Flottes automobiles – Le développement durable en retrait

Au centre des préoccupations en 2010, le développement durable au sein des flottes marque un relatif retrait cette année. mais le « verdissement » des parcs, joint à l’incontournable baisse des coûts, n’en reste pas mois présent, avec des différences notables dans les objectifs, que l’on se situe dans le secteur privé ou bien dans le secteur public.

- Magazine N°170
707

Pour les entreprises et les collectivités, le développement durable est avant tout un moyen de communiquer positivement, pour 48,29 % des répondants, contre 54,03 % l’an passé, ainsi qu’un engagement de responsabilité sociale, à 48,29 %, en hausse par rapport aux 41,94 % de 2010. Mais cette thématique verte constitue aussi, et cela nous intéresse tout particulièrement, une source d’optimisation des coûts pour 29,28 % des répondants, contre 26,61 % l’an passé. Sur ce sujet d’ailleurs, les avis divergent entre privé et public : le développement durable n’est vu comme un levier de diminution des coûts que par 10,53 % des sondés du secteur public, contre 43,62 % de ceux du privé. Une nette différence que nous retrouverons de façon plus ou moins prononcée tout au long de notre analyse.

Un élément à souligner : le développement durable n’est perçu comme un coût supplémentaire que par 14,45 % des sondés, contre 12,10 % l’an passé. À noter, une divergence entre le public, à 17,54 %, et le privé, à 12,08 % ; cette divergence s’accentue entre les gestionnaires de flotte, à 19,85 %, et la population des acheteurs, à 9,28 %.

La problématique du développement durable

Un TCO des flottes orienté à la hausse en 2011

Quoi qu’il en soit, lorsqu’on leur demande comment va évoluer le TCO de leurs véhicules dans les douze prochains mois, 26,61 % de nos sondés anticipent une augmentation, contre 16,13 % l’an passé ; 24,71 % s’attendent à une parfaite stabilité (25,81 % en 2010), 48,67 % à un recul (58,06 % en 2010). L’on pouvait s’en douter : la hausse du tarif des carburants est passée par là… Un point à mentionner : 20,81 % des sondés du privé s’attendent à une hausse, contre 34,21 % de ceux du public ; de même, 25,77 % des acheteurs anticipent une hausse, contre 28,68 % des gestionnaires.

À la question de savoir si le développement durable est pris en compte dans la politique flotte, la réponse demeure très largement positive à 84,79 %, contre 87,05 % l’an passé ; pareillement, 80,61 % de nos répondants sont impliqués dans une politique de flotte verte, contre 82,66 % en 2010. Pas de changement majeur donc. Pour verdir sa flotte, les actions sont multiples, de la réduction du parc, au changement de véhicules, en passant par les carburants propres. Par rapport à l’an passé, nous disposons des mêmes éléments, auxquels nous avons ajouté quelques questions. Si la possibilité de comparer point à point les deux années est donc limitée, nous constatons cependant, entre 2010 et 2011, un recul de quelques pourcents, quasi général, pour toutes les réponses dont la hiérarchie n’en est pas moins conservée. Ce recul, que nous retrouvons globalement dans l’ensemble de notre enquête, semble marquer un reflux relatif du développement durable par rapport à 2010, « année verte » des flottes.

Des véhicules changés, des politiques réaménagées

Parmi les leviers actionnés par nos sondés, le premier consiste à remplacer les véhicules plus anciens et plus polluants, par des véhicules propres (modèles plus petits, motorisations moins polluantes, etc.), une démarche d’ores et déjà lancée par 58,82 % des sondés et en cours de mise en oeuvre par 21,57 % ; viennent ensuite l’entretien plus régulier des véhicules (62,50 % ; 12,50 %) et le réaménagement de la politique flotte (42,36 % ; 17,24 %). Sur les leviers actionnés, des différences sont à prendre en compte entre les secteurs privé et public. Ainsi, le réaménagement de la politique flotte est en place ou en cours de mise en oeuvre pour 53,79 % et 18,18 % des répondants dans le privé ; dans le public, les chiffres sont de 21,10 % et 15,49 %. Logiquement, la différence est encore plus marquée avec les équipements de navigation, en place ou cours de mise en oeuvre chez 46,67 % et 21,48 % des répondants du privé, contre 16,20 % et 17,17 % dans le public. Des équipements par définition plus pertinents dans les entreprises que dans les collectivités.

