de dépenses après les salaires, à réduire pendant les périodes difficiles. Zoom sur les principaux arbitrages des PME.

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Financement du parc : des choix à construire

Les PME de moins de dix salariés optent en majorité pour l’achat (45 %), 20 % recourent au crédit bancaire, 30 % sont en location avec option d’achat (LOA) et 6 % en location longue durée (LLD). À l’inverse, les parcs au-delà de 50 véhicules font toujours plus le choix de la LLD : 60 % des grosses PME font appel à ce mode de financement, contre moins de 50 % il y a deux ans. « La propriété reste le choix privilégié des TPE. Il y a une barrière psychologique entre l’achat et la location », souligne Robert Maubé, directeur du cabinet RRMC, conseil spécialiste de la gestion de flottes.

Des entreprises très courtisées

Premier constat : la crise pèse sur les intentions de renouvellement. « En 2009, la situation d’attentisme était générale. Les loueurs ont incité les entreprises à prolonger leurs contrats mais à un moment donné, il n’y a plus aucun intérêt à attendre », estime Jean-Loup Savigny, directeur général de la ligne de métier du loueur Arval France consacrée aux PME. Aujourd’hui, ce sont surtout les propriétaires qui hésitent à renouveler leur parc et à s’engager.

Loueurs, concessionnaires et banques se partagent un marché qui, même déprimé, reste plus porteur que celui des particuliers car les renouvellements sont plus rapides. Sur les trois dernières années, 50 % des véhicules neufs ont été achetés par des entreprises. « Au cours du premier trimestre 2012, en comparaison avec 2011, le nombre des immatriculations n’a baissé que de 2,6 % sur le segment du véhicule d’entreprise alors que le marché global a enregistré une chute de 19,5 %. Quant à la LLD, elle a connu sur cette période une croissance de 15 % », remarque Robert Maubé. Des chiffres qui ne laissent pas indifférents les loueurs. « Ce segment des PME, qui représente 2 millions de véhicules, n’est pas assez couvert par les loueurs », constate Jean-Loup Savigny.

De fait, pour des questions de simplicité, les entreprises optent généralement pour les indemnités kilométriques (IK) pour ne pas avoir à gérer leur flotte. Avec des limites. « Les indemnités kilométriques, cela revient souvent plus cher et ce n’est pas cohérent en termes de développement durable car les salariés veulent rentabiliser leurs véhicules. Il est alors difficile de les inciter à prendre le train pour un long déplacement. La voiture, c’est aussi une forme de rémunération. Pour recruter un commercial, il vaut mieux avoir un véhicule à lui proposer », note un responsable de la société Gaston Mille qui a acheté comptant ses quatre VP selon trois critères : les émissions de CO2, le coût de l’entretien et celui de l’assurance.

La marge de manœuvre de l’entreprise est surtout très limitée quand l’entreprise verse des IK. Outre le fait qu’il est complexe de vérifier le kilométrage déclaré par le salarié, l’entreprise ne maîtrise ni le choix du véhicule, parfois inadapté aux missions, ni son état mécanique. « Et cela impacte aussi l’image quand le salarié choisit une grosse cylindrée ou un 4X4 », ajoute Patrice Leroy, directeur associé du cabinet de conseil Expense Reduction Analysts (ERA).

Payer des IK ou gérer une flotte ?

La fiscalité est aussi devenue moins avantageuse depuis 2006. Les véhicules achetés ou pris en location par un salarié ou par le dirigeant sont soumis à la TVS (taxe sur les véhicules de société) si les IK dépassent 15 000 km par an. L’entreprise bénéficie aussi d’un abattement de 15 000 euros sur le montant total de la taxe. Pour leurs propres véhicules, les dirigeants pèsent le pour et contre. En effet, les IK sont exonérées d’impôt sur le revenu et des charges sociales. Elles sont également déductibles des résultats de la société, à condition de pouvoir justifier des frais engagés.

Pour faire le bon choix, « il faut intégrer dans le calcul l’ensemble des coûts : entretien, réparations et assurance, carburant et fiscalité », affirme Patrice Leroy. Même avec une flotte de taille moyenne, peu de sociétés pratiquent cet exercice car elles n’ont ni les outils, ni les données suffisantes.

Être propriétaire ou locataire ?

Selon Jean-Loup Savigny, « La LLD génère en moyenne une économie globale de près de 20 % par rapport à l’achat d’un véhicule ». Et le coût total de détention, en intégrant tous les postes, reste souvent sous-estimé. « Des entreprises optent pour le crédit en misant sur le fait qu’à l’issue de la période de remboursement, elles pourront conserver le véhicule. Mais au bout de quatre ans, les risques de pannes et de réparations augmentent », observe Guillaume Maureau, directeur général adjoint commerce et marketing d’ALD Automotive.

