Segment N1 : Tous n’y sont pas favorables

François Guionnet, Directeur de Renault Parc Entreprises : Une année placée sous le signe de la réactivité !

Une stratégie de forte réactivité au marché a permis à Renault Parc Entreprises de finir 2009 avec un point de pénétration en plus sur le marché des flottes. François Guionnet, le patron de RPE, revient sur cette année de tous les dangers et sur les menaces qui planent encore sur 2010.

- Magazine N°156
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François Guionnet, Directeur de Renault Parc Entreprises

Flottes Automobiles : Après les 956 370 ventes aux entreprises enregistrées en 2008, à combien s’élève, pour l’année 2009, le marché global des véhicules vendus en France aux sociétés (flottes, LLD, LCD et Administrations) ?

François Guionnet : Dans le contexte de crise que nous avons connu en 2009, le marché automobile des flottes ne s’est pas si mal comporté puisqu’il se positionne à près de 810 000 véhicules, dont environ 498 000 VP et 311 000 VU. La baisse du marché VP n’est que de – 15 % et celle des VU de – 12 %. Toutefois, si on écarte le segment des ventes aux loueurs courte durée qui a chuté de 222 000 véhicules à 160 000 unités (- 28 %) en 2009, la baisse du marché n’est que de – 3 %. Ainsi, hors loueurs courte durée, le marché flottes passe de 348 000 à 338 000 ventes VP. Pour les véhicules utilitaires, la baisse est plus conséquente puisque le marché VU recule de – 19 % avec 311 000 immatriculations contre 386 000 l’année précédente. Sur ce marché VU toutefois, notre part de marché progresse de 1,2 point puisqu’elle passe de 31,3 % à 32,5 %. Dans le domaine des VP, notre part de marché progresse là de + 1,1 % en 2009 malgré la baisse de notre part de ventes aux loueurs courte durée, laquelle passe de 28 % à 26,9 %. Au cumul, VP + VU, nous avons gagné un point de part de marché auprès des flottes, laquelle passe de 27,9 à 28,9 %.

F. A. : Quelle analyse faites-vous du marché Sociétés en 2009 ? Quels sont, à votre avis, les phénomènes qui ont marqué l’année dernière l’évolution de ces ventes ?

F. G. : 2009 a été marquée par deux temps, un premier semestre avec une chute du marché flottes de – 20 % dont – 25 % en véhicules utilitaires ; et un second semestre où les principaux mécanismes du marché flottes se sont remis en route à partir de septembre et où la chute du marché a été moins brutale à – 9,5 %. Les loueurs longue durée ont ainsi prolongé les contrats auprès de leurs clients car, plus que sur les VN, le risque portait d’abord sur les VO, avec le souci de ne pas rentrer de stock. Le réflexe a donc conduit les loueurs à tenter de prolonger les contrats de LLD en début d’année. Mais les clients en ont vu par la suite la conséquence sur l’évolution des valeurs résiduelles et sur l’élévation des coûts d’entretien. Le renouvellement de parc a donc repris à partir de septembre. Dans le même temps, les banques et les organismes de financement ont serré les conditions d’accords de crédit ; cela s’est relâché à partir de septembre-octobre. Certains clients (artisans commerçants, TPE, PME) consommateurs de véhicules utilitaires ont fait preuve d’un certain attentisme en terme d’investissements par manque de financements. Les grandes entreprises recherchaient du cash flow. Enfin, les loueurs courte durée ont réduit leurs achats dans la perspective d’une forte réduction de la demande de location durant l’été.

F. A. : Quelles sont les raisons de l’évolution de vos ventes aux entreprises en 2009 ?

F. G. : Pour Renault, 2009 a été une année placée sous le signe de la réactivité avec des réponses à apporter au jour le jour, un oeil rivé en permanence sur l’évolution de notre part de marché. Cette stratégie de réactivité avec le pilotage d’action à court terme nous a permis de maintenir Clio 3 N°1 des ventes dans les flottes, tout comme de maintenir Mégane et Scénic en tête sur leur segment. Dans le même temps, nous avons augmenté notre part de marché dans le segment des véhicules utilitaires avec dans le segment des fourgonnettes, le Kangoo en tête des ventes et dans celui des fourgons, le Master et le Trafic, tous deux leaders du segment.

F. A. : Et en 2010, le renouvellement du parc des entreprises va-t-il, cette année encore, être plus orienté vers des modèles de petits segments au détriment des véhicules plus haut de gamme ?

F. G. : Nous ne sommes pas encore sortis de l’environnement incertain que nous avons subi en 2009, il est donc trop tôt pour se livrer à un pronostic. Nous allons donc rester modeste et privilégier la réactivité au marché en allant chercher les flottes à partir de un véhicule tout en innovant par le développement de nouveaux services. Il est toutefois certain qu’avec la prédominance du TCO comme source de décision, les petits segments de véhicules tels que les segments A, B et C (gamme Twingo, Clio et Mégane : NDLR) vont continuer à prendre une part de plus en plus importante au sein de la composition des flottes ; c’est aussi là où Renault est très fort.

F. A. : Quelles actions ou nouveaux services votre marque va-t-elle lancer en 2010 pour adapter sa politique commerciale au marché des entreprises ?