En revanche, le public garde une large avance lorsqu’il s’agira de construire un pool de véhicules, (50,00 % en place ; 18,18 % en cours de mise en oeuvre) par rapport au privé (32,82 % ; 13,74 %). Constat semblable avec le covoiturage, en place ou en cours de mise en oeuvre à 30,90 % et 16,49 % dans le public, contre 18,11 % et 7,87 % dans le privé, ou bien encore avec la promotion de l’usage des transports en commun ou alternatifs, à 37,80 % et 20,41 % dans le public, contre 21,60 % et 16,00 % dans le privé.

Des divergences notables entre privé et public

Des chiffres dont nous pourrions conclure que le secteur privé se veut plus axé sur les objectifs de réduction des coûts qui peuvent sous-tendre un objectif de développement durable, et le secteur public sur les objectif de développement durable en tant que tel. Et ces divergences restent vraies entre la population des gestionnaires de flotte et celle des acheteurs, mais beaucoup moins nettes. Un dernier mot sur ces objectifs : pour 49,41 % des répondants, des objectifs quantifiables ont été fixés, contre 49,19 % l’an passé, soit une quasi- stabilité. Leur mesure se fait avant tout sur le critère des émissions de CO2 (76,26 %), devant la consommation de carburant (71,22 %) et la composition du parc (52,52 %). Par rapport à l’an passé, ce trio de tête est inchangé, bien que les réponses se fassent moins marquées (88,52 % ; 72,95 % ; 41,80 % en 2010). Une évolution intéressante, le critère de taille du parc passe de 28,69 % en 2010, à 35,97 % en 2011. La raison de cette progression : les 60,38 % de réponses du public, contre 20,93 % pour le privé. Il est vrai que le public est, dans ce domaine, soumis à des objectifs particulièrement drastiques de baisse.

Pour le coût de détention de vos véhicules (TCO) dans les douze prochains mois, vous attendez-vous à ?

Le constat n’est pas très différent lorsque l’on pose la question de savoir quels sont les trois critères de choix d’un véhicule pour diminuer les émissions de CO2 : le taux de CO2 s’arroge bien sûr le premier rang (83,65 %), devant la motorisation (45,25 %) et la consommation annoncée des constructeurs (38,40 %). L’an passé, ces critères constituaient déjà le trio de tête, avec respectivement 86,69 %, 53,63 % et 37,90 % des réponses. Pas de changement majeur donc, avec là encore ce recul constaté dans les réponses. Un seul item évolue positivement, l’équipement des véhicules en Stop & Start, qui bondit de 18,95 % à 25,10 %.

Le parc idéal se veut avant tout mixte

Entre privé et public, les différences sont minimes sur cette question des critères de choix. L’une mérite cependant d’être soulignée et concerne le segment des véhicules, pris en compte par 47,37 % des répondants du public et 26,17 % de ceux du privé. Ce critère est, on le sait, notamment déterminant dans les ministères et leurs services déconcentrés, soumis à la circulaire du premier ministre de juillet 2010 qui a très strictement fixé les segments des véhicules de fonction. Venons en maintenant aux véhicules. Pour 76,05 % de nos sondés, le parc idéal est mixte, rassemblant des modèles hybrides, électriques et thermiques. Un constat que nous avions déjà fait l’an passé, à 72,58 %, mais qui s’est renforcé cette année. Très loin derrière arrivent les parcs électriques (8,75 % des réponses en 2011, 11,69 % en 2010) et hybrides (8,37 %, 7,66 %). Toutefois, cette relative stabilité de la notion de parc idéal cache une évolution majeure de nos sondés : à la question de savoir quelle motorisation correspond le mieux à leurs attentes en 2011, la réponse est le diesel, à 63,50 %, contre 26,61 % l’an passé. Retour à la réalité ? Peut-être. Nous sommes bel et bien revenus aux fondamentaux du métier de la gestion des flottes.

