Financement – Louer pour rester souple

Face aux problèmes de trésorerie et à la frilosité des banques, les TPE et PME font de plus en plus appel à la LOA et à la LLD. Avec des offres packagées et du « sur mesure », ces formules offrent aussi un avantage : le paiement d’un loyer qui permet de lisser les coûts.
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Financement - Louer pour rester souple

Pour une PME, investir dans un véhicule reste une dépense importante qui pèse sur la trésorerie. La question du financement est donc essentielle. Quatre solutions s’offrent au chef d’entreprise : l’achat au comptant, le crédit bancaire, la location avec option d’achat (LOA ou crédit- bail) ou la location longue durée (LLD). Un casse-tête pour de nombreuses PME. « Si j’ai de l’argent, j’achète un nouveau véhicule, autrement, je patiente », expliquent souvent les plus petites structures. Une solution qui monopolise une partie de la capacité financière de la société et peut obérer d’autres investissements.

La crise favorise la location

Gérard de Chalonge, directeur commercial d’Athlon Car Lease
Gérard de Chalonge, directeur commercial d’Athlon Car Lease

« De nombreux patrons de PME, notamment en province, sont attachés à leur patrimoine et ont un fort instinct de propriété. D’où le choix de l’achat au comptant ou du crédit. Et ils cherchent à emmener leurs véhicules jusqu’au bout. C’est une question de culture. Mais la conjoncture économique joue aussi dans ce choix. Avec la crise et les contraintes de trésorerie, certains ont désormais plus recours à la LLD », note Gérard de Chalonge, directeur commercial d’Athlon Car Lease. La trésorerie est un critère majeur et les entreprises cherchent alors à lisser les échéances.

Citroën Business Finance note une croissance de la LOA et de la LLD, essentiellement chez les petites et moyennes clientèles. Même constat à la Banque Populaire du Nord : « L’achat comptant et le crédit classique sont en recul ». Chez Citroën Business Finance, les PME-PMI représentent 47 % du portefeuille de clients en LLD, soit une hausse de 18 % en un an. Les faibles taux de crédit ont aussi joué en faveur de la LOA et de la LLD. « Mais ils vont commencer à grimper. Nous conseillons à nos clients de renouveler leurs contrats avant 2012 pour éviter la hausse des coûts de refinancement », souligne Olivier Monot, directeur général d’ING Car Lease.

Les organismes de crédit deviennent aussi plus frileux. « Le fait de rester propriétaire du véhicule, ce qui est vrai avec la LOA, demeure une garantie pour les banques. En cas de dépôt de bilan et de reprise de l’activité de l’entreprise, la poursuite d’un crédit classique est rarement retenue, alors que l’administrateur du bien rend souvent obligatoire celle d’un crédit-bail. Ce type de contrat est ainsi plus facilement accepté », explique Thierry Lerouge, directeur du département crédit-bail à la Banque Populaire du Nord. L’aspect comptable est aussi à prendre en compte : « LOA ou LLD, le loyer passe en charges. Mais dans le cadre de la LOA, le véhicule passe dans la comptabilité hors bilan, ce qui limite les capacités de l’entreprise pour d’autres investissements », ajoute-t-il.

 

La LOA s’adapte aux besoins

Selon Pierre-Mathieu Lanfranchi, directeur de Citroën Business Finance, « La LOA offre une plus grande souplesse sur les loyers. Le premier apport peut-être majoré (au maximum 30 % de la somme totale), ce qui offre un avantage fiscal la première année ». « Les PME renouvellent moins souvent leurs véhicules. La LOA s’adapte alors mieux à leurs besoins, les contrats pouvant aller jusqu’à 48 mois alors qu’ils ne dépassent guère 36 mois en LLD », complète Henry Gascuel, directeur délégué de Diac Location, qui estime que les contrats en LOA ont augmenté de 40 % en 2010, la hausse étant très marquée chez les PME.