F. G. : Il y a déjà les prestations existantes que nous avons mises en place et qui ont parfaitement satisfait le marché. Cependant, nous allons lancer cette année notre réseau Pro+. Il s’agit de centres d’expertises VU et véhicules utilitaires «carrossés» regroupant sur un seul site toutes les réponses que nous apportons à nos clients professionnels dans le domaine des véhicules, du financement, de l’entretien, de la carrosserie, etc. Ces centres sont animés par du personnel dédié au marché professionnel, avec des services spécifiques, des horaires d’ouvertures élargis et sont équipés de ponts pouvant accepter des véhicules jusqu’à sept tonnes ; c’est-à-dire que, lors d’une intervention, nos clients n’ont pas à décharger leurs véhicules. Nous devrions pouvoir compter sur 50 sites en 2010 et 50 autres en 2011. L’objectif est la mise sur pied d’un site Pro+ par plaque de concessionnaires. Nous lançons également dans quelques semaines avec Overlease, Car+ : une nouvelle offre LLD dotée d’un volet Eco-conduite. Nous nous sommes alliés pour cela avec ECF qui compte 2 500 agences en France. La marque proposera également l’installation dans les véhicules d’un boîtier communicant permettant l’optimisation de la gestion de parc et l’aide à la conduite. C’est là une réponse à la forte demande actuelle des grands comptes (voir encadré).

F. A. : Et côté véhicules, quelles seront les nouveautés 2010 de Renault à destination des flottes ?

F. G. : En utilitaire, nous allons accentuer la pression sur le marché par le lancement du nouveau Master avec une double offre en traction et en propulsion alliant confort de cabine, ergonomie et consommation réduite. La phase 3 du nouveau Trafic est également annoncée pour avril. Enfin, pour répondre à la demande de nos clients, nous allons commercialiser le Kangoo Maxi qui complète la gamme Kangoo en trois dimensions (2, 3, ou 4 m3). En VP, nous venons de lancer une gamme dédiée aux Entreprises. Cette nouvelle « gamme business eco² » présente 9 modèles berline et break de la Clio à la Laguna. Fluence (en février) et Clio 98 grammes d’émissions de CO2 (en avril) rejoindront la gamme sous peu. Le choix des motorisations et des équipements de cette gamme s’articule autour de 3 axes essentiels : coût d’utilisation, sécurité et confort du client. Les véhicules de cette gamme sont tous équipés d’une motorisation Eco2 et du nouveau Carminat TomTom® qui permet de rationaliser les trajets, donc d’optimiser les temps de transport et aussi de réduire la consommation. En termes de sécurité, les clients trouveront le régulateur-limiteur de vitesse, le Bluetooth et l’aide au parking arrière. Enfin pour le confort, le client bénéficie d’une climatisation et d’un branchement MP3.

F. A. : Quelle est la politique de Renault à l’égard du segment N1 et que pensez-vous de cet avantage fiscal dont peuvent désormais bénéficier les entreprises. Est-ce provisoire selon vous ou est-ce que cette évolution fiscale préfigure la fin du véhicule société (2 places à fiscalité réduite) ? Plus largement, le N1 va-t-il provoquer une refonte de la fiscalité pour les VU ?

F. G. : C’est une stratégie de niche. En 2009, nous avons immatriculé 1 500 véhicules en quatre mois. Nous vendons des modèles N1 parce que nous disposons de véhicules homologables dans cette catégorie. Cet avantage fiscal issu d’une directive européenne permet en effet à un VP de pouvoir être immatriculé avec une carte grise de véhicule utilitaire en étant exonéré de TVS et en bénéficiant d’un déplafonnement des amortissements. Nous n’avons aucune raison de penser que cet avantage fiscal puisse être remis en cause et nous le proposons à nos clients. Il n’y a en tout cas pas plus de risque d’une remise en cause du N1 qu’il y en a de voir apparaître un changement fiscal concernant la TVS. Dans tous les cas, si un véhicule est homologué N1, c’est acquis. Enfin, pour notre part, nous considérons qu’il y a toujours de la place pour les véhicules de société et nous souhaitons que la catégorie des véhicules utilitaires continue sous sa forme actuelle.

F. A. : Comment percevez-vous l’attente de véhicules électriques dans les flottes d’entreprises?

F. G. : La demande de véhicules électriques est très importante, pas seulement au sein des entreprises du CAC mais également dans les administrations, les collectivités sans oublier les petites entreprises. Nous n’observons d’ailleurs de la part de ces entreprises aucune volonté de faire un coup médiatique avec ce type de véhicules mais plutôt une grande exigence de fiabilité et de qualité. Maintenant, les entreprises veulent du long terme et Renault va proposer au marché des véhicules « Zero Emission » abordables et pour tous. Le Kangoo ZE sera présenté au prochain salon de Hanovre en septembre et sera à l’essai dans des flottes d’entreprises fin 2010. Nous opérons actuellement un gros travail avec les collectivités pour mettre en place les infrastructures nécessaires au fonctionnement de ces modèles électriques.

F. A. : Comment voyez-vous évoluer la demande des entreprises en 2010 ?

F. G. : Nous ne communiquons pas d’objectifs mais nous prévoyons une croissance de + 1 % du marché des flottes en VP et de + 3 % pour les véhicules utilitaires.

Segment N1 : Tous n’y sont pas favorables

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