Autre paramètre à prendre en compte : le risque lié à la revente du véhicule si l’entreprise ne le garde pas jusqu’au bout. « Revendre, c’est du temps perdu et un risque supplémentaire », pointe Patrice Leroy, pour ERA. « Lorsque les sociétés ont déjà eu à gérer deux cycles d’achat et de revente, elles basculent progressivement à la LLD », poursuit-il, à moins de garder le véhicule jusqu’au bout. Pour ceux qui possèdent déjà un véhicule, les loueurs pratiquent le « lease back » : le propriétaire revend son véhicule à un prestataire, puis le lui loue, en se déchargeant des frais de gestion.

Des entreprises hésitent entre LOA et LLD, surtout pour financer un utilitaire. La capacité du loueur à proposer un équipement adapté aux besoins est alors déterminante. Les loueurs et les concessionnaires ont pour la plupart intégré cette demande, en s’associant avec des spécialistes comme Gruau ou Durisotti. Sous l’angle financier, tout se joue sur la valeur résiduelle qui est encore plus importante sur des utilitaires. « Celle-ci est intégrée dans le calcul de la LLD », répond Guillaume Maureau, mais de nombreuses entreprises craignent alors les frais de restitution.

« Pour une durée d’utilisation identique, la LOA coûte plus cher que la LLD car la valeur résiduelle calculée par le loueur est supérieure au tarif demandé pour l’option d’achat en fin de durée de location », avance Patrice Leroy. Le mauvais calcul est celui qui consiste « à prendre une LOA et à ne pas exercer l’option d’achat ou à renouveler peu de temps après avoir fait jouer cette option. C’est souvent le cas pour des commerciaux qui roulent plus de 25 000 km par an », complète cet expert.

Faire un choix entre LOA et LLD

Pour Patrice Leroy, le plus important, « c’est la loi de roulage : en dessous de 15 000 km par an, la LOA peut devenir intéressante car le véhicule, avec peu de kilomètres au compteur, peut encore rouler au bout de quatre ou cinq ans. En revanche, la LLD ne se pratique pas sur des durées plus longues car la valeur résiduelle chute au bout de cinq ans. »

Des PME profitent d’un excès de trésorerie pour s’équiper et amortir ensuite ces véhicules et préfèrent ainsi éviter d’alourdir leurs charges en payant un loyer, en LOA ou en LLD. Mais la majorité ont tout simplement des problèmes de trésorerie ou préfèrent employer leur « cash » pour financer des investissements liés à leur cœur de métier. D’autres n’ont pas obtenu le crédit nécessaire auprès de leur banque. Autant de situations qui poussent les PME à venir grossir les rangs des locataires.

Trésorerie : un premier écueil

« L’achat consomme de la trésorerie et, pour un véhicule particulier, de la TVA qui se paie sur la totalité du bien alors qu’en location, cette taxe ne s’applique que sur la durée de location. La valeur résiduelle du véhicule échappe à la TVA », explique Jean-Loup Savigny, d’Arval. En choisissant le crédit, la trésorerie est certes en partie épargnée et les dépenses plus lissées car le décaissement est progressif « mais les dettes pèsent sur le bilan et l’actif se déprécie rapidement car il faut retirer 20 % de la valeur du bien chaque année. Cela impacte négativement le bilan », constate Robert Maubé. Seule l’option de la location (LOA et LLD) permet de conserver sa capacité d’emprunt. Différence essentielle : en fin de LOA, « le véhicule passe à l’actif du bilan pour le prix de rachat et cela joue sur la valorisation de l’entreprise », ajoute-t-il.

Côté fiscalité, les loyers des véhicules en location (LLD ou LOA) passent dans les charges et sont déductibles du bénéfice imposable dans la limite de 9 900 euros pour les véhicules dont le taux d’émissions de CO2 excède 200 g/km et de 18 300 euros pour les autres. « Les petites sociétés passent souvent à la LLD pour des questions de confort, pour sécuriser leur flotte et s’éviter les soucis de la gestion. Elles y restent ensuite pour des raisons économiques », estime Jean-Loup Savigny.

Un constat valable avec les services. « Le taux de souscription est très élevé. Les petites entreprises recherchent l’efficacité, veulent externaliser les risques liés aux pannes et aux réparations, bénéficier d’un véhicule de remplacement, éviter les périodes d’immobilisation », souligne Guillaume Maureau, d’ALD Automotive. Les loueurs font désormais le choix de la simplicité : ils proposent en priorité des offres globales alors qu’auparavant ils faisaient la distinction entre location, coût d’entretien et coût d’assurance.

La LLD : une question de confort

De fait, ALD Automotive intègre automatiquement les pneumatiques, la maintenance et l’assistance dans tous ses contrats. Dans cette optique « seule l’assurance est à la carte et peut être retirée du pack », reprend Guillaume Maureau.

« L’intérêt des offres complètes pour les TPE est évident. Les dirigeants peuvent budgéter de manière prévisionnelle le coût de leur véhicule et, en cas d’accident ou de panne, ils sont sûrs d’avoir toujours un véhicule. Le forfait kilométrique peut évoluer à chaque instant en fonction des besoins et de l’activité », argumente Jean-Loup Savigny.

