GE Fleet Services va gérer le parc automobile des armées

Le spécialiste de la LLD entame un vaste chantier : il va livrer plus de 20 000 véhicules de marque Peugeot et Citroën aux 280 bases militaires françaises entre mai 2007 et juin 2008. Il doit aussi mettre en place un système de suivi, de reporting et de facturation spécifique pour ce client atypique.

- Magazine N°125
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C’est un évènement à plus d’un titre. Pour la première fois en Europe, un ministère a décidé de confier à un tiers la gestion de son parc automobile. Le contrat, attribué après appel d’offres à GE Fleet Services, est exceptionnel par sa taille et sa valeur – 20 120 véhicules et 360 millions d’euros sur six ans. Mais aussi par le fait qu’il ait été confié à un unique prestataire.

A l’origine de la décision du ministère de la Défense, la nécessité de se recentrer sur son cœur de métier tout en réalisant des économies. La Nation fait depuis des années un effort considérable en faveur de la défense devenue le troisième budget de l’Etat après l’Education nationale et le service de la dette. Le ministère se doit d’être un bon gestionnaire des deniers publics et a lancé, à cet effet, une vaste réforme économique.

Une externalisation sans tabou

Dans ce contexte, le ministère de la Défense a décidé d’externaliser – sans tabou – les fonctions, services ou missions pour lesquels la pure compétence militaire n’est pas requise. Voici deux ans, Michelle Alliot-Marie donnait son feu vert à l’externalisation de la flotte – véhicules de liaison et utilitaires commerciaux – des armées. La procédure a duré deux ans au total et a fini par aboutir, après douze mois de dialogue compétitif entre le ministère et les candidats en lice, au lancement de l’appel d’offres et la signature du contrat entre les armées et GE Fleet Services le 9 décembre dernier. La filiale du groupe américain General Electric a rempor- té ce contrat contre Ineo, une filiale de Suez qui affiche des ambitions sur le marché de la location longue durée (LLD) et de la location avec option d’achat (LOA). Selon les calculs du Secrétariat général pour l’administration des Armées (SGA), le ministère devrait réaliser une économie de 25 % environ – hors carburant – sur un budget initial de 90 millions d’euros par an grâce à l’externalisation de sa flotte automobile.

Le chantier est immense. GE Fleet Services va totalement renouveler le parc automobile des armées et acheter les véhicules neufs en conséquence (le contrat porte sur la gestion, la maintenance et le financement de 20 120 véhicules, dont 10 638 voitures particulières et 9 482 véhicules utilitaires légers). Ces modèles seront livrés entre mai 2007 et juin 2008 aux 280 bases militaires implantées sur tout le territoire français. Ce seront à 93 % des Peugeot et à 7 % des Citroën puisque c’est PSA Peugeot Citroën qui a remporté la compétition auprès du loueur. Les véhicules du parc actuel, âgé de sept ans en moyenne, seront revendus par les Domaines pour une valeur résiduelle de 60 millions d’euros. L’externalisation du parc a amené le ministère à réviser ses besoins en matière automobile. Conséquence : 1 300 véhicules ont été retirés de la flotte et ne seront pas remplacés. Autre conséquence, assez diversifié en termes de marques, le parc automobile des armées devient à 100 % français. Peugeot va fournir plusieurs gammes, de la petite urbaine 107 (1 000 exemplaires) au monospace 807 en passant par la 307 en version berline et break ainsi que des utilitaires Partner et Boxer en version utilitaire et voiture de tourisme, et Citroën des Picasso et des Jumpy. Tous ces véhicules répondent à des normes très précises, définies par famille de produits par le ministère, en termes de consommation de carburant et de pollution. « Notre objectif est de réduire de 20 % environ les émissions de CO2 de notre flotte », insiste Christian Piotre, Secrétaire général de l’administration des armées. Tous les véhicules Peugeot et Citroën sont ainsi des Diesel équipés de moteurs HDI.

Des effectifs redéployés

Autre conséquence en matière sociale cette fois, le DGA va redéployer les effectifs qui étaient jusqu’ici mobilisés à un moment donné par la fonction automobile, soit 3 230 agents dont quelque 2 265 militaires et 965 civils. « Ce qui représente environ 1 200 personnes en équivalent temps plein », précise le SGA. Plus aucun militaire ne sera à l’avenir affecté à cette fonction. Près de 470 personnes seront redéployées dans d’autres fonctions militaires. Sur la population civile, constituée d’ouvriers d’Etat, le ministère de la Défense va former une équipe de 400 personnes (270 en équivalent temps plein) qui constitueront l’interface entre le loueur et les utilisateurs. « Tous vont recevoir une formation », annonce le SGA. De son côté, GEFCS va déléguer des équipes dans les 280 bases militaires afin d’informer ses clients de la prestation LOA.

Le spécialiste de la LLD a fait la différence par rapport à ses concurrents sur 2 critères clés définis par le ministère : le prix et l’offre technique. La prestation proposée comporte, outre l’achat et la livraison des véhicules neufs, la gestion quotidienne de la flotte – suivi, maintenance, . . . -, le produit LOA, un système de facturation innovant et spécialement conçue pour les armées tout comme la construction d’un système de reporting dédié. « Le SGA achète de la mobilité et de la disponibilité, non pas des voitures », insiste Aymar Hénin, Président de GE Fleet Services. Si la LOA a été choisie de préférence à un produit LLD, c’est avant tout pour des raisons fiscales, mais ce produit va aussi permettre au SGA d’acquérir une expérience : « Il s’agira, le moment venu, de tirer les leçons de l’achat d’une prestation globale de cette taille sans interdire pour autant de revenir au système précédent si l’essai n’est pas concluant. Mais notre objectif est bien de ne plus être propriétaire du parc et de nous affranchir de la gestion d’une flotte automobile qui n’est pas dans notre coeur de métier », développe Christian Piotre. Il a d’ailleurs été décidé d’externaliser la gestion du parc des voitures de fonction, soit 611 voitures à ce jour. « Nous allons suivre le même type de raisonnement que pour les véhicules de liaison », souligne le SGA.

L’appel d’offres a été lancé en décembre. GE Fleet Services va se mettre sur les rangs. Le loueur est en train d’acquérir une solide expertise en matière de contrats avec des clients publics (grandes entreprises, ministères). Il s’agit en effet d’un marché porteur où le mouvement d’externalisation vient seulement de commencer. Grâce au contrat avec les armées françaises, le loueur compte peaufiner un savoir-faire lui permettant de se positionner sur d’autres appels d’offres de ce type en France et dans le monde. L’expérience française est en effet suivie de près en Grande-Bretagne et en Allemagne mais des pays plus lointains, en Asie notamment, réfléchissent aussi à confier la gestion des flottes publiques à des spécialistes. « GE Fleet Services est un des rares acteurs du secteur à être global et a bénéficié de l’expérience de chaque plateforme installée en Europe, aux Etats-Unis ou en Asie », conclut Aymar Hénin.

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