Flottes Automobiles crée l’événement

Le 8 décembre, Flottes Automobiles organisait deux conférences autour du véhicule d’entreprise à l’Automobile Club de France. Au menu : optimisation des coûts et innovation. À l’issue des conférences, les responsables de flotte et des achats ont pu partager leurs réflexions autour d’un buffet, avec vue sur une place de la Concorde recouverte de neige.

- Magazine N°165
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En partenariat avec : Arval, Michelin, Peugeot, TomTom et Véhiposte

Dans nos contrats de location longue durée, 80 % des couples durée-kilométrage ne sont pas respectés. Dans ces conditions, nous devons inventer des grilles et des tableaux pour avoir une notion des coûts à l’avance ». Baudouin de Mégille, directeur de Veolia Environnement Gestion Automobile (VEGA), a ainsi expliqué les difficultés rencontrées pour faire baisser le TCO de ses 30 000 véhicules en France. Et de préciser : « Le coût d’utilisation intègre le carburant et les consommations diverses qui s’envolent avec le nombre de kilomètres parcourus. Dans ces conditions, optimiser sa flotte va beaucoup plus loin qu’obtenir une remise importante de la part des constructeurs ». Pour faire baisser la facture, Veolia Environnement adopte les nouvelles technologies proposées par les constructeurs, remplace les véhicules par anticipation et expérimente l’éco-conduite.
Depuis quelques mois, l’État travaille également à optimiser ses flottes. « Nous partons de loin, a concédé Jean-Baptiste Hy, directeur adjoint du service des achats de l’État (SAE). Il est difficile de faire comprendre aux agents que les véhicules ont un coût ». Pour faire baisser la facture globale, l’État achète ses véhicules auprès de l’Ugap, la centrale d’achat public, qui obtient des conditions privilégiées. Autre axe de travail, un marché de gestion des flottes passé avec ALD Automotive est en déploiement. « Avec cette externalisation, nous allons gagner 20 % sur les coûts d’utilisation », a repris le représentant de l’État. En outre, le nombre de VP devrait être réduit de 60 000 à 50 000.

La puissance du moteur ne reflète pas les compétences

Autre mesure : descendre en gamme. « Cette décision n’est pas très populaire, a regretté Jean- Baptiste Hy. Mais les mentalités évoluent et il est de plus en plus admis que l’autorité n’est pas proportionnelle à la taille de l’automobile ». « Chez Altran, a poursuivi Nicolas Rousseau, directeur des achats et des systèmes d’information, nous avons aligné la car policy sur le TCO qui inclut la TVS pour 2 000 véhicules en Europe. Les collaborateurs doivent choisir entre une option de confort et une puissance supérieure. Cela a pris quatorze mois mais désormais, cette stratégie est entrée dans les moeurs ».Quant au conseil général de la Moselle, il a lancé plusieurs mesures pour diminuer le coût de ses 450 véhicules : baisser en gamme, délaisser l’essence pour le diesel, construire un pool pour les véhicules de service, autoriser le remisage à domicile pour les cadres qui ont une réunion proche de leur domicile le lendemain matin… « Nous avons aussi décidé de renforcer le contrôle de la sinistralité, a ajouté Thierry Fristot, chef de la division des achats et de la logistique. Dès qu’un accident survient, nous organisons un rendez-vous avec l’agent concerné et nous l’informons du montant des réparations. Cette démarche marque les esprits ».

Un point de vue complété par TomTom Work. « Avec notre solution, le taux d’utilisation des véhicules remonte. Grâce à l’optimisation des trajets, il est possible de baisser le coût d’usage de la flotte, sans limiter le nombre de véhicules », a avancé Guillaume Roupsard, key account manager pour le spécialiste de la géolocalisation.

« L’ensemble de nos clients n’agit pas sur les mêmes coûts. Mais nombre d’entreprises cherchent à optimiser les coûts d’acquisition alors qu’ils ne représentent que la moitié du TCO. Le coût de fonctionnement est tout aussi important, a noté Jean-Loup Savigny, directeur commercial et marketing d’Arval. Par exemple, la location longue durée génère un gain de 20 % sur les coûts d’entretien. Et nous disposons d’outils pour raisonner en termes de TCM (Total Cost of Mobility) en intégrant les coûts de taxi, de location courte durée… »

Le seul prix d’achat ne fait pas le coût complet

« Mais il ne faut pas négliger la dimension humaine de la flotte. Les collaborateurs sont valorisés par les véhicules. Une illustration : un directeur commercial a fait progresser de 15 % son chiffre d’affaires la première année où il a mis au point un système d’attribution des véhicules en fonction des performances de ses équipes », a complété le représentant d’Arval.

Harmoniser les car policies à l’échelle internationale et établir un pilotage centralisé génèrent aussi des économies. En 2006, Altran travaillait avec 21 loueurs sur le territoire européen. Un chiffre ramené à trois et 80 % de la flotte européenne de la SSII roulent aujourd’hui sous les couleurs de ces trois marques. « Cette rationalisation nous a amenés à gagner 10 % sur le premier appel d’offres auprès des loueurs », a souligné Nicolas Rousseau. Veolia Environnement mène pareillement un travail d’uniformisation de sa flotte internationale qui a débuté par la mise en place d’un seul courtier et d’un seul assureur pour couvrir les risques dans neuf pays européens.