L’autre confort de la LLD, c’est celui de la fiabilité : « Le salarié roule avec un véhicule bien équipé, notamment en termes de sécurité, avec le radar de recul, l’EPS ou le GPS. C’est aussi l’assurance de réduire sa facture de carburant car les nouveaux véhicules sont de moins en moins gourmands. Des technologies comme le Stop & Start vont aussi dans ce sens », avance Pierre-Mathieu Lanfranchi, directeur de Citroën Business Finance. Un locataire change de véhicule en moyenne tous les 41 mois, un propriétaire tous les sept à huit ans.

Enfin la LLD « est un outil de maîtrise des coûts car nous avons les compétences nécessaires en interne. Vis-à-vis des constructeurs, nous pouvons aussi jouer sur les volumes lors des commandes », expose Jérôme Martin, président de Parcours, spécialiste de la LLD avec un portefeuille composé à 40 % de PME.

Pour ceux qui hésitent à s’engager, des prestataires proposent la location en moyenne durée, comme ShortLease chez LeasePlan ou Louveo chez Arval. Une offre qui répond aussi à des besoins divers : CDD, périodes d’essai, intérim, chantiers ou missions ponctuels, etc. Certes, il s’agit souvent de véhicules d’occasion. En effet, avec la LLD, le loueur lisse sur la durée l’investissement d’un véhicule neuf sur quelques années et il amortit la forte dépréciation subie la première année du contrat. Une optimisation impossible sur des durées de moins de 24 mois.

La LMD, solution intermédiaire

La demande stimule l’offre et l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché comme Fast Lease qui s’adresse aux micro-flottes. Ce loueur, qui fête ses dix ans, propose un système mixte entre la LOA et la LLD. « Si le client souscrit à un contrat de 90 000 km sur 3 ans et n’a fait que 45 000 km à la fin de son contrat, il sera plus intéressant pour lui de racheter la voiture ou de poursuivre son contrat de location », note ce loueur. C’est aussi une option quand le véhicule est endommagé et que les frais de restitution s’avèrent trop élevés. Mais attention aux coûts cachés de certaines options qui offrent beaucoup (voire trop) de souplesse ! Parmi les bons conseils : se renseigner au départ sur les coûts en cas de modification de contrat et sur les barèmes pour les frais de restitution.

Face à la richesse des offres de location, le lien avec le client se veut déterminant. Dans ce cadre, les concessionnaires offrent « l’atout de la proximité », comme le rappelle Pierre-Mathieu Lanfranchi, dont la marque Citroën est présente sur 450 points de vente. Le dirigeant de PME, qui n’a pas besoin d’offrir un vaste choix de plusieurs marques à ses collaborateurs, préfère le lien direct avec son voisin concessionnaire, pour bénéficier d’opportunités et de conseils.

Des loueurs comme Arval ou ALD Automotive misent sur leurs liens étroits avec les réseaux bancaires, l’un avec BNP Paribas, l’autre avec la Société Générale. D’autres comme Parcours mettent en avant leur réseau. « Avec dix-huit agences déployées dans treize villes, nous pouvons faire du sur mesure en fonction des besoins des clients », souligne Jérôme Martin.

Bien définir les besoins en amont

« L’important, c’est de définir les besoins avec le client et d’effectuer un bon diagnostic », complète Pierre-Mathieu Lanfranchi. Il ne faut pas seulement financer mais opter pour le bon véhicule, adapté à l’usage et aux métiers de l’entreprise, peu gourmand en carburant et en fiscalité. Les loueurs peuvent aussi aider les PME à faire les bons choix et à baisser leurs coûts d’utilisation. « Dans un contexte difficile, ces TPE-PME sont en effet bien souvent sous pression. Celles qui ont un besoin évident de véhicules recourent à la LLD, pour les raisons évoquées plus haut », pointe Stéphane Crasnier, directeur commercial et marketing du loueur Alphabet France. D’autres choisissent de remettre en cause leur contrat de LLD, de crédit classique ou de LOA. « Dans ce cas, nous cherchons à bien comprendre pourquoi ce client prend cette décision et nous essayons de lui proposer une alternative, par exemple en prolongeant le contrat », poursuit Stéphane Crasnier.

Dernier argument en faveur de La LLD : la capacité à accompagner les clients intéressés par les véhicules électriques. Des modèles qui restent chers mais intéressants fiscalement. « La LLD permet de découvrir ces modes de déplacement sans se lancer dans une acquisition et donc de limiter le risque financier et technique. Elle apporte aussi l’accompagnement nécessaire et le conseil de spécialistes, détaille Guillaume Maureau. De nombreuses PME ont une activité qui s’y prête avec un nombre de kilomètres parcourus dans une journée, inférieur à l’autonomie offerte par les nouveaux modèles », conclut le responsable d’ALD. À suivre…

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