Flottes publiques : l’acquisition en règle

Alors que certains responsables s’étaient laissés tenter par la LOA ou la LLD, la règle est désormais celle de l’acquisition pour l’État et ses établissements publics. Ce qui répond à une volonté de mieux maîtriser les flottes, en volume mais aussi en coût. Avec des résultats à la clé. Illustration avec les témoignages de gestionnaires de parc.

- Magazine N°217
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Flottes publiques : l’acquisition en règle

Sylvie Morello, responsable de la Mission interministérielle pour la gestion du parc automobile de l’ÉtatÉdictée le 16 février 2015, la circulaire relative à la mutualisation et à l’optimisation de la gestion du parc automobile de l’État et de ses établissements publics concerne 65 000 véhicules. Avec une cible : « l’exemplarité de l’État tant en matière environnementale, qu’en termes de bonne gestion des deniers publics ». Et une norme : l’acquisition.

« L’objectif est mieux connaître les coûts et mieux les maîtriser, résume Sylvie Morello, responsable de la Mission interministérielle pour la gestion du parc automobile de l’État (Mipa). Par ailleurs, les prix d’achat obtenus par l’Ugap sont très compétitifs et donc concurrentiels avec la LLD. Enfin, le renouvellement pluriannuel des parcs lisse les investissements », argumente la responsable.

Le parc de la défense sort de la LOA…

Conséquence : le ministère de la défense, qui avait testé la LOA en 2007, est repassé à l’acquisition. « En 2013 et 2014, nous avons exercé notre option d’achat sur les derniers véhicules et dorénavant, les renouvellements se font par acquisition. Cela répond à une logique : un loueur devra emprunter alors que l’État le fait à taux zéro. Par définition, la location reviendra donc plus cher que du patrimonial. Et pour la revente, nous disposons du réseau de France Domaine », détaille Angélique Pluta, chef du bureau des véhicules de la gamme commerciale.

Principal problème lié à cette évolution : « Tous les véhicules ont été pris en LOA en même temps, ils ont donc tous le même âge. Comme il est impossible de racheter tout un parc sur une année, nous devons étaler. Les premiers renouvellements recouvrent des modèles de sept ans d’âge, les derniers interviendront sur des véhicules de quatorze ans », précise Angélique Pluta.

Impossible donc pour cette gestionnaire de respecter la nouvelle règle fixée : un véhicule doit être changé au bout de 120 000 km et au plus tard dans le courant de la septième année. En revanche, la maintenance de cette flotte de 15 000 véhicules – dont 300 Zoé achetées fin 2015 – est externalisée auprès d’ALD Automotive, en application de la politique définie pour l’État.

Le département de la Gironde est aussi touché par ce changement. En 2009, le parc du conseil départemental se composait de 422 véhicules dont 190 en LLD (hors véhicules de la direction des infrastructures, ex DDE).

… et la flotte de la Gironde abandonne la LLD

« Actuellement, il n’en reste plus que deux qui demeureront en location, ceux du président et du directeur général des services. La LLD avait été choisie en 2005 pour déployer rapidement 200 véhicules destinés à l’action sociale. Les faire passer sur les frais de fonctionnement et non en investissement, constituait la seule solution pour agir rapidement », rappelle Daniel Recalt, responsable d’une flotte de 376 véhicules (dont 70 % de VP) qui a donc suivi une petite diète.

« Depuis 2010, notre stratégie est celle de l’acquisition. Nous avons effectué une analyse économique et stratégique. Non seulement l’amortissement est plus visible mais les coûts sont inférieurs car nous pouvons tabler sur la revente et nous bénéficions de prix intéressants du fait des volumes. De plus, nous avons été confrontés à d’importants frais de restitution, de l’ordre de 400 à 700 euros par modèle, ce qui est venu renchérir le coût de la LLD. Nos véhicules ne sont pas attribués et ils peuvent passer entre une quinzaine de mains », explique Daniel Recalt.

Ce gestionnaire a aussi dû faire face à une forte hausse des tarifs de la LLD, liée à la crise de 2007-2008 : « Lors du premier marché que nous avons passé, la mensualité pour une C3 s’élevait à 170 euros. Un an plus tard, pour une Clio diesel, c’était 250 euros. Finalement, avec un investissement, nous savons plus précisément combien cela coûte ! », estime-t-il.

Dernier point qui a pesé dans la balance : « Nos véhicules roulent peu et nous tournions autour de 10 000 km par an. Si nous passions en dessous de la loi de roulage fixé par le contrat, nous perdions de l’argent, si nous passions au-dessus, nous devions verser des pénalités », complète Daniel Recalt.

La LLD pour l’alternatif
 la circulaire du 16 février 2015 impose la règle de l’acquisition, elle laisse la porte ouverte à la LLD pour l’électrique et l’hybride. « Une solution destinée à compléter l’offre existante en acquisition et à répondre à l’objectif d’achat d’un véhicule sur trois en motorisation hybride ou électrique. Et la prise en compte de l’environnement est encore renforcée : désormais, la part de modèles “à faible émissions“ lors de l’achat de véhicules par l’État est fixée à 50 %. Un décret portant sur la définition de ce type de véhicule devrait être publié prochainement », détaille Sylvie Morello.
Les collectivités locales sont ainsi en avance sur l’électrique. Au fur et à mesure des renouvellements, la ville de Rouen a intégré une trentaine de modèles électriques, financés par acquisition, dans un parc de 300 VP et VU. « Cela a permis de bénéficier des subventions. Ensuite, nous assurerons la revente. L’acquisition est aussi une solution adaptée dans la mesure où nous possédons un garage, avec des agents qui se sont professionnalisés. Cela ne sert à rien d’externaliser alors que nous avons les moyens de gérer en interne », précise Fatima El Khili, adjointe à la mairie de Rouen et déléguée au parc automobile.

L’entretien fait son retour en interne

Parallèlement, l’entretien externalisé avec la LLD est revenu en interne : « Maintenant, notre garage peut répondre aux besoins. Pour les véhicules de l’action sociale, disséminés dans le département, nous avons un accord avec la direction des infrastructures et leurs centres d’exploitation pour les petites interventions. Cela évite aux agents de se déplacer à Bordeaux », souligne Daniel Recalt.

Bilan pour la Gironde ? « L’acquisition conduit à une gestion plus fine et plus serrée. Ce fonctionnement se montre en outre plus simple pour opérer des rotations du fait de la visibilité accrue. Cela nous a amenés à réduire de 42 le nombre de véhicules et à regrouper ceux, auparavant affectés à des directions, dans un pool de 80 véhicules à Bordeaux qui concerne 2 000 agents », décrit Philippe Nadal, directeur adjoint au patrimoine.

Avec des résultats : le service du pool est amélioré et les conducteurs plus responsabilisés, grâce à un outil de réservation performant et à la présence de « préparateurs de pool » qui accompagnent et établissent un diagnostic au départ et au retour des véhicules. « Le regroupement sur un site contribue aussi à une meilleure gestion de l’investissement », conclut Philippe Nadal. Et le parc s’est ouvert à l’électrique avec une quinzaine de Zoé au sein du pool et un Kangoo électrique prévu.