Flottes Automobiles : l’écologie entre dans le dur

Après les années de l’enthousiasme, la thématique des flottes vertes s’est imposée au sein des entreprises, des collectivités et des administrations. Mais à la condition d’apporter des résultats tangibles, tant en termes écologiques qu’économiques, au-delà des grands principes. Voici une synthèse des résultats de notre troisième étude « Flottes vertes ».

- Magazine N°180
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D’année en année, un élément demeure inchangé dans notre étude : le développement durable reste avant tout une façon de communiquer positivement sur l’image de son entreprise ou de sa collectivité, pour 47 % de nos répondants, contre 48 % et 2011 et 54 % en 2010. Il s’agit aussi d’un engagement de responsabilité sociale (40 %) et d’un investissement pour l’avenir.

Un point à souligner. Le développement durable peut aussi être vu comme une source d’optimisation des coûts (25 %), un chiffre en recul par rapport à 2011 (29 %) et 2010 (26 %). Notons aussi que cette vision « économe » est plus largement partagée dans le secteur privé (31 %) que dans le public (14 %). Pareillement, les sondés du public considèrent à 10 % le développement durable comme un coût supplémentaire, contre 17 % des représentants du privé. Une divergence que l’on retrouvait déjà dans notre précédente étude.

Des prix structurellement orientés à la hausse

Une donnée complémentaire sur le TCO des flottes : 34 % des répondants s’attendent à une augmentation de ce TCO dans les douze mois à venir, contre 27 % en 2011 et 16 % en 2010 ; 20 % anticipent une stabilité des coûts (25 et 26 % en 2011 et 2010) et 46 % s’attendent à un recul (49 et 58 % en 2011 et 2010). En résumé, d’année en année, les coûts sont orientés à la hausse, notamment sous l’effet de la progression continue des prix des carburants. À noter une divergence entre secteur public et privé : les représentants du public pronostiquent la baisse, la stabilité ou la hausse à 42, 26 et 32 % ; pour le privé, les chiffres sont de 47, 16 et 37 %.

Quoi qu’il en soit, la mise en place du développement durable a des répercussions sur le parc automobile de 97 % de nos répondants, et cette problématique est prise en compte dans la politique flotte de 88 % des entreprises et des collectivités. Ce dernier chiffre était de 85 % l’an passé. Nos répondants restent aussi très impliqués dans cette démarche de flotte verte, à 81 %, public et privé faisant d’ailleurs jeux égaux sur ce point.

Un élément intéressant : hormis les répondants à notre étude, les autres fonctions impliquées dans ce processus de développement durable sont les P-DG, DG et DGA pour 65 % des répondants, ce qui marque la place accordée à la thématique verte dans les faits ou au moins en matière de communication. Suivent logiquement les responsables du développement durable (25 %) et les directeurs financiers (22 %).

Passons aux actions lancées pour limiter l’empreinte écologique du parc. Chez 80 % de nos répondants, de telles mesures ont déjà été prises, précisément à 80 % pour le public et 82 % pour le privé – des taux relativement inchangés par rapport à 2011 et 2010. Et pour cette troisième édition de notre étude, les leviers utilisés par les entreprises restent aussi globalement identiques à ceux des deux années précédentes.

Premier d’entre eux, le remplacement des véhicules actuels par des modèles plus propres est cité par 80 % des répondants, en 2012 comme en 2011, suivi par l’entretien plus régulier des véhicules, à 78 % en 2012 et 75 % en 2011.

Des actions multiples pour verdir les parcs

Arrivent ensuite la création et/ou l’optimisation d’un pool de véhicules et le réaménagement de la politique flotte, à 68 et 63 % en 2012, contre 56 et 60 % en 2011. Les différences apparaissent lorsque l’on compare public et privé. Ainsi, la politique flottes a déjà été réaménagée ou est en cours de réaménagement chez 70 % des répondants du privé, contre 44 % des répondants du public. Autre constat : 72 % des entreprises ont équipé les flottes d’outils de navigation, un chiffre qui s’élève à seulement 33 % dans le public. Public et privé n’ont pas, il est vrai, des besoins équivalents dans ce domaine. Dans le même esprit, 45 % des parcs du privé sont pourvus d’outils de gestion et de solutions pour optimiser les trajets, contre 27 % dans le public.

En revanche, à 61 %, le public a réduit le nombre des véhicules professionnels, ce qui n’est vrai que dans 34 % des entreprises. Une démarche qui a peut-être déjà été menée à bien dans ces dernières.

Autre différence, le secteur public a opté pour l’entretien plus régulier des véhicules, à 86 % contre 71 % dans le privé. Et 53 % des répondants du public ont misé sur le recyclage des véhicules ou de leurs pièces, contre 26 % des répondants du privé. Ces résultats seraient-ils en partie dus au fait de bénéficier de garages en interne ? À voir.

