Foot : peu de flottes dans les clubs de L1

Le ballon rond manque toujours de partenaires automobiles. Même si certains clubs emblématiques de la L1 française comme Lyon ou Marseille, ont réussi à construire des politiques sponsorings avec des constructeurs, la gestion des parcs automobiles reste à inventer dans le football.

- Magazine N°119
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Le football français va mieux. Saison après saison, il redresse ses finances, assainit ses bilans et fait meilleure figure sur la scène européenne. Le contrat historique avec le diffuseur Canal+ pour la retransmission des rencontres de L1 jusqu’en 2008 (600 millions d’euros par an), donne des ressources nouvelles aux dirigeants de clubs. Ils sont susceptibles désormais d’attirer dans leurs rangs certaines vedettes internationales et de développer en même temps leurs recettes de billetterie.

Si le football français gagne en attractivité, est-il devenu du même coup plus attrayant pour les constructeurs automobiles, toujours avides de mettre en lumière et de donner plus de visibilité à leurs modèles ? Le ballon rond représente-t-il aujourd’hui un vecteur de communication intéressant pour les marques automobiles et ont-elles intérêt à conclure des accords de sponsoring avec des équipes évoluant dans le championnat national ?

Un seul constructeur en L1 : Peugeot

Paradoxalement, il y a toujours assez peu d’implication des constructeurs dans le football hexagonal. Un seul club de L1, Sochaux, entretient des liens historiques avec une marque française, Peugeot. Les joueurs roulent dans des modèles récents mis à leur disposition par le constructeur. En échange de la mobilisation des concessions locales de Peugeot, les membres de l’équipe acceptent de consacrer un peu de leur temps pour rencontrer des supporters, signer des autographes et jouer la carte de la proximité. Les soirs de matchs, des places sont bien évidemment à la disposition du constructeur.

Sochaux et Peugeot n’ont pas fait d’émules et aucune autre équipe de L1 ne peut se prévaloir de la même organisation. Dans nombre d’équipes, aucune politique flotte n’est prévue. Les déplacements s’effectuent avec les propres véhicules des salariés du club, de leurs administratifs, voire de leurs dirigeants. Vainqueur de la Coupe de la Ligue cette année contre l’OGC Nice et donc qualifié pour la prochaine édition de la Coupe de l’UEFA, Nancy est dans ce cas. Le club précise ne posséder aucun véhicule en propre, à l’exception de deux minibus utilisés pour certains déplacements.

Interrogés par Flottes Automobiles sur la façon dont ils gèrent leur parc de voitures, certaines équipes -comme les Girondins de Bordeaux par exemple- ont répondu qu’ils ne souhaitaient pas s’exprimer sur cette question. Signe que les us et coutumes dans le milieu du football n’ont peut-être pas encore complètement gagné en transparence et en clarté. En cas de besoin, très ponctuels et pour de courtes durées, les clubs peuvent, comme toute entreprise, faire appel aux services de loueurs de courte durée. Il est vrai qu’au-dessous d’un nombre minimal de véhicules, les concessionnaires et les loueurs longue durée n’ont guère intérêt à mobiliser leurs organisations et leurs parcs pour l’univers du football. D’autant que les joueurs ne passent pas toujours pour des modèles de conducteurs, respectueux des modèles qu’on met à leur disposition. Autrement dit, le jeu est loin d’en valoir la chandelle pour les concessionnaires et autres gestionnaires de parcs.

Des partenariats locaux avec les marques

Conscient de cette situation, les dirigeants du LOSC à Lille ont décidé de ne pas octroyer de véhicules à leurs joueurs. Pas de cadeau donc pour les troisièmes du championnat de France 2005-2006, qualifiés en tour préliminaire de Champions League. Lille a en revanche recours à la location longue durée pour les véhicules réservés à l’entraineur et aux dirigeants. Son voisin nordiste le RC Lens privilégie une politique flotte assez similaire, par des contrats passés avec des « partenaires locaux » (loueurs et concessionnaires). Certains joueurs peuvent bénéficier de véhicules dans le cadre de leur contrat, mais il n’y a pas de règle unique en la matière. Les partenaires du club bénéficient en contrepartie d’une visibilité dans l’enceinte du stade Bollaert, de places dans les loges VIP, voire quelques actions promotionnelles des membres de l’équipe. Dans certains cas, les concessionnaires locaux sont amenés à figurer parmi les partenaires principaux ou officiels des clubs. C’est le cas du TFC (Toulouse Football Club), où Renault TMA est sponsor principal et Citroën un fournisseur officiel. Ces initiatives ne nécessitent aucun aval de la part des directions nationales qui, très souvent, ne sont pas au courant des partenariats. C’est ainsi qu’aux sièges de Renault ou de Ford, on indique n’avoir conclu aucun accord de sponsoring avec des formations de L1 au niveau national.

Une concession Ford partenaire de l’OM !

A l’OM pourtant, un partenariat avec la concession Ford Aix Automobiles a bel et bien été signé en octobre dernier. Il porte sur 56 véhicules, précise Lionel Bourroux, responsable du parc automobile de Marseille. Jusqu’alors, les Marseillais étaient en contrat longue durée avec le loueur Parcours, pour un parc constitué en grande majorité de VW Golf. Désormais le club de la cité phocéenne roule en Ford dans le cadre de contrats LLD de 12 mois et 20 000 kilomètres. « Nous avons mutualisé tous les véhicules, ce qui nous donne droit à 1 100 000 kilomètres par an », précise le responsable du parc automobile. Les véhicules tournent toutefois rapidement puisqu’ils sont changés tous les six mois, afin de conserver une valeur résiduelle élevée. L’attribution de véhicules aux joueurs est soumise à des règles très précises : sont seuls bénéficiaires d’une voiture, les joueurs arrivant au club en provenance de l’étranger et disposant d’un permis de conduire en bonne et due forme, histoire de ne pas avoir de surprise par la suite !