Pour ces petites structures, d’autres paramètres entrent en ligne de compte : le kilométrage parcouru, le métier, le type de véhicule recherché et les services attendus. En effet, un véhicule financé à crédit ne bénéficiera pas d’un service d’entretien et l’entreprise prend alors le risque d’avoir un véhicule immobilisé. « Avec les utilitaires, il faut également penser à l’aménagement. Les petites transformations sont plus facilement amorties en LLD que les aménagements lourds », précise Pierre-Mathieu Lanfranchi. Autre critère : la possibilité de garder le véhicule à la fin du remboursement. Si celui-ci a connu des transformations significatives et spécifiques à l’activité, l’entreprise aura alors tout intérêt à passer par le crédit ou la LOA et à conserver son véhicule en fin de contrat. En revanche, la formule de la LLD sera plus adaptée pour un véhicule particulier employé par un commercial qui roule beaucoup.

Le principal frein à la LLD réside dans les frais de restitution. « Pour un utilitaire employé dans les travaux publics, qui comprend des aménagements et risque de subir une forte usure, nous conseillons la LOA avec un tarif sur trois ou quatre ans et une valeur résiduelle standard de 1 %. Cela évite les mauvaises surprises que peut entraîner la LLD lors de la restitution et les frais de remise en état. La LOA est aussi plus adaptée aux petits kilométrages », argumente Thierry Lerouge. Un argument auquel répondent les spécialistes de la LLD. William Duchange, responsable marketing et communication de LeasePlan, préfère parler de « frais de dépréciation ». « Le contrat doit être transparent, détaillant ce qui est toléré et ce qui n’est pas accepté. Pour une portière abîmée sur un véhicule qui a roulé 36 mois avec 60 000 km au compteur, nous ne réclamerons pas le prix d’une nouvelle portière. Nous appliquerons une décote », décrit-il.

 

Revente ou frais de restitution ?

Olivier Monot, directeur général d’ING Car Lease
Olivier Monot, directeur général d’ING Car Lease

Lease Plan et d’autres acteurs de la LLD laissent aussi le choix au client : il peut rendre le véhicule ou le conserver, moyennant une somme fixée au départ et inférieure au prix de l’argus, pour que l’opération soit avantageuse. « Avec la LLD, le client délègue et ne prend pas en charge la revente. Or, le marché de l’occasion, notamment sur les VP, a subi deux crises majeures en 2005 et 2008. En outre, les entreprises ont peu de visibilité sur leur activité en temps de crise », pointe Olivier Monot, d’ING Car Lease. Dans ces conditions, mieux vaut ne pas être propriétaire de son véhicule, soulignent les spécialistes de la LLD.

Pour les loueurs, le maître mot reste en effet la souplesse. « Les entreprises ont une certaine vision de leur activité, mais au fil des mois, cela peut évoluer. Chez ING Car Lease, avance Olivier Monot, nous avons mis en place une grille de fluidité, très transparente. Ce qui permet, en fonction de l’utilisation, de modifier le kilométrage et la durée ». Ainsi, en cas d’usage limité et d’allongement de la durée, le loyer baisse, ou bien augmente dans l’hypothèse contraire.

Dans le cadre de la LLD, le loueur doit surtout pouvoir offrir du « sur mesure » pour être attractif. « Selon les besoins, nous pouvons marquer le véhicule aux couleurs de l’entreprise ou faire réaliser des aménagements spéciaux. Pour l’aménagement des VU, nous sommes en relation avec tous les spécialistes comme Gruau, Durisotti, etc. », indique Pierre-Mathieu Lanfranchi, de Citroën Business Finance. Le chef d’entreprise a le choix : opter pour un aménagement réalisé par l’intermédiaire de son loueur et intégrer ce coût dans le loyer, comme le proposent LeasePlan et ou Car Lease, ou gérer seul les installations. Cette dernière option fait bien sûr baisser la note mais celleci n’est pas étalée sur la durée de la location.

