Le biogaz, une solution face à la hausse des prix

Face à la flambée des tarifs de l'énergie, le biogaz peut ouvrir une porte de sortie pour le transport de marchandises. Avec les témoignages des Transports Houtch et de Gaz'Up.
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Gaz'Up Biogaz
Le prix du GNV a augmenté à cause de la raréfaction du gaz à usage industriel ou domestique.

« Les transporteurs s’estiment piégés par le GNV depuis la guerre en Ukraine, alors que son prix a augmenté avant l’hiver, à cause des faibles achats de gaz industriel et domestique, assurait Arnaud Bilek, DG de Gaz’Up, lors de sa webconférence du 8 mars 2022. Ceux-ci ont créé une spéculation boursière que subissent les 252 stations de GNV françaises et les dizaines de transporteurs consommateurs. Mais même avec cette hausse de 1 euro/kg qui impacte le TCO des véhicules, le GNV reste la solution Crit’Air1 pour transporter du fret dans toute la France. » Et le directeur général de Gaz’Up défend son métier : « Arrêter de rouler au GNV est improductif et consommer du biogaz local, en profitant de la fiscalité qui le déconnecte du marché international, reste la solution pour stabiliser le prix du gaz. »

Houtch maintient ses camions au GNV

Transports Houtch, qui a 50 camions au GNC alimentés par sa station Gaz’Up de Saint-Quentin (59), n’arrêtera pas leur exploitation. « Cela nous coûterait trop cher car nous les consacrons à la distribution de notre messagerie. Nous ne pouvons donc ni les reporter sur d’autres activités, ni les mettre à l’arrêt, rapporte Jean-Jacques André, directeur messagerie de Houtch. Mais nous optimisons nos chargements et nos tournées. » Alain Houtch, le directeur général, a aussi négocié une hausse de tarifs avec les clients : « Ils nous ont accordé une indexation tarifaire. Mais elle reste insuffisante parce que des pourcentages de hausse ont été négociés à l’année et que les budgets sont clôturés. »

Houtch
Houtch n’arrête pas ses camions au GNC, mais optimise leurs chargements et leurs tournées.

Mutualiser les achats entre transporteurs

Pour compenser cela, l’énergéticien Endesa propose l’établissement de « contrats à prix fixe pour les transporteurs qui consomment au moins 70 t de GNV par mois ». La stratégie d’achat se base alors sur des budgets de carburant et le tarif ne dépend plus du marché. « Un prix fixe de février 2022 à février 2024 donnerait un tarif à 55 euros par MWh », assure Endesa, soit en dessous du Point d’Echange de Gaz fossile actuel, qui atteint 115 euros et que surenchérira bientôt une taxe carbone de 16,65 euros/MWh. Aucune baisse ne surviendrait durant la période, mais le prix resterait stable. « Pour activer cette solution, les transporteurs doivent augmenter ou mutualiser leurs commandes de GNV avec des confrères et s’accorder avec leurs clients chargeurs sur la durée », précise Arnaud Bilek.

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Selon Endesa, les transporteurs qui achètent 70 t de GNV/mois ont des tarifs fixes annuels.

Pour Gaz’Up, acheter du biogaz pour sortir du fossile

Alain Houtch accroîtra aussi sa consommation de biogaz. « Nous allons vers le biogaz dont nous consommons déjà 20 % à travers le réseau, mais nous devrons attendre 2025 pour en consommer plus de 30 % », déclare-t-il. Selon Proviridis, la France pourrait construire « 8 000 méthaniseurs qui fourniront 30 % de biogaz à 100 000 camions d’ici 2025 ». Arnaud Bilek de Gaz’Up recommande donc aux autorités de maintenir les échéances de la transition énergétique et aux transporteurs d’acheter plus de biogaz pour accélérer sa sortie du marché des énergies fossiles.

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Pour Arnaud Bilek, de Gaz’Up, les transporteurs doivent se rabattre sur le biogaz, décorrélé du marché des énergies fossiles.

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