Autres chiffres intéressants, 41 % des collectivités et administrations et 42 % des entreprises cherchent à diminuer la fréquence de leurs déplacements. Cependant, le recours aux transports en commun ou alternatifs est promu par 79 % des sondés du public, contre 42 % de ceux du privé. La situation est semblable avec le covoiturage (public : 48 %, privé : 30 %), ou l’établissement d’un pool de véhicules (public : 77 %, privé : 60 %).

Au final, le public se situerait-il plus dans une démarche globale de développement durable où le coût ne constitue pas le critère numéro 1, alors que le privé se positionnerait dans une approche prioritairement liée aux coûts ? Sûrement, mais avec quelques nuances.

Public et privé divergent sur la méthode à suivre

Un point met par exemple tout le monde d’accord : les plans de déplacements d’entreprise, très lourds à construire, n’ont été établis que dans 10 % des entreprises et des collectivités ou administrations, et demeurent en réflexion chez 51 % d’entre elles – des chiffres quasi inchangés depuis trois ans.

Sur ces actions extrêmement diverses, 49 % des répondants ont fixé des objectifs quantifiables. Plus largement, 68 % ont pu évaluer l’impact des démarches qu’ils ont menées à bien. Sur ce sujet, les critères de mesure sont particulièrement intéressants. Pour l’ensemble du panel interrogé, le premier critère de mesure reste la consommation de carburant (78 %), devant les émissions de CO2 (66 %) et au troisième rang la composition du parc (49 %). La flambée des tarifs du carburant est clairement passée par là, renvoyant les émissions de CO2 au second rang alors qu’elles occupaient jusqu’ici le premier rang en 2010 et 2011 (89 % et 76 %), devant le carburant (73 % et 71 %).

Des objectifs quantifiables mais aussi quantifiés

Encore une divergence à signaler entre privé et public : comme critères de mesure, les représentants du public s’appuient sur la consommation de carburant (88 %), la taille du parc (63 %) et sa composition (56 %), devant les émissions de CO2 (47 %). Dans le privé, l’ordre est le suivant : les émissions de CO2, à 78 %, précèdent la consommation (72 %) et la composition du parc (44 %).

Ces données rejoignent d’ailleurs assez bien les critères de choix des véhicules pour faire reculer les émissions de CO2. Sur l’ensemble du panel, les trois principaux critères sont le taux de CO2 (80 %), le type de motorisation (48 %) et la consommation annoncée par les constructeurs (40 %). Dans le privé, ces trois critères seront le taux de CO2 (83 %) devant la motorisation (45 %) et la consommation (34 %) ; dans le public, le CO2 arrive au premier rang avec 75 % des suffrages, devant la motorisation (51,76 %), et, ex aequo à 42 %, le type de carburant et la motorisation.

Passons maintenant à la seconde partie de notre étude. À la question de savoir quelles motorisations ou technologies correspondent le mieux à leurs attentes, nos sondés positionnent l’hybride diesel à 63 %, devant l’électrique (45 %), le thermique diesel (38 %) et l’hybride essence (23 %). Les biocarburants, le GNV ou le GPL arrivent très loin derrière, notamment pénalisés par une fiscalité peu favorable.

Pour notre étude, ces chiffres soulignent une petite révolution puisqu’en 2011, nos sondés valorisaient le diesel (63 %), devant l’hybride (54 %) et l’électrique (43 %). En 2010, la donne était encore complètement différente, avec l’hybride en tête (72 %), devant l’électrique (56 %) et le diesel (26,61 %).

Notre panel serait-il changeant. Oui… et non ! Parce qu’entre temps, il est important de rappeler le développement de l’hybride diesel dans la réalité des constructeurs et dans notre sondage. Une offre qui répond de fait aux besoins des entreprises. Fiscalité oblige, les représentants du secteur privé mettent donc en avant l’hybride diesel (70 %), devant le thermique diesel (45,10 %), très loin devant l’électrique (27,45 %).

La montée en force de l’offre hybride diesel

De leur côté, les sondés du public s’intéressent d’abord à l’électrique (67 %), devant l’hybride diesel (53 %), l’hybride essence (32 %) et le thermique diesel (26 %). Entre secteur public et privé, les objectifs ne sont clairement pas les mêmes et divergent autant que les usages qui sont faits des véhicules.

En dépit de ces changements, le parc idéal de nos sondés évolue peu. À 72 % ce parc est mixte, rassemblant des modèles thermiques, hybrides et électriques ; c’était déjà le cas en 2011 à 76 % et en 2010 à 73 %. Un parc essentiellement composé d’hybrides ne rassemblerait que 12 % des suffrages (8 % en 2011 et 2010) ; une flotte essentiellement électrique se positionnerait juste derrière, à 9 % (9 % et 12 % en 2011 et 2010). Les autres types de motorisations sont à peine évoqués.

Un point à noter : sans surprise, le public plébiscite les parcs mixtes à 75 %, tout comme le privé à 70 %, devant les parcs électriques à 12 % pour le public, et hybrides à 17 % pour le privé.