« Avec le client, nous identifions ses besoins. En tant que loueur multimarque, nous pouvons l’aider à trouver le véhicule le plus proche de ses besoins et, pour un VU, à identifier le plus adapté selon la hauteur de plafond et la largeur de la caisse nécessaires. Le client évite alors les aménagements supplémentaires », souligne William Duchange, pour LeasePlan.

Du « sur mesure » pour les VU

Un argument repris par Diac : « Renault a la gamme la plus importante en VU, ce qui aide à trouver la bonne réponse », note Henry Gascuel. Une « captive » d’une marque comme la Diac pour Renault, a aussi plus de facilités pour trouver rapidement le bon véhicule de remplacement lors d’une panne ou d’un accident. Mais les loueurs comme LeasePlan ont trouvé la parade : un contrat de partenariat avec Europcar « afin de fournir un véhicule de remplacement adapté au métier et le plus proche possible du véhicule utilisé ».

LeasePlan conseille aussi les entreprises dans le domaine de la sécurité : « Une benne contenant du sable pèse jusqu’à dix fois plus s’il pleut. Il peut être intéressant de conseiller un système de couverture ». Autre « plus » en matière de service et de proximité : des formations spéciales à la conduite. « Un livreur doit adapter sa conduite à son chargement. Son véhicule n’aura pas le même comportement à vide ou chargé de 500 kg de matériaux », prévient William Duchange.

 

Identifier le coût total de la prestation

Henry Gascuel, directeur délégué de Diac Location
Henry Gascuel, directeur délégué de Diac Location

Si les PME recherchent souvent du « sur mesure », elles apprécient aussi les offres packagées qui incluent le maximum de prestations afin, notamment, d’éviter la gestion de l’entretien et de mieux identifier le coût total de l’investissement. Le loueur ou l’organisme de crédit se doivent donc de pointer du doigt une réalité : ce coût ne se limite pas au financement. La Diac propose ainsi ses packs Reflexe (forfait kilométrage/ durée, entretien, maintenance, assistance, mise à disposition d’un véhicule en cas d’immobilisation et garantie perte financière), Prudence (pneus inclus) et Exigence (carburant inclus). « Le besoin des PME pour les VP ne fait que renforcer notre stratégie d’offre sur mesure en termes de mobilité, incluant l’entretien, les pneus, un véhicule de remplacement et de nouvelles approches de type éco-conduite et sécurité routière », énumère Henry Gascuel.

Même démarche chez Citroën Business Finance avec le « prêt à louer » ou chez Lease Plan avec le Pack Pro « qui correspond à environ 90 % des besoins et nous permet de proposer des tarifs négociés et donc avantageux », affirme William Duchange. De son côté, ING Car Lease a créé une offre packagée. Réservé aux flottes de 1 à 30 véhicules, ce Pack Automobilité® propose une LLD « full service ». « Le chef d’entreprise a peu de temps pour la gestion de ses véhicules. Avec la LLD, il se repose sur des professionnels et se consacre pleinement à son activité », confirme Olivier Monot. L’assurance peut aussi être proposée par le loueur : « Nous sommes bien placés sur l’assurance tous risques car nous négocions des tarifs groupés », ajoute le responsable d’ING Car Lease.

Des offres en « prêt à louer »

Des prestations comme l’assurance, l’entretien ou la garantie perte financière peuvent aussi être proposées en LOA. En outre, il faut anticiper les éventuelles charges futures qui pourraient peser sur la trésorerie d’une petite entreprise. « Tous nos contrats de LLD incluent l’entretien. Car en cas de gros pépin sur le véhicule, impliquant par exemple un changement de moteur, la note peut atteindre 4 000 euros. Sans garantie d’entretien, celle-ci est alors à la charge du client locataire », conclut Antoine Godest, chargé d’affaires pour Natixis LLD.