La saison dernière, ils étaient ainsi 17 à pouvoir prétendre à un contrat de location longue durée avec Ford. Cette règle ne semble pas soulever de contestation particulière, indique Lionel Bourroux. Les joueurs connaissent la règle du jeu dès l’arrivée. Il rappelle d’ailleurs que la plupart des footballeurs de l’OM acquièrent ou louent leur propre véhicule en fonction de leurs goûts. Quant aux membres du comité de direction, ils disposent d’un budget d’environ 1 000 euros mensuels et louent leur véhicule (Alfa Roméo, Smart, BMW et Volvo) auprès de la société Parcours. Le partenariat avec Ford court encore pour deux saisons, il inclut l’assistance pneumatique, mais pas la carte carburants, beaucoup trop difficile à gérer selon le club. Lionel Bourroux pointe du doigt deux faiblesses dans l’organisation actuelle de la flotte du club. Un taux trop élevé d’accidents impliquant les joueurs et surtout, une avalanche de contraventions (une bonne vingtaine chaque semaine). Adepte de la méthode forte, la direction de l’OM pénalise les contrevenants avec des retenues sur salaires en cas d’accidents et de PV. « La première retenue sur salaire est un bon outil de rappel à l’ordre », affirme-t-il.

Audi : l’Olympique lyonnais monte en gamme

Chez le désormais quintuple Champion de France, la politique flotte passe par un contrat avec Audi. Lyon achève sa première année de partenariat national pour sa trentaine de véhicules. Jusqu’alors le parc était géré dans le cadre d’un accord avec la concession Audi local. Le club rhônalpin est donc monté en gamme en quelque sorte, au fur et à mesure que son palmarès s’est étoffé. « Tous les joueurs ont un véhicule », précise Frédéric Breiffelh, en charge de la communication et du marketing. « Les dirigeants et l’entraineur également ». Quatre modèles ont été déterminés : la présidence et l’entraineur roulent en Audi A8, le staff et la direction en Audi A6, tout comme les joueurs qui ont aussi la possibilité de choisir l’A4 cabriolet. Le contrat de sponsoring ne prévoit pas une présence d’Audi sur les maillots des Lyonnais.

Cette saison, Renault Trucks était encore le sponsor maillot principal (et la marque LG pour les rencontres à l’extérieur). La saison prochaine, ce sera l’entrée en lice du groupe Accor et de ses enseignes Novotel et Ticket Restaurant pour la modique sommes de 45 millions d’euros sur 3 ans (contre 15 millions d’euros dans le cas de Renault Trucks). Audi dispose en revanche d’une belle visibilité à l’intérieur de l’enceinte de Gerland et est largement associée à l’ensemble de la politique de communication de l’équipe. Déjà sacrés Champions pour la cinquième année consécutive, les Lyonnais ont ainsi pu s’adonner le 9 mai dernier aux joies du pilotage des modèles de compétition de la marque (notamment l’Audi RS 4) aux côtés de pilotes professionnels sur le circuit du Castellet. L’occasion aussi de découvrir l’Audi R10, la nouvelle création Audi diesel de compétition, qui participera aux prochaines 24 heures du Mans.

Les constructeurs délaissent le PSG

La politique flotte du club-phare de la capitale n’est pas aussi bien orchestrée qu’à Lyon. Le PSG qui a bénéficié pendant près de sept ans (entre 1995 et 2002) des largesses de la marque Opel, n’a pas pu réitéré ce type de partenariat avec un autre constructeur. Une cinquantaine de millions d’euros ont ainsi été dépensés par la filiale de GM pour se faire un nom au Panthéon du sponsoring sportif. Las! Face aux résultats décevants de l’équipe et de nouvelles priorités stratégiques, le constructeur a préféré lever le pied et réorienter sa communication sur le seul produit automobile. Opel a donc quitté le maillot du PSG, comme d’ailleurs celui du prestigieux Bayern de Munich (dont il a été partenaire pendant treize saisons). Pour le club parisien, par ailleurs en proie à des crises sportives et financières à répétition à la fin des années 90, le départ d’Opel n’a jamais pu être comblé. Les dirigeants ont bien tenté de renouer le même type d’accord avec Volvo France.

Pendant plusieurs saisons, le constructeur a mis à la disposition des joueurs et de l’encadrement ses modèles les plus en pointe : Cabriolet C70 ou le XC90. Le partenariat s’est achevé à l’orée de la saison 2005- 2006 et pour la première fois depuis de nombreuses années, le club parisien n’a plus de partenariat avec le monde automobile. Du coup, chaque joueur utilisait cette saison son véhicule personnel ce qui faisait écrire au quotidien Le Parisien que le parking du Camp des Loges (lieu d’entrainement du PSG) ressemblait à une allée du Salon de l’Automobile. Pas très bon sans doute pour l’image déjà mitigée de la formation parisienne, mais un bon point certainement aux yeux des supporters qui pouvaient se délecter chaque semaine devant des Ferrari, Porsche Cayenne et autres Mercedes dernier cri.

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