Le véhicule électrique à la peine dans les parcs

Ce retour en grâce du diesel se fait aux dépends de l’hybride, qui glisse de 72,18 % à 54,37 % de 2010 à 2011, ou de l’électrique, qui passe de 55,65 % à 42,59 % durant la même période. Un retrait qui peut aussi être dû au fait que le nombre de véhicules hybrides ou électriques à la disposition des flottes reste encore limité. À noter qu’entre public et privé, les nuances sont plus qu’affirmées. À titre d’exemple, nos sondés du privé mettent en avant le diesel (72,48 %) et l’hybride (55,70 %), l’électrique (28,19 %) – le GPL (4,03 %) ou le GN (2,68 %) ne recueillant que de rares suffrages. Au contraire, le public, plus curieux, s’intéresse au diesel (51,75 %) bien sûr, à l’hybride (52,60 %), mais aussi à l’électrique (61,40 %), au GPL (17,54 %) et au GNV (12,28 %).

au sein de votre entreprise/collectivité, la problématique de développement durable est-elle prise en compte dans la politique flottes ?

Pour la motorisation alternative qu’est l’électrique, la balle serait donc en partie dans le camp des constructeurs. Qui doivent faire vite s’ils veulent conserver intact l’intérêt de leurs futurs acheteurs : 51,33 % des sondés ne souhaitent pas introduire de véhicules électriques dans leur parc dans les douze mois à venir, contre 39,92 % en 2010. La différence est, on s’en doute, encore plus nette entre le secteur public (36,85 %) et le privé (62,41 %).

L’autonomie et les batteries, éternelles questions

Question nouvelle introduite en 2011, celle de savoir combien de parcs contiennent des véhicules électriques. La réponse : un peu plus d’un quart, à 27,48 %. On s’en doute, celle-ci diffère entre les flottes publiques, à 42,10 %, et privées, avec 16,22 % de réponses positives. Quand il est question de l’électrique, le public est bel et bien le fer de lance et l’appel d’offres en cours de l’Ugap ne devrait que renforcer cette situation. Mais les flottes électriques demeurent extrêmement restreintes : dans 74,65 % des cas, elles recouvrent de 1 à 5 véhicules, dans 15,49 %, de 6 à 15. Là encore, c’est à l’offre d’apporter une réponse à la demande. Sans surprise, les aspects de l’électrique à améliorer sont semblables en 2011 et en 2010 avec, au premier rang, l’autonomie des véhicules (84,41 % en 2011, 82,66 % en 2010), le coût et la durée de vie des batteries (65,78 % ; 65,32 %), devant le coût d’achat des véhicules eux-mêmes (60,84 % ; 66,13 %) sur lequel on dispose de plus d’informations que l’an passé.

Un dernier mot sur l’offre fournisseurs en matière de flottes vertes. Correspond- elle aux attentes de nos sondés ? C’est une des nouvelles questions que nous avons posées cette année. La réponse est positive mais il y a encore du chemin à faire pour les fournisseurs. En tête, les constructeurs dont l’offre correspond tout à fait à leurs attentes, pour 23,51 % des répondants, et un peu pour 53,39 % ; ils sont suivis par les spécialistes de l’éco-conduite (27,42 % ; 45,97 %) et des outils de navigation (17,73 % ; 50,00 %). Les prestataires de location et de financement ne recueillent que 11,42 % et 34,70 % des suffrages, loin devant les spécialistes de l’occasion (1,66 % ; 11,60 %) qui, par définition, reprennent des véhicules choisis par d’autres. Pour verdir les flottes, les réponses viendront bien sûr des gestionnaires mais aussi de leurs fournisseurs. Le message est passé.

Les actions pour limiter l’empreinte écologique du parc

Les actions pour limiter l’empreinte écologique du parc

Source : Flottes Automobiles. Plusieurs réponses possibles. Classement par ordre hiérarchique des réponses positives.

Pour diminuer les émissions de CO2, le levier le plus efficace reste de remplacer les véhicules les plus polluants, voire de les supprimer. Nouvel item de cette étude 2011, l’entretien se positionne au second rang.