Des innovations pour une mobilité plus durable

Autre thème abordé lors de cette conférence : les technologies innovantes dont bénéficient les véhicules. « Quand le TCO est devenu un vrai sujet, nous avons développé de nouveaux moteurs et employé des matériaux innovants innovants pour faire baisser ce coût, a rappelé Francis Harnie, directeur de Peugeot Professionnel France. Des technologies inédites vont aussi se démocratiser dans les mois qui viennent. Ainsi, avec l’e-HDi, nous proposons un système Stop & Start de deuxième génération. Enfin, la Peugeot iOn est le premier véhicule électrique à être commercialisé. L’ensemble de nos clients grands comptes s’y intéressent ».
Romain Meyer, chef de service du garage départemental du conseil général de la Moselle, a rappelé que l’innovation technologique vise avant tout à préserver l’environnement. Les collectivités territoriales ont depuis longtemps expérimenté la contrainte des émissions polluantes avec la loi sur l’air qui leur impose 20 % de véhicules propres dans leur renouvellement. « Nous avons référencé des véhicules GPL, a énuméré Romain Meyer, mais le succès escompté n’est pas au rendez-vous puisque ces modèles tournent à 95 % à l’essence. Nous avons décidé d’abandonner progressivement ce carburant et de généraliser le diesel qui nous permet d’avoir une approche environnementale plus rationnelle. Nous nous intéressons aussi au diester et aux moteurs hybrides. Enfin, nous sommes en phase d’expérimentation de véhicules électriques. L’autonomie est de 100 km alors que 130 sont annoncés par le constructeur ».

Loueur interne du groupe La Poste, Véhiposte est partie prenante dans l’appel d’offres lancé pour l’achat de 50 000 véhicules électriques par une vingtaine d’entreprises, administrations et de collectivités françaises. « Nous sommes en phase de négociation avec les industriels pour que le TCO de ces modèles soit comparable à celui des modèles thermiques, a précisé Régis Morisson, directeur général de Véhiposte. Nous attendons aussi des réponses sur la maintenance et la longévité des batteries. En moyenne, nos véhicules parcourent 45 km par jour, ce qui demande une autonomie inférieure à celle  annoncée par les constructeurs. Nous ne passerons pas à l’acte à n’importe quel prix car nous attachons beaucoup d’importance à la baisse des coûts ».

Quelle valeur résiduelle pour les véhicules électriques ?

Yves Rousselle, directeur de BF Forecasts France, a posé la question cruciale : « Quelle est la valeur résiduelle d’un véhicule électrique ? » Les réponses restent en effet floues quant au devenir d’un marché de l’occasion pour ce type d’énergie. « Comment le particulier appréhendera-t-il ce véhicule ? Il va être difficile de le convaincre d’acheter un VO électrique. Les constructeurs devront le rassurer », a-t-il poursuivi.

Sur ce point précis, Francis Harnie a apporté une réponse : « À une entreprise, nous louons la Peugeot iOn 499 euros par mois pendant quatre à cinq ans. Ensuite, nous louerons à nouveau le véhicule et ce, probablement à des particuliers, jusqu’à ce qu’il atteigne huit ans d’existence. De plus, dans cinq ans, les volumes auront augmenté et les coûts partiront à la baisse. De 30 000 euros en moyenne, le prix d’un véhicule électrique devrait passer à 18 000 euros dans quelques années ».

Le véhicule électrique n’en souffre pas moins d’incertitudes liées à son coût et à sa fiabilité sur le long terme. « Pour lever les doutes, il est important de créer une expérience, a analysé Yves Rousselle. Pour construire cette histoire, un marché moins « sexy », celui du véhicule utilitaire léger, est très prometteur. Il existe un vrai besoin. En outre, bien souvent, le dernier kilomètre est effectué en centre-ville où les accès sont réglementés et où des taxes seront appliquées pour les véhicules thermiques. Avec une flotte de VUL, l’entreprise peut aussi avoir un dépôt où les véhicules sont rechargés le soir. Enfin, les tournées sont connues à l’avance, ce qui évite d’être bridé par l’autonomie des batteries ».

La question de la recharge électrique

Néanmoins, avant de s’engager massivement, Véhiposte attend de lever certains doutes. Ainsi, la filiale de La Poste souhaite que le réseau d’infrastructures de recharge offre toujours d’une solution à moins de 10 kilomètres de distance. La capillarité du réseau d’après-vente est également en question.
Dans ce contexte, Olivier Dupont, responsable des flottes tourisme camionnettes pour la France de Michelin, a constaté que les entreprises attendent de plus en plus des services sur mesure de la part leurs fournisseurs. « C’est pourquoi nous devons proposer des services innovants qui viennent en résonance avec la qualité de nos produits. La demande tourne autour de l’environnement, de la longévité des produits et de la réalisation d’économies. Un diagnostic des pneumatiques réalisé au sein d’une flotte amène à vérifier la pression, critère qui influe sur la longévité des enveloppes, sur leur comportement et sur la consommation de carburant ». Les pneumatiques n’échappent pas à la règle : l’heure est à l’optimisation et tous les postes de dépenses font l’objet d’une traque acharnée.

Gestion des flottes : un métier en pleine évolution

Le métier de gestionnaire de flotte se veut de plus en plus technique. « Le gestionnaire se situe au centre de la stratégie de l’entreprise, auprès des achats, des directions opérationnelles, des ressources humaines et des systèmes d’information. Et autour de la fonction, les contraintes ont énormément évolué. Après le glissement du prix au coût, le changement de fiscalité a constitué un accélérateur très puissant. Nous sommes passés à un vrai métier », a ainsi détaillé Yves Rousselle, pour BF Forecasts.

Un point de vue confirmé par Francis Harnie, de Peugeot Professionnel France : « Dans les grandes entreprises, les gestionnaires ont rejoint les directions des achats, avec de nouvelles pratiques dont les enchères en ligne. Avec la crise, les affinités entre constructeurs et clients sont de même remises en cause. Et les clients, qui recouraient auparavant aux trois constructeurs nationaux, n’hésitent pas à se limiter à deux constructeurs. Le prix est bel et bien au premier rang ».