Le parc automobile idéal est un parc mixte

Entrons maintenant dans la réalité des flottes. À la question de savoir si leur flotte comprend des véhicules électriques, 38 % des sondés répondent positivement en 2012, contre 27 % en 2011. En 2012, nous avons également affiné les réponses : ainsi, 14 % de nos sondés disposent de VP électriques, 13 % de VUL électriques et 11 % de VP et de VUL électriques – une question que nous n’avions pas posée l’an passé. Plus précisément encore, 63 % des répondants ont un à cinq véhicules électriques dans leur flotte et 16 % de six à quinze véhicules. 3 % des répondants gèrent une flotte de 51 à 100 modèles électriques et le même pourcentage une flotte de plus de
100 modèles. En 2011, cette répartition était la suivante : 75 % des répondants disposaient d’un à cinq véhicules électriques, 15 % de six à quinze, 0 % de 51 à 100 et 1 % de plus de 100.

Sur l’électrique, la nuance entre les secteurs public et privé se veut tout particulièrement pertinente : 25 % des entreprises ont dans leur flotte des véhicules électriques ; le chiffre est de 60 % pour les collectivités et les administrations. En revanche, les parcs électriques restent relativement indifférenciés en taille, les plus importants en nombre se situant cependant dans le privé.

Autre divergence plus que notable qui fait de l’électrique le véhicule du secteur public : 81 % des représentants du public anticipent d’introduire des modèles électriques dans leur flotte dans les douze prochains mois, contre 47 % des répondants du privé.

Le véhicule électrique finira-t-il par s’imposer pour certains usages ? Oui, sûrement, mais il reste des améliorations à apporter. Sans surprise, les premières d’entre elles concernent l’autonomie (86 %), le coût d’achat (78 %) ou encore la densité des réseaux de points de recharge (55 %), avec très peu d’évolutions par rapport aux années précédentes. Sur ce sujet, une seul différence majeure entre public et privé : le coût des véhicules électriques reste à réduire pour 87 % des répondants du public, contre 70 % de ceux du privé.Un constat étonnant : seuls 20 % de nos sondés demandent à améliorer la valeur résiduelle des véhicules électriques, qui constitue pourtant l’une des limites rencontrées par les loueurs pour coter ces modèles.

Les nécessaires améliorations du véhicule électrique

Là encore, les représentants des secteurs public et privé réagissent différemment à cette proposition, qu’ils mettent en avant à 10,59 % pour les premiers et 25,49 % pour les seconds. Une explication à cela : ces véhicules ne sont pas nécessairement destinés à quitter les flottes à moyen terme et la question de leur valeur résiduelle ne se pose donc pas impérativement.

Un petit mot sur les utilitaires légers. Pour ces VUL, les mesures les plus efficaces pour diminuer l’empreinte écologique du parc seraient, pour nos sondés, une offre plus large en motorisations moins polluantes (66 %), suivie de l’introduction d’utilitaires électriques (40 %), devant la mise en place d’une fiscalité verte (31 %) – des chiffres quasi identiques à ceux de 2011.

Si nos sondés ont des attentes en matière de flottes vertes, les fournisseurs, en face, ont des offres qui satisfont diversement leurs clients. Sur les véhicules par exemple, l’offre« verte » correspond à 75 % aux attentes de nos sondés ; le chiffre était de 77 % en 2011. À 71 %, nos sondés montrent la même satisfaction vis-à-vis de l’offre éco-conduite (73 % en 2011) ou à 63 % vis-à-vis des outils de navigation (68 % en 2011). Globalement, les chiffres évoluent peu, si ce n’est légèrement à la baisse, pour les énergies, le conseil, les pneumatiques ou les outils de gestion. Un chiffre à noter, les sondés ne sont satisfaits qu’à 38 % des offres de location et de financement, contre 46 % en 2010. Dans ce domaine, il reste encore un peu de chemin à parcourir, surtout avec l’électrique.

Soulignons que pour 57 % de nos sondés, le passage au vert de la flotte aura un impact sur les relations avec les fournisseurs ; ce chiffre s’élevait à 65 % en 2011 et 70 % en 2010 : les exigences vertes des clients semblent donc s’imposer peu à peu chez leurs partenaires.

L’offre verte amène à repenser les relations fournisseurs

Autres chiffres allant dans la même direction : 39 % de nos sondés ont déjà référencé des fournisseurs et prestataires respectueux de l’environnement, 18 % sont en cours de référencement et 28 % sont en réflexion sur ce thème. De la part de leurs clients, ces fournisseurs n’ont donc pas de révolution verte à attendre par rapport à l’an passé. De fait, seuls 51 % de nos sondés disent vouloir relancer des appels d’offres, contre 48 % en 2011, 28 % veulent référencer des prestataires supplémentaires (39 % en 2011) et 21 % renégocier les contrats (22 % en